La famille, principal élément pour une vie réussie

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© Philippe Derrien
La famille, principal élément pour une vie réussie
© Philippe Derrien

Alors que 2017 dévoile ses premiers jours, nous sommes nombreux à nous prendre au jeu des rituelles « bonnes résolutions ». Bien plus qu’une sympathique tradition, il fait écho au sens de nos vies. Mais, au fond, qu’est-ce que signifie la réussite ? 

À propos de l'article

  • Créé le 04/01/2017
  • Publié par : Marie-Valentine Chaudon
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    6997 du 5 janvier 2017

Nous n’en avons qu’une et avec, pour seule certitude, son inéluctable fin. Long fleuve tranquille, parcours semé d’embûches, course contre la montre… Aucune vie ne ressemble à une autre et chacune est un défi vertigineux. Tout le monde veut être à la hauteur de ce don unique et précieux : relever le pari des mortels. Réussir en somme.

Mais réussir quoi ? Comment ? Qu’est-ce que cela signifie réellement, au fond ? Quelles sont les marques de la réussite ? Une Rolex à son poignet, passée la cinquantaine, comme l’avait affirmé un publicitaire dans une déclaration restée célèbre ? Personne ne s’y trompe : « réussir dans la vie » – avec pour preuve un portefeuille bien garni – n’est pas « réussir sa vie ».

Dans un sondage exclusif Ifop pour Pèlerin, les Français placent le fait d’avoir une famille heureuse en tête des éléments les plus importants pour une vie réussie : à 75 %, contre 25 % seulement pour « avoir de l’argent ». L’objectif d’une belle carrière professionnelle pointe en dernière position du classement, avec seulement 15 % des réponses, soit 10 points de moins qu’en 2007.

1-Sondage

Inversement, dans le même laps de temps, le fait d’avoir du temps libre a bondi de 31 à 45 %. Il devient le deuxième critère de réussite, alors qu’il pointait en 4e position en 2007. « La crise économique, puis les attentats, ont bousculé les priorités, explique Jérôme Fourquet, de l’Ifop. Les gens placent désormais la réussite ailleurs que dans le matériel et les honneurs. »

2-sondage

Malgré le contexte, 81 % des personnes interrogées estiment avoir une vie réussie. Le chiffre grimpe à 86 % chez les catholiques pratiquants, les mêmes qui, sans véritable surprise, revendiquent à 49 % le besoin de vivre en adéquation avec leurs convictions. « La question de la vie réussie, de la ”vie bonne pour les mortels”, comme disaient les Grecs, n’est pas celle du bonheur, c’est plutôt celle du sens de la vie, rappelle le philosophe Luc Ferry, auteur de Qu’est-ce qu’une vie réussie ? (1). C’est la question fondamentale de la philosophie, depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui et, à vrai dire, la seule qui vaille. Trouver la vie bonne, c’est lui donner du sens. »

3-Sondage

Il n’existe évidemment aucune recette universelle et chacun doit doser les ingrédients de sa propre réussite. « Il y a autant de définitions que de personnes, rappelle Raphaëlle Giordano, auteure de Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une (2). Il ne faut pas essayer de faire un copier-coller de la réussite des autres, c’est le meilleur moyen de se rendre malheureux ! Pour s’accomplir, il faut commencer par un retour sur soi : faire le point sur ses valeurs et ses désirs profonds, afin de dessiner la voie de sa réussite. »

Aucun chemin ne se ressemble. Dans L’année du déclic, et si c’était la votre ? (3), la journaliste Charlotte Savreux raconte l’ascension de cinquante personnalités, de l’animateur Frédéric Lopez à l’éditeur Hervé de La Martinière, en passant par les chanteuses Zaz et Marianne James. « On s’imagine toujours que c’est plus facile pour les autres, mais leurs parcours rappellent que ce n’est pas le cas, explique Charlotte Savreux. Leur point commun est d’avoir fait preuve d’audace pour franchir le pas et écrire l’histoire qui leur ressemble. Les vies linéaires n’existent pas, il faut parfois accepter de rebattre les cartes, d’expérimenter et de dépasser l’ennemi numéro un de l’accomplissement : la peur. »

Impossible en effet de réussir quoi que ce soit sans se mettre en danger ! Réaliser ses rêves, mener la vie qui nous ressemble… Quels qu’ils soient, les choix et les engagements de chacun ne se font jamais sans effort. « Il faut s’autoriser à prendre des risques, assure le psychologue Jacques Lecomte, auteur de Donner un sens à sa vie (4). La voie de chacun se trouve au croisement de ses aspirations, de ses capacités et des circonstances extérieures. Pour avancer, évitons de penser qu’on ne sait pas faire quelque chose tant qu’on ne l’a pas essayé ! N’oublions jamais que nous regrettons toujours plus ce que nous n’avons pas fait que ce que nous avons fait, même si nous nous sommes trompés. »

Pour Jacques Lecomte, l’action fait partie des trois « leviers » qui permettent de donner du sens à sa vie : la main, donc, le cœur (les relations humaines) et la tête (convictions, spiritualité, etc.). « Nous pouvons mettre l’accent sur l’une ou l’autre des facettes mais sans oublier les autres, explique le psychologue. L’aspect relationnel, en tout cas, est indispensable. »

Les nouvelles générations – trentenaires et jeunes actifs – semblent avoir saisi l’importance de cet équilibre. « La notion de réussite a évolué, observe le sociologue Denis Monneuse. Les jeunes ne sont pas prêts à sacrifier leur qualité de vie et leurs relations sociales pour une carrière. D’ailleurs, beaucoup de récents diplômés d’écoles de commerce ou autres cursus prestigieux quittent des postes en entreprise, parfois très bien payés, pour changer et mener des projets personnels. Ils recherchent un épanouissement et un confort de vie autres que la réussite sociale. »

Et dans le futur, à quoi ressembleront ces aspirations ? De quoi rêvent aujourd’hui les adultes de demain ? « C’est compliqué pour les enfants, déplore le psychiatre Patrice Huerre. Ils sont tiraillés entre les réussites spectaculaires montrées par les médias – footballeurs, hommes d’affaires, etc. – et leurs parents qui ont tendance à réfréner les rêves de leurs ados, pour des projets prétendument réalistes. L’école et l’orientation sont l’objet d’une énorme pression, mais tout le monde sait qu’un diplôme ne garantit pas le succès. Il est aussi important de développer le savoir-être, la créativité, etc. »

D’innombrables chemins mènent à l’accomplissement et il n’est jamais trop tard pour les emprunter. Patrick Dumas, 72 ans, a trouvé un nouvel élan à la retraite en s’engageant comme bénévole au Secours catholique. « J’étais cadre dirigeant dans une grande entreprise, raconte-t-il. Mon quotidien n’était fait que d’objectifs, de résultats financiers, de rentabilité… Lorsque j’ai arrêté, il y a dix ans, j’ai eu besoin de me mettre au service de l’humain. En aidant les plus démunis, j’ai retrouvé du sens. » Il faut toute une vie pour la réussir… et il est toujours temps de découvrir ce qui compte vraiment. Des grands diplômes, des postes prestigieux ? Une grosse cylindrée, un compte en banque bien rempli ? Ou le simple bonheur d’avoir une famille, des amis, d’aimer et d’être aimé en retour ?

Et si la vraie réussite, c’était avant tout de trouver sa place en ce monde, en accord profond avec soi-même ?

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► Retrouvez l'ensemble du dossier "Qu'est-ce que réussir sa vie" dans Pèlerin n°6997 du 5 janvier 2017.

(1) Éd. Le livre de poche, 544 p. ; 7,90 €.
(2) Éd. Eyrolles, 318 p. ; 14,90 €.
(3) Éd. Balland, 336 p. ; 19,90 €.
(4) Éd. Odile Jacob, 336 p. ; 23,90 €.

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Paru le 23 mars 2017

Voyages et croisières