Jean-Guilhem Xerri, biologiste : "Je suis un incroyant pas comme les autres"

agrandir Jean-Guilhem Xerri : "Le chrétien est là pour donner envie. Sur la base de ce qui le fait vibrer, et non en s’érigeant en modèle."
Jean-Guilhem Xerri : "Le chrétien est là pour donner envie. Sur la base de ce qui le fait vibrer, et non en s’érigeant en modèle." © William Beaucardet
Jean-Guilhem Xerri : "Le chrétien est là pour donner envie. Sur la base de ce qui le fait vibrer, et non en s’érigeant en modèle."
Jean-Guilhem Xerri : "Le chrétien est là pour donner envie. Sur la base de ce qui le fait vibrer, et non en s’érigeant en modèle." © William Beaucardet

Non, le christianisme n’est pas mort ! Au contraire, plus que jamais, les baptisés ont un rôle à jouer dans la société. Voici le credo que Jean-Guilhem Xerri, 46 ans, biologiste médical des hôpitaux et spécialiste de l’exclusion, décline dans à quoi sert un chrétien ?. Un appel à l’évangélisation.

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À propos de l'article

  • Créé le 27/01/2015
  • Publié par :Marie-Christine Vidal
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6896, du 29 janvier 2015

Pèlerin. Vous avez publié à quoi sert un chrétien ? il y a trois mois. Depuis, la France a été touchée par des attentats terroristes au début de ce mois. Dans ce nouveau contexte, quelle utilité immédiate peut avoir un chrétien ?
Jean-Guilhem Xerri. D’abord, nous chrétiens, en tant que tels mais aussi en tant que citoyens, devons sortir du déni. Ne pas refuser de voir la radicalisation de certaines catégories de la population, notamment à l’école ou en prison.

La foi chrétienne consiste à affronter la réalité et à sortir de l’angélisme. Ma deuxième conviction concerne la liberté d’expression. Certes, c’est un droit absolu et sacré, mais cela n’empêche pas de s’interroger sur son usage.

L’usage doit passer l’épreuve de l’éthique, de la conscience et de la déontologie.

Les caricatures de Charlie Hebdo blessent plus d’un milliard d’habitants de la planète et l’on continue à raisonner avec la dialectique « J’ai le droit / Je n’ai pas le droit » !

Nous devons être des instruments de dialogue, favoriser la rencontre. La liberté n’existe pas pour elle-même, à nous de l’orienter au service de la paix. Et enfin, comme chrétiens, nous devons prier pour les victimes bien entendu mais aussi, et c’est plus difficile, pour ceux qui ont tué.

Qu’est-ce que les chrétiens peuvent apporter de spécifique à la construction du « vivre ensemble » ? 
J.-G. X. Les chrétiens croient qu’il existe une paix particulière : la paix du Christ. Ils sont appelés à donner et à recevoir cette paix surnaturelle, que l’on ne peut découvrir que dans la prière et la vie sacramentelle. Un chrétien n’est pas que dans l’action. Il doit « inspirer son action », chercher sa source dans la prière. 

 Vidéo. La bienveillance par Jean-Guilhem Xerri. Source : Ecologie humaine.

 

Quelle urgence y a-t-il, aujourd’hui, à se poser la question de l’utilité des chrétiens ?
J.-G. X. Il faut redonner confiance aux chrétiens. Ils craignent le déclin du christianisme, souffrent du discrédit de notre religion dans la société. Je crois au contraire que le christianisme entre dans une ère nouvelle.

A titre personnel, j’ai été amené à réfléchir sur le sujet de mon livre à plusieurs reprises, à la demande des évêques de France. La question « à quoi sert un chrétien ? » s’adresse aussi à moi. Après des engagements explicitement chrétiens – dont dix-sept ans passés dans l’association Aux captifs la libération, qui accompagne les gens de la rue – après quarante ans de vie chrétienne, j’ai eu envie de prendre du recul.

C’est mon identité d’homme, de chrétien, de laïc, de citoyen qui a été interpellée, mobilisant mon cœur, mon intelligence et mon baptême. La rédaction de ce livre m’a mis en mouvement, et m’a permis d’identifier les deux qualités dont doivent faire preuve les chrétiens : la modestie et l’audace. 

Que répondez-vous à la question que pose le titre de votre livre ?
J.-G. X. Les baptisés doivent révéler à l’homme ce à quoi il est appelé en profondeur : recevoir et donner la vie en abondance. Le cœur de la révélation chrétienne, c’est cela !

Si le christianisme recule, c’est aussi parce que nous n’avons pas su annoncer ce message.

Je prends mon exemple : en quarante ans de vie chrétienne, de catéchisme et d’apprentissage des sacrements, je n’ai presque jamais entendu parler de la résurrection.

Le message que l’on m’a délivré, c’est la parabole du bon Samaritain. C’est-à-dire la charité. Les chrétiens sont très présents dans ce domaine, et tant mieux. Mais ce n’est pas suffisant !

