Cécile Renouard, spécialiste d’éthique sociale : "N’affadissons pas Laudato si’ !"

agrandir "Laudato si’ est une interpellation d’une vigueur inouïe", Cécile Renouard, religieuse de l'Assomption, spécialiste d'éthique sociale.
"Laudato si’ est une interpellation d’une vigueur inouïe", Cécile Renouard, religieuse de l'Assomption, spécialiste d'éthique sociale. © Vege /Fotolia
"Laudato si’ est une interpellation d’une vigueur inouïe", Cécile Renouard, religieuse de l'Assomption, spécialiste d'éthique sociale.
"Laudato si’ est une interpellation d’une vigueur inouïe", Cécile Renouard, religieuse de l'Assomption, spécialiste d'éthique sociale. © Vege /Fotolia

Pour la religieuse de l’Assomption, le pape François nous invite avec force à réviser nos échelles de valeur, nos jugements et nos comportements.

À propos de l'article

  • Créé le 03/09/2015
  • Publié par :Cécile Renouard
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6927, du 3 septembre 2015

Cécile Renouard

Cécile Renouard © Valérie Outeron

« C’est la même logique qui pousse à l’exploitation sexuelle des enfants ou à l’abandon des personnes âgées qui ne servent pas des intérêts personnels. C’est aussi la logique intérieure de celui qui dit : “laissons les forces invisibles du marché réguler l’économie, parce que ses impacts sur la société et sur la nature sont des dommages inévitables’’. » (Encyclique Laudato si’, n° 123).

Ces paroles ne peuvent laisser aucun de nous indifférent : en mettant au même niveau le crime et le mal moral évident que sont la pédophilie ou les réseaux de prostitution juvénile, le délaissement des personnes dépendantes considérées sans utilité et la justification d’une logique économique prédatrice, le pape François nous invite avec force à réviser nos échelles de valeur, nos jugements et nos comportements.

Laudato si’ est une interpellation d’une vigueur inouïe à propos de nos actions personnelles et collectives, du besoin d’une conversion – au sens d’un retournement, d’une transformation radicale – en vue de pratiquer la solidarité entre nous aujourd’hui et à l’égard des générations futures.

Il existe de multiples manières d’affadir cette parole. Dans le champ économique, la mise en œuvre de modèles cohérents avec les enjeux énergétiques, écologiques et climatiques demande une révision drastique de nos modèles productifs comme de nos choix de consommation.

Deux stratégies de déni sont déjà à l’œuvre : la plus frontale consiste à dire du pape qu’il est communiste (c’est un argument utilisé notamment aux États-Unis dans les milieux catholiques conservateurs). Cataloguer quelqu’un pour repousser sa parole est une façon de ne pas se mettre en question.

La deuxième stratégie, beaucoup plus fine, consiste à reconnaître que le pape nous bouscule, mais pour ensuite minimiser la portée de son propos : il vient d’Amérique latine et serait marqué par un contexte particulier, il ne serait pas spécialiste des questions économiques, etc.

Plusieurs entretiens de patrons chrétiens dans les médias ces derniers mois vont dans ce sens. Ne nous laissons pas embarquer dans une telle perspective qui, pour une part, nous arrange car elle va dans le sens du maintien du statu quo.

Le pape nous alerte contre la tendance à privilégier un discours raisonnable, rassurant, gagnant-gagnant, qui consisterait à dire que nous pouvons combiner sans heurts la croissance économique telle que calculée et mise en œuvre jusqu’à aujourd’hui, le progrès social et le respect de la nature : « Il ne suffit pas de concilier, en un juste milieu, la protection de la nature et le profit financier, ou la préservation de l’environnement et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement (n° 194). »

Une troisième voie est possible, dont un e-mail reçu cet été est l’expression : des dirigeants de fonds d’investissement m’ont fait part de leur désir d’approfondir la façon dont l’encyclique les engage à modifier leurs critères d’investissement, en vue d’une plus grande justice sociale et écologique. Ensemble, laissons-nous déplacer, dans la confiance que les pas effectués nous conduisent à une vie meilleure !

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 5 avril 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières