Pédophilie : comment protéger nos enfants

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Agressions sexuelles sur mineurs : comment réagir ?
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Suite aux dernières révélations d'affaires de pédophilie, Pèlerin a consacré un dossier aux abus sexuels sur les enfants. Comment reconnaître les signaux d’alerte ? Que faire ? à qui s’adresser ? Les réponses des professionnels de l’enfance en danger.

À propos de l'article

  • Créé le 06/04/2016
  • Publié par :Raphaëlle Simon
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    6958 du 7 avril 2016; mis à jour sur Pelerin.com le 21 mars 2017

Les abus sexuels sur enfants sont encore trop souvent minimisés, ignorés ou passés sous silence. En cas d’agressions présumées ou avérées, il est nécessaire de parler.

Les agressions sexuelles sur mineurs touchent tous les milieux sociaux

D’après une enquête conduite par l’association Mémoire traumatique et victimologie avec Ipsos, dans 94% des cas les auteurs étaient connus de l’enfant et dans un cas sur deux il s’agissait d’un membre de la famille.

24% des actes subis sont le fait de grands adolescents sur des plus jeunes, et constituent pour la plupart des viols.


Un enfant me rapporte, avec ses mots, qu’il a été victime d’une agression sexuelle. Que dois-je faire ?

Un enfant ne dira jamais « on m’a violé » ou « j’ai été victime » mais plutôt « on m’a touché » ou « on m’a embêté ».

 Il s’agit avant tout d’ écouter avec empathie sa parole. Sans susciter le doute, avec des questions comme : « tu es sûr ? », « tu crois vraiment ? »

→ prévient Pierre Lassus, psychothérapeute et administrateur de l’Institut de victimologie. (Auteur de La violence en héritage. Le tragique paradoxe des relations parents-enfants, Éd. François Bourin, 276 p. ; 22 €.)

Même si tout le monde ne s’en sent pas capable « toute personne est qualifiée pour écouter un enfant », assure-t-il. On peut demander des précisions, mais sans aller au-delà de ce que l’enfant est capable de dire.

Il convient de « le laisser parler, ne pas l’interrompre, puis reprendre ce qu’il a dit pour s’assurer qu’on a bien compris » ajoute le Dr Muriel Salmona, psychiatre et psychotraumatologue, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie.

L’adulte doit rassurer l’enfant et « lui dire qu’il a très bien fait d’en parler, qu’il s’agit de violences sexuelles interdites et punies par la loi, que l’enfant n’est responsable de rien et qu’on va tout faire pour le protéger », reprend le Dr Salmona.

Souvent, l’agresseur fait pression sur l’enfant pour garder le silence.

« Il ne doit pas avoir peur de trahir un secret ; dans ce cas, ce n’en est pas un », poursuit-elle. Tout en adaptant ses mots à l’âge de l’enfant, l’adulte doit être clair avec lui. Quand il reçoit cette confidence, il doit dire à l’enfant que ce qu’il rapporte est suffisamment grave et le met en danger, qu’il ne peut garder pour lui cette information et doit la transmettre au juge.

Même le secret médical est levé en cas de situation de violence sexuelle exercée sur un mineur. Il est également vital pour la sécurité et la santé psychologique de l’enfant d’éloigner l’agresseur supposé.

Prendre la parole de l’enfant au sérieux donc, sans banaliser, ni dramatiser. Mais sans se prendre pour un juge : ce n’est pas à celui qui a reçu les confidences d’un enfant de mener l’enquête. Son seul rôle sera de signaler la situation aux autorités compétentes (voir encadré en bas de page).

Et dans le cas où un enfant rapporte qu’un autre enfant aurait subi des atteintes sexuelles ?

Là encore, la parole de l’enfant doit être entendue, sans minimiser les faits. Il s’agit juste de recueillir les propos du mineur.

Vous serez peut-être la seule personne à qui il osera en parler, et ce sera peut-être aussi le seul moment où il abordera ce sujet.

À partir du moment où un enfant parle et révèle son agression ou celle d’un autre, l’adulte a le devoir de le signaler. C’est un impératif absolu pour protéger l’enfant mais également une obligation légale.

Le code pénal précise :

Quiconque ayant eu connaissance (…) de mauvais traitements ou d’atteintes sexuelles infligés à un mineur de moins de 15 ans (…) est dans l’obligation d’informer les autorités judiciaires ou administratives.

D’autant plus s’il s’agit d’un crime (viol) dont il est encore possible de « prévenir ou de limiter les effets ».

S’abstenir de cette obligation est un délit puni de 3 ans de prison et de 45.000 € d’amende (articles 434 – 1 et 3).

Actuellement, seuls 10% des viols feraient l’objet d’une plainte.

Puis-je repérer un enfant ayant subi des violences sexuelles ? Quels sont les signaux d’alerte ?

Il est difficile de repérer avec certitude le signe d’une agression. C’est le plus souvent un faisceau d’indices.

« Tout syndrome de détresse d’un enfant, un changement brutal de comportement, des peurs et cauchemars, des angoisses de séparation, des phobies, des conduites à risque, ainsi que des comportements étranges comme se déshabiller ou se masturber compulsivement, doivent alerter sur de possibles atteintes sexuelles subies », explique le Dr Salmona.

L’impact du traumatisme sur la santé de la victime demeure extrêmement grave, et à très long terme. Non traitée, elle reste en grand danger. Un enfant qui a été violé est une urgence médicale.

À qui dois-je m’adresser pour lancer l’alerte ?

Il faut faire un signalement au procureur de la République du TGI (tribunal de grande instance) ou encore à la police (lire encadré en bas de page).

En cas d’urgence, ceux-ci prendront les mesures de protection qui s’imposent.

Il ne faut pas attendre d’être sûr pour faire un signalement, sans quoi la situation ne sera jamais dénoncée, s’accordent à dire les professionnels. C’est pourtant ce qui arrive dans 83 % des cas…

Lorsqu’on fait un signalement, il s’agit de rapporter les propos de l’enfant tels qu’il les a donnés en le citant avec des guillemets.

Si la situation semble trop floue, on peut passer par la Crip (Cellule de recueil des informations préoccupantes) du département, qui recueille, évalue et traite les informations préoccupantes transmises par les professionnels chargés de la protection de l’enfance ou par les particuliers.

S’il n’y a pas de danger immédiat, mais une situation préoccupante, on peut aussi appeler le 119, un numéro dédié à l’enfance en danger.

Une rumeur circule autour d’un agresseur présumé. Tout le monde en parle, mais personne ne bouge. Dois-je faire un signalement ?

Oui. Même si la rumeur concerne un notable, un proche, un éducateur, un adolescent ou un prêtre, il faut faire un signalement.

Toute personne, qu’elle soit témoin ou qu’elle soupçonne une situation d’enfant en danger ou risquant de l’être, peut légitimement faire un signalement administratif ou judiciaire.

Pourquoi ne pas régler l’affaire directement avec l’agresseur présumé ?

Il serait catastrophique d’aller demander à l’agresseur si c’est bien cela qui s’est passé, ou de lui dire qu’on va le dénoncer à la police.

Sans compter que « cela pourrait compliquer le travail de l’enquête », indique-t-on à la BPM (Brigade de protection des mineurs).

Les investigations préservent la présomption d’innocence et ne mènent pas toutes à la garde à vue.

On ne parle pas à la personne que l’on soupçonne. C’est à la justice de faire son travail

→ résume Pierre Lassus.

J’ai subi des attouchements lorsque j’étais mineur, il y a plus de 30 ans. Dois-je les signaler ?

Il peut être très difficile de briser le silence, même très longtemps après les faits.

Il y a pourtant tout intérêt à le faire au plus vite.

Pour les faits les plus graves, les victimes de violences sexuelles peuvent déposer plainte jusqu’à leurs 38 ans (20 ans de prescription après la majorité de la victime).

Dans ce cas encore, le procureur de la République doit être saisi.

Même lorsque les faits sont prescrits, la plainte reste utile car un auteur impuni est toujours susceptible de poursuivre ses agressions. Pour ces autres victimes, les faits ne seront pas nécessairement prescrits.

S’il y a prescription au pénal, on peut toujours demander une réparation au plan civil (dommages et intérêts).

« Mais surtout, insiste Pierre Lassus, il est important aussi de pouvoir le dire pour sortir de la honte et de la culpabilité qui a été inversée – cette dernière pèse sur la victime et non sur l’agresseur. »

Pour toute plainte (par la victime) ou signalement (témoins, ...) :

Autorités judiciaires (révélations, fortes présomptions, ou danger immédiat) :

▶  17. Police ou gendarmerie (n’importe où en France).
▶  Procureur de la République du tribunal de grande instance du lieu de l’infraction (en principe situé dans le chef-lieu du département).

Autorités administratives (rumeurs, situation préoccupante) :

La Crip (Cellule de recueil des informations préoccupantes) du département (Aide sociale à l’enfance).

Et aussi :

119 Allô enfance en danger. Numéro d’urgence, gratuit, 24h/24 et 7j/7, confidentiel, ouvert aux mineurs.

S’informer

▶ 0 808 807 700 Jeunes violences écoute. Numéro vert anonyme et gratuit. Tous les jours de 10h à 22h. www.jeunesviolencesecoute.fr

▶ Site de prévention des violences sexuelles : www.violences-sexuelles-info.fr

▶ Site belge de prévention de la maltraitance : www.yapaka.be

▶ Pour signaler un site à caractère pédo-pornographique : www.internet-signalement.gouv.fr

Se documenter

 Lutter contre la pédophilie, repères pour les éducateurs, Éd. CEF, Bayard, Cerf, Fleurus, Mame, 64 p. ; 12 € (nouvelle édition à paraître).

Violences sexuelles. Les 40 questions-réponses incontournables, Dr Salmona, Éd. Dunod, 2015, 288 p. ; 16 €.

▶ Le petit livre pour dire NON ! aux abus sexuels, D. Saulière et B. Després, Éd. Bayard jeunesse, 40 p. ; 9,90 € (dès 7 ans).


pedo

Retrouvez notre dossier complet dans Pèlerin n°6958 du 7 avril 2016


Vos commentaires

4 Commentaires Réagir

pedophilie

fraber75 23/03/2017 à 15:00

Je voudrais que l'on m'explique pourquoi des adultes éprouvent des désirs sexuels pour des enfants. Ces individus sont-ils sexuellement impuissants? Sont-ils incapables d'éprouver des désirs pour d'autres adultes? Eprouvent-ils un attachement ... lire la suite

pedophilie

Vinzo 08/04/2016 à 08:39

Les média ne font pas assez allusion à cette perversion. C'est nécessaire et salvateur. Les parents souhaitent protéger leurs enfants et les professionnels de l'enfance peuvent aider à la prévention, la consolation, au deuil. Ce problème a toujours ... lire la suite

pedophilie

claudine 08/04/2016 à 04:11

Merci au Pèlerin d'être précis . Il faut que l'entourage des enfants soit vigilant Si les parents ont besoin d'aide, ils sont souvent sourds aux plaintes surtout quand elles semblent inconcevables : Dr claudine Onfray

pedophilie

marimo 06/04/2016 à 19:16

Les media font trop allusion à cette perversion. C'est abusif et malsain. Les parents sont responsables et n'ont pas besoin de professionnels de l'enfance pour prévenir et éduquer leurs enfants. Ce problème a toujours existé. MCM - LYON 6ème

Paru le 23 novembre 2017

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