"Je sais que je peux mourir à l’église"

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© David Degner, au Caire.
"Je sais que je peux mourir à l’église"
© David Degner, au Caire.

Pèlerin vit la Semaine sainte en Égypte, avec les chrétiens coptes, frappés par deux attentats meurtriers revendiqués par Daech le 9 avril. 

À propos de l'article

  • Modifié le 14/04/2017 à 11:20
  • Publié par :Mikaël Corre, envoyé spécial en Égypte. Photo : David Degner, au Caire
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    Pèlerin.com; le 14 avril 2017.

Au Caire, la plupart des églises chrétiennes ressemblent au camp militaire américain de Fort Knox. Un portique de sécurité et des policiers armés de kalachnikov filtrent les entrées. Les accès, entourés de murs d’enceinte parfois rehaussés de grilles, ont été transformés en labyrinthes par des barricades. Le tout a beau être décoré de teintures blanches, bleues, roses pour la Semaine sainte, la peur d’une attaque est dans les esprits.


Les églises ont beau être décorées de teintures blanches, bleues, roses pour la Semaine sainte, la peur d’une attaque est dans les esprits.


À Alexandrie et Tanta, deux attentats suicide revendiqués par l’organisation État islamique (EI) ont fait 44 morts le dimanche 9 avril, pendant la messe des Rameaux. L’État égyptien, qui a déclaré l’état d’urgence et renforcé la sécurité, a annoncé le 13 avril avoir identifié l’un des kamikazes (celui de Tanta).

« J’ai pensé au risque d’attentat, ce matin, en venant à la célébration (du Jeudi saint, NDLR) confie Eman, une copte de 36 ans, assise dans la cour de l’église catholique de la Sainte Famille, dans le quartier d’El-Zaytoun. Dans cette banlieue du Caire, la Vierge Marie serait apparue sur un toit, dans les années 1970. L’Église copte orthodoxe a officiellement reconnu ces apparitions. « Je sais que je peux mourir à l’église, reprend Eman, à n’importe quel moment. Alors oui j’ai peur. »

Résister par la prière

Pour Sandra, 27 ans, se rendre le même jour dans la basilique Sainte-Thérèse de l’enfant Jésus (la sainte carmélite de Lisieux est très populaire parmi les chrétiens du Caire) dans le quartier de Shubra, où vit une importante communauté copte, a été un « challenge ». « Des collègues m’ont dit : "Ne va pas à l’église, c’est de la folie !" », raconte cette jeune responsable des ressources humaines. « Mais c’est ce que les terroristes de l’EI veulent. Leur message, c’est : "Restez à la maison les chrétiens". Alors j’ai décidé de les combattre par la prière. Je continuerai à aller à l’église, année après année, coûte que coûte. »


Des collègues m’ont dit : "Ne va pas à l’église, c’est de la folie !"


Certains trouvent, dans la proximité entre les dernières attaques et le temps pascal, un sens spirituel. Dans l’église de la Sainte Famille, Michael, un jeune scout de 21 ans qui dit « n’avoir peur de personne », déclare : « Ces attaques me permettent de ressentir la souffrance de Jésus sur la Croix ».

Reconstruire une « Égypte de la paix »

« Cette Semaine sainte, il nous est proposé de réellement vivre la Passion », reprend, sur les marches de la basilique Sainte-Thérèse, « Abouna* Patrick », un frère carme arrivé au Caire en 2010.

« La souffrance du Christ est, cette année, celle du peuple égyptien tout entier. Ce n’est pas simplement un souvenir historique du martyre du Christ, mais bien sa Passion réactualisée.  » Mais après la Passion vient la Résurrection… et la venue du pape François, les 26 et 27 avril. C’est, en substance, le discours que Mgr Ibrahim Isaac Sidrak, le patriarche des coptes catholique (la majorité des coptes égyptiens sont orthodoxes et ont leur propre « pape »), a tenu à ses fidèles le 13 avril.


 "Cette Semaine sainte, il nous est proposé de réellement vivre la Passion", reprend, sur les marches de la basilique Sainte-Thérèse, Abouna Patrick


« Beaucoup ressentent après ces attaques une douleur terrible, puis de la fureur et, parfois du découragement, rapporte-il à Pèlerin. J’essaye de ne pas trop spiritualiser la situation, mais de la replacer sous le prisme de la foi chrétienne : l’espoir. »

Le patriarche catholique place beaucoup d’espoir dans la venue du « pape de la paix », pour « une Égypte de la paix » : « Cette visite est vraiment très importante pour nous, pour tous les Égyptiens et tous les chrétiens, et pas seulement les catholiques, affirme Mgr Ibrahim Isaac Sidrak. Le pape François aurait pu annuler sa venue (après les derniers attentats), mais il ne l’a pas fait. Cela montre ce qu’il est pour nous, pour l’Égypte : un ami des plus précieux, de ceux qui restent au plus près de vous lorsque c’est difficile. »


"Beaucoup ressentent après ces attaques une douleur terrible, puis de la fureur et, parfois du découragement."

Rester solidaires au-delà des frontières

C’est déjà le message qu’a voulu apporter, à son échelle, Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Oeuvre d’Orient. « Dès que j’ai appris le double attentat dont des chrétiens ont été victimes, j’ai pris un billet d’avion pour Le Caire », raconte le prélat français, à la tête de cette organisation qui vient en aide aux chrétiens dans plus de vingt pays.

« J’ai trouvé important de venir prier avec eux. Vous allez me dire : “À quoi ça sert ? Ca ne changera rien.” Eh bien, le fait de savoir, ici au Caire, que, dans le monde entier, des chrétiens prient en ce moment même pour vous, c’est très important. Je ne porte que ce message, rien de politique. Je pense être dans le ton de ce que ressentent, