Edgar Morin, sociologue et philosophe : "Laudato si' constitue un appel pour une nouvelle civilisation "

agrandir Edgar Morin a accueilli, à son domicile parisien, notre journaliste Véronique Badets.
Edgar Morin a accueilli, à son domicile parisien, notre journaliste Véronique Badets. © Arnaud Meyer
Edgar Morin a accueilli, à son domicile parisien, notre journaliste Véronique Badets.
Edgar Morin a accueilli, à son domicile parisien, notre journaliste Véronique Badets. © Arnaud Meyer

À 94 ans, le sociologue et philosophe Edgar Morin est toujours curieux de son époque. Alors qu’il publie, le 3 septembre 2015, Penser global, l’humain et son univers, Pèlerin a rencontré cet explorateur passionné de l’humain, dont l’œuvre constitue une référence dans le monde entier.

À propos de l'article

  • Créé le 03/09/2015
  • Modifié le 04/09/2015 à 13:20
  • Publié par :Véronique Badets
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6927, du 3 septembre 2015

Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans Pèlerin, n° 6927, du 3 septembre 2015.


Pèlerin. Qu’avez-vous pensé de l’encyclique Laudato si’ du pape François  ?
E. M. C’est un texte très important. Complet, bien pensé, il dit très bien que la question de l’écologie, de la biosphère, ne peut pas être isolée des autres enjeux humains comme l’égalité ou l’art de vivre. Il constitue surtout, selon moi, un appel pour une nouvelle civilisation. Une civilisation qui ne serait plus guidée par l’hégémonie du profit, de l’argent, de l’acquisition, du calcul, mais animée par la convivialité, la fraternité, la solidarité.

Comment vous situez-vous par rapport à la notion d’écologie intégrale, qui est au cœur de cette encyclique ?
E. M. Je n’emploie pas personnellement la notion d’écologie intégrale mais je partage tout à fait ce à quoi elle renvoie : l’idée que la dimension écologique doit être absolument intégrée à la prise en compte de tous les autres problèmes humains, sociaux et personnels.

Laudato si’ contient une critique du culte de la croissance économique. La partagez-vous ?
E. M. Le culte de la croissance est tout à fait dépassé, mais la remplacer par la décroissance n’aurait pas de sens. Il y a des choses qui doivent croître et d’autres décroître. Ce qui doit croître, ce sont les sources propres d’énergie au détriment de celles qui sont sales et dangereuses, comme les énergies fossiles et le nucléaire.

Ce qui doit décroître, c’est l’agriculture industrielle qui stérilise les sols, bourre les aliments de pesticides, au profit d’une agriculture biologique, à taille humaine et de proximité.

Ce qui doit décroître, c’est une économie fondée sur les objets jetables et l’obsolescence programmée, qui fait que nos réfrigérateurs et voitures sont conçus pour durer un temps limité. Mais une nouvelle économie doit croître, celle des métiers de réparation d’objets, de solidarité et d’entraide.

Dans le monde d’aujourd’hui, qu’est-ce qui nourrit votre espérance ?
E. M. De voir qu’un peu partout émergent des oasis de vie, de fraternité et de solidarité. Ce que fait par exemple Pierre Rabhi avec le réseau des Colibris et dans ses fermes développant l’agroécologie. Il y a aussi beaucoup d’initiatives créatrices dans l’économie sociale et solidaire. Le drame, c’est qu’elles sont dispersées, ne communiquent pas entre elles, et n’arrivent pas (encore) à créer un mouvement de fond qui amorce une transformation de toute la société.

Vous avez 94 ans… et une énergie étonnante. D’où vient-elle ?
E. M. J’ai gardé mes aspirations d’adolescent, même si j’ai perdu toutes les illusions de cet âge. J’ai le sens de la responsabilité qui est le propre de l’adulte. Et j’ai l’expérience de la vie donnée par la vieillesse. Tout cela s’est mélangé en un « cocktail » à l’intérieur de moi. Ma curiosité n’a pas diminué au fil du temps. Je vis aussi d’amour et d’amitié : sans ces sentiments-là, je dépérirais.


► A lire

livre d'Edgar Morin

Penser global, l’humain et son univers,
d’Edgar Morin, Ed. Robert Laffont, 2015, 180 p. ; 14 €.




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Paru le 4 janvier 2018

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