La Résurrection, 2000 ans d'enquête

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Art byzantin : "La resurrection de Lazare" Mosaique du 6eme siecle. Basilique Saint Apollinaire le Neuf de Ravenne. © DeAgostini/Leemage
Art byzantin : "La resurrection de Lazare" Mosaique du 6eme siecle. Basilique Saint Apollinaire le Neuf de Ravenne.
Art byzantin : "La resurrection de Lazare" Mosaique du 6eme siecle. Basilique Saint Apollinaire le Neuf de Ravenne. © DeAgostini/Leemage

La communauté chrétienne est née d’un événement inouï : la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth, il y a plus de deux mille ans. Depuis, l’onde de choc de ce miracle se répand dans l’histoire. Attisant curiosité ou scepticisme...

À propos de l'article

  • Créé le 23/03/2016
  • Publié par :Dominique Lang
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    6956 du 24 mars 2016

Comment raconter la résurrection ?

« J’ai vu deux choses irréconciliables : un homme mort, à coup sûr. Et ce même homme, vivant à nouveau. »

C’est par ces mots, écrits sur un papyrus, que le tribun romain Clavius informe le gouverneur Pilate de sa démission de l’armée romaine.

L’épisode, fictif, est un moment clé du nouveau film américain, intitulé La résurrection du Christ, et qui sortira en salles en France le 4 mai. Il met en images, avec tous les codes du péplum et du film d’action, « la plus importante chasse à l’homme de l’Histoire », selon l’expression grandiloquente de la bande-annonce.

Très loin de ces effets médiatiques, le mystère de la Résurrection des morts d’un jeune rabbi du Ier siècle de notre ère étonne surtout par sa discrétion historique. « La folie chrétienne, souligne l’exégète suisse Daniel Marguerat*, est de croire que ce futur de Dieu a déjà commencé, mais surtout, qu’il s’est installé à la faveur d’un événement répugnant : l’exécution d’un homme, condamné pour sauver l’honneur de Dieu. »

Seul le bouche à oreille a permis aux premiers chrétiens de le faire connaître. Sans saisir toujours toute la portée de cet étonnant miracle.


Un miracle plus fort que les autres ?

Mais au fait, s’agit-il bien d’un miracle de plus, parmi la longue liste de signes posés par Jésus au fil de son ministère ?

À la lecture des Évangiles, le constat est pourtant clair : cette Résurrection finale n’est pas une fin mais le commencement de tout ce qui n’était, jusque-là, qu’ébauché dans les enseignements et les miracles. Une clé ultime du projet de Dieu pour chaque être humain : car « ni la mort ni la vie (...) ne pourront nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.  » (Rm 8, 38-39), proclame Paul, lui-même converti en rencontrant le Ressuscité.

C’est Paul aussi, d’ailleurs, qui nous offre un des témoignages directs les plus anciens sur la Résurrection de Jésus : « Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze. » (1 Co 15, 3-5).

Un écrit qui pourrait avoir été écrit une dizaine d’années à peine après la mort de Jésus et qui constitue le premier Credo des communautés chrétiennes.


Comment notre chair peut-elle être ‘‘suscitée’’ à nouveau ?

« Relèvement » hors de la fosse – chez saint Paul – et « réveil » d’entre les endormis de la mort – comme l’évoquait déjà le vieux prophète Daniel –, la résurrection des corps se manifeste comme une brèche ouverte dans notre vie matérielle la plus concrète et jusque dans son extrémité même, la mort biologique.

Si l’Église affirme « la survivance après la mort d’un élément spirituel doué de conscience et de volonté en sorte que le ‘‘moi’’ humain subsiste », qu’elle désigne par le mot « âme », elle proclame aussi dans son Credo, la « résurrection de la chair ».

« Inutile de se faire un film – de science-fiction – sur le sujet, souligne le P. Robert Scholtus, ancien supérieur du séminaire de l’Institut catholique de Paris et actuellement curé à Metz (Moselle). Il vaut mieux prendre conscience que la chair dont on parle désigne toute l’épaisseur, toute la beauté et toute la vulnérabilité de notre humanité. »

Les récits évangéliques le montrent, à leur manière, en s’étonnant des blessures visibles sur le corps glorieux du Christ ressuscité, qui rappellent sa Passion.


Retrouverons-nous ceux que nous aimons après la mort ?

Jésus, déjà en son temps, avait invité ceux qui lui demandaient des comptes sur sa foi en la résurrection, les Sadducéens par exemple, à dépasser leur imaginaire trop court. Si une femme se remarie sept fois au cours de sa vie, de quel homme sera-t-elle l’épouse au Ciel (Lc 20, 27-33) ? « D’aucun ! », répond ainsi clairement Jésus.

Car notre identité nouvelle de ressuscité nous ouvre à une autre manière d’être, « pareil aux anges », tous « enfants de Dieu et enfants de la Résurrection » (Lc 20, 36).

On comprend mieux la discrétion des évangélistes en la matière, qui évitent toute surenchère pour décrire l’au-delà, même de manière poétique. Il faut « maintenir fermement que le monde résurrectionnel est aussi inimaginable que Dieu lui-même », rappelle ainsi Daniel Marguerat.

C’est aussi à une telle pudeur que nous invite d’ailleurs la foi en la communion des saints.


Ressuscite-t-on immédiatement après notre mort ou tous ensemble à la fin des temps ?

Pour l’écrivain Charles Péguy, la réponse est simple : « C’est ensemble qu’on va chez le bon Dieu. Il faut donc s’attendre les uns les autres. »

Derrière les mots du poète, se devine une vraie colle théologique. Car si le Christ promet, par exemple, au bon larron d’être « dès aujourd’hui » avec lui dans son Royaume (Lc 23, 43), il annonce aussi à ses disciples un délai d’attente, même dans
la mort, jusqu’à son retour (Jn 14, 1-3).

Les théologiens et les exégètes évoquent ainsi souvent cette tension biblique entre le « déjà là » et le « pas encore » du Royaume de Dieu.

Pour le P. Robert Scholtus, le plus simple est encore de repartir de notre vie relationnelle : « Toute personne humaine est façonnée par ses relations avec les autres, vivants ou morts, et avec le monde qu’elle habite. Comment pourrait-elle parvenir au bonheur plénier sans les autres ? Comment pourrait-elle entrer en communion parfaite et définitive avec Dieu sans être en communion avec le monde des vivants ? »

Il reste donc un « espace » qui nous permet de tendre à cette communion : « Ce que la tradition chrétienne a nommé ‘‘purgatoire’’ ne désigne pas une improbable salle d’attente, mais ce mystérieux temps de désir qui purifie l’homme de ce qui le sépare encore de l’amour de Dieu et de ses frères. »


Alors, finalement, on ira tous au paradis ?

Une chose est sûre : le salut offert par le Christ est pour tous. Jusque dans les plus grandes ténèbres de nos enfers, sa miséricorde est capable de venir nous prendre par la main et de nous ramener à la lumière.

Les étonnantes icônes de la Résurrection le racontent à leur manière. C’est affirmer l’amour inconditionnel de Dieu qui est primordial, sinon ne fait-on pas injure à la croix du Christ ?

Pourtant, à la fin de son enseignement (Mt 25), Jésus rappelle aussi qu’il y a un choix décisif à poser dans les actes quotidiens de notre vie pour la vie éternelle. Pour un verre d’eau donné, ou non, à un « petit », tout est possible. Le meilleur et le pire.

« L’affirmation d’un jugement dernier pour tous signifie d’abord que ce que nous aurons vécu a du prix, rappelle le P. Robert Scholtus, que tout ne se vaut pas, qu’il y a une différence entre la victime et le coupable. »

« Mais les promesses de Dieu sont sans repentance, précise le théologien jésuite Gustave Martelet, elles nous sont toujours offertes, même dans nos errances les plus graves. »

Et d’expliquer que le sens des « menaces » de Jésus, quand il évoque le Jugement dernier, n’est pas « voici ce qui vous adviendra, mais bien : voici ce qui, à aucun prix ne doit vous advenir. »

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Les faits, les indices, les signes, les témoins ... Découvrez notre dossier spécial Résurrection dans Pèlerin n°6956 du 24 mars 2016.

Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

PSAUME 117

jany 24/03/2016 à 18:36

La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle : c'est là l'oeuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. "La résurrection du Christ n'est pas un simple retour à la vie terrestre, comme pour ceux que Jésus rappela à ... lire la suite

Résurrection

penelope 23/03/2016 à 20:10

Nul ne peut dire comment sera notre résurrection. On ne peut qu'imaginer. Jésus a été reconnu par ses apôtres quand il est réapparu parmi eux. Il avait donc un corps de chair, il a mangé avec eux pour bien leur montrer qu'il était semblable à eux, ... lire la suite

Paru le 18 janvier 2018

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