Ken Follett nous plonge dans l'Europe du XVIe siècle

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Prise de Calais par François, duc de Guise, le 9 janvier 1558. Peinture de François-Édouard Picot (1786 - 1868). © Deagostini/Leemage
Prise de Calais par François, duc de Guise, le 9 janvier 1558. Peinture de François-Édouard Picot (1786 - 1868).
Prise de Calais par François, duc de Guise, le 9 janvier 1558. Peinture de François-Édouard Picot (1786 - 1868). © Deagostini/Leemage

Vingt-sept ans après son immense succès, Les piliers de la terre, Ken Follett publie une suite époustouflante, dans une Europe en proie aux guerres de Religion. Une épopée addictive.

À propos de l'article

  • Créé le 17/10/2017
  • Publié par :Muriel Fauriat
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7038 du 19 octobre 2017

KAN

Pèlerin. Pourquoi retournez-vous à Kingsbridge, cadre de votre épopée sur les bâtisseurs de cathédrales, après avoir écrit une trilogie contemporaine ?

Ken Follett. Je suis retourné à Kingsbridge (Angleterre) pour mes lecteurs, qui sont très attachés à ce lieu. Ils ont suivi, pierre après pierre, la construction de la cathédrale. C’est aussi un immense plaisir pour moi d’imaginer comment la ville s’est développée, comment le pays a évolué.

Après l’Angleterre du XIIe siècle, celle du XIVe siècle (Un monde sans fin), j’ai voulu plonger dans le XVIe siècle, une époque qui déborde de furie et de crimes.

Qu’est-ce qui vous attire dans ce siècle de violence ?

L’Europe connaît un changement historique majeur : le catholicisme est mis à mal par l’émergence de contestataires, menés par Calvin et Luther. Au sommet, l’Europe est divisée entre les catholiques purs et durs qui veulent éradiquer le protestantisme – le roi d’Espagne, la famille de Guise, en France.


Ce sont les femmes qui essaient d'éviter les bains de sang.

Et les souverains qui tentent de prôner la tolérance : Élisabeth Ire, en Angleterre, Catherine de Médicis en France, Marguerite de Parme aux Pays-Bas.

Notez que ce sont les femmes qui essaient d’éviter les bains de sang. À ces personnalités historiques, il était très excitant d’ajouter des personnages de fiction pour qui ces bouleversements politiques deviennent des drames intimes.

Votre peinture des pratiques religieuses de l’époque est impitoyable !

C’est la réalité qui est impitoyable. Une partie du clergé accumule richesse, pouvoir, et dédaigne le peuple. Alors que ce sont les villageois qui entretiennent les gens de Dieu.
Économiquement, un nouveau monde naît, avec le début du capitalisme mercantile. Pourtant, l’Église demeure conservatrice.

Elle freine l’essor des banques en interdisant l’usure (prêt avec intérêt). Alors que, favorables aux banques, prônant la rigueur, les protestants attirent. Mais ils ont aussi leur part de dogmatisme…

Vous racontez magnifiquement la vie de marchands. Au XVIe siècle, l’Europe commerciale est déjà une réalité…

La globalisation était en effet présente il y a cinq cents ans. Au XVIe siècle, les échanges se multiplient avec Anvers, Hambourg, Genève, Séville. L’Angleterre doit commercer avec l’Europe : c’est sa richesse. Aujourd’hui, les Britanniques n’ont toujours pas compris cela ! Je suis persuadé que le Brexit est une erreur historique.

Nous pénétrons la cour des rois par leurs conseillers espions : le sympathique Ned Willard, qui travaille pour la reine Élisabeth d’Angleterre, et l’infâme Pierre Aumande, au service des De Guise, pourfendeurs des huguenots.

Dans tous mes romans, il y a un jeune homme assoiffé de pouvoir.

Dans tous mes romans, il y a un jeune homme comme Ned Willard, assoiffé de savoir. Parce qu’il a vu sa mère ruinée, conjointement par les Français – qui se sont emparés de ses biens en reprenant Calais aux Anglais – et par un marchand anglais sans scrupule allié à un abbé de Kingsbridge, il se met au service de la reine protestante Élisabeth Ire, qui promet un pays pacifié. Ned devient un espion hors pair, prêt à contrer les infamies orchestrées en France ou en Espagne.

De l’autre côté de la Manche, il était intéressant de pénétrer la stratégie des ducs de Guise via un alter ego maléfique à Ned, un espion abject : Pierre Aumande. Mais ce n’est pas tant la lutte entre catholiques et protestants qui m’intéresse que l’opposition entre tyrannie et tolérance.

Au côté de Ned Willard, j’ai créé des femmes pacifistes : Margery, la catholique anglaise, Sylvie, la protestante française. Dans le contexte de l’époque, tolérance signifiait faiblesse, laisser-aller. Alors c’était très courageux, voire imprudent, de prôner cette vertu.

Votre œuvre, immense par la taille et le talent, mêle la vie des puissants à celle des gens simples. Comment faites-vous ?

Cela représente trois ans de travail ! Et un attachement particulier pour les petites gens. La première année, je fais des recherches historiques et je conçois mon plan, très détaillé. Avec un objectif : que le lecteur ait envie de tourner la page.

Un livre représente trois ans de travail.

J’introduis tous mes personnages et leurs caractéristiques dans un fichier informatique. La deuxième année, j’écris un premier jet, que je soumets à de nombreux experts, historiens, professeurs. Charge à eux de me signaler les erreurs, les anachronismes. Et la troisième année, je réécris en tenant compte des remarques.

Quel est le secret de votre écriture ?

Je privilégie un style transparent comme le verre : ma plume doit disparaître au profit de l’histoire, comme au cinéma. Je ne me pose pas en juge non plus : je ne dis jamais au lecteur ce qu’il doit penser. Je donne les différents points de vue, et essaie de les éclairer en contextualisant. Pour traduire les moments d’émotion, je me permets d’être poète…

Qui êtes-vous, Ken Follett ? D’où venez-vous ?

Je suis né dans une famille de protestants très puritains. La radio, la télévision, le cinéma étaient interdits. Le dimanche, on ne pouvait même pas jouer au football ! Mes grands-pères étaient des marchands de la classe moyenne, qui travaillaient dur.

J’adorais les histoires et je demandais à ma famille de m’en lire. Puis j’ai lu seul, énormément : James Bond, Shakespeare…


Je suis athée, même si j'aime l'Église pour ses chants.

À 15 ans, je me suis fâché avec mon père à propos de Dieu. Je suis athée, même si j’aime l’Église pour ses chants, les phrases poétiques de la Kings James Bible. J’admire aussi l’architecture des cathédrales !

Aujourd’hui, je suis marié avec Barbara, ancienne députée travailliste : j’ai deux enfants, elle, trois, plus un issu de notre mariage… Nous sommes fiers de nos six enfants et six petits-enfants. Nous vivons entre Londres, Stevenage (fief électoral de Barbara, où se trouve l’entreprise qui gère mes droits et qu’elle dirige) et Antigua, une île des Caraïbes.

Où allez-vous ?

Où vais-je ? Littérairement ?
Peut-être vers le Nouveau Monde…

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Éd. Robert Laffont, 928 p. ; 24,50 €.

© Photo (portrait) Olivier Favre

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Paru le 23 novembre 2017

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