Il faut dire et redire que le Christ est mort et ressuscité pour faire entrer tous les hommes dans la Vie, et non pas pour les enfermer dans une doctrine.

La source de notre foi n’est pas la croix, comme des siècles de christianisme ont pu le laisser penser, en versant dans le dolorisme et la culpabilité. La source de notre foi, c’est ce qu’il y a après : le tombeau vide. Et notre utilité, c’est de l’annoncer à nos contemporains. 

Selon vous, un chrétien sert donc « à évangéliser »…
J.-G. X. En quelque sorte. Mais attention : « évangélisation » est un mot piégé. On le confond souvent avec « conversion », qui suppose l’adhésion de l’autre. Il n’y a rien de pire que cette confusion !

La foi chrétienne repose sur une transmission personnelle : on y croit parce que les gens en brûlent.

Le chrétien est là pour donner envie. Sur la base de ce qui le fait vibrer, et non en s’érigeant en modèle.

Si l’on est croyant, c’est pour les autres et pour le monde. Un croyant ne doit pas être utile pour exister mais il existe pour être utile dans la société. De fait, les chrétiens évangélisent déjà en vivant un humanisme au service de la vie – autrement dit, la charité –, en portant une vision de l’homme, notamment dans les débats sur les questions éthiques et sociales.

Mais il me semble qu’ils ont plus de mal à annoncer le message de vie du Christ. Or, évangéliser, c’est créer les conditions d’une rencontre entre les âmes de nos contemporains et le Seigneur.

Facile à dire, mais comment faire ? 
J.-G. X. La crise actuelle n’est pas tant économique, sociale, morale que spirituelle. Nous sommes malades spirituellement – souffrance psychique, solitude, sentiment de perte de sens, addictions, suicide – et nous cherchons des solutions extérieures à nous-mêmes.

Pour faire face, notre société s’appuie sur la pharmacologie, la technologie et le consumérisme. Si les chrétiens ne se sentent pas concernés par l’âme de leurs contemporains, qui le sera ?

Quiconque a fait l’expérience de la méditation, chrétienne ou non, ne vit plus de la même façon.

Le plus grand service que l’on puisse rendre à nos contemporains, c’est de les ouvrir à l’intériorité.

Le « marché » est aujourd’hui occupé par des bouddhistes, des athées, alors que nous, chrétiens, avons deux mille ans d’expérience dans l’accompagnement spirituel !

Pourquoi ne pas ouvrir davantage d’écoles de méditation dans les paroisses et nous engager dans l’apprentissage de la vie intérieure ? La prière n’est alors que l’étape ultime, proposée à ceux qui veulent « habiter » leur méditation par une rencontre avec le Christ. 

Vous suggérez aussi que les chrétiens s’impliquent dans la culture populaire. Qu’entendez-vous par là ?
J.-G. X. Il s’agit de mettre en scène, dans les émissions de télé, dans les séries, dans les romans, des gens qui vivent une relation avec le Christ. De présenter des conversions intérieures d’êtres qui rayonnent. Non pas pour exalter les vertus de ces chrétiens mais pour témoigner de la richesse de leur expérience et de leur fécondité.

S’il est nécessaire que la foi et les valeurs chrétiennes se transmettent sur un mode intellectuel en s’adressant à la raison et à l’intelligence, il est aujourd’hui indispensable qu’elles touchent aussi les cœurs et les imaginations. Arrêtons de nous méfier des émotions !

Le pape François insiste, lui aussi, sur l’urgence de l’évangélisation… 
J.-G. X. Il utilise peu le terme – il préfère le mot « mission » – mais il ne cesse d’en parler. Pour lui, c’est « un mouvement renouvelé vers celui qui a perdu la foi et le sens profond de la vie ».

Il doit s’articuler autour de quatre axes : la liberté de tout homme d’adhérer ou non, le mouvement du chrétien vers l’autre, l’annonce du message du Christ plutôt que de la doctrine morale, et l’importance de témoigner avec amour.

Vous définissez les chrétiens comme des « incroyants pas comme les autres ». Vous reconnaissez-vous dans cette description ? 
J.-G. X. Bien sûr : 10 % de ce que je suis sont croyants, dociles à l’Esprit saint et traversés par la Lumière, mais 90 % vivent dans les ténèbres et n’acceptent pas la grâce.

C’est ça, être chrétien : accepter d’être déjà dans la vie éternelle même si je la refuse dans sa profusion.

Une partie de moi n’est pas convertie. Ce qui n’est pas une raison de ne rien faire au prétexte que « je ne suis pas digne ». Au nom des 10 % de ce que je suis qui sont convertis, je peux évangéliser.



► A lire

Jea-Guilhem Xerri livre

A quoi sert un chrétien, Ed. du Cerf, 274 p. ; 20 €.

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Paru le 10 août 2017

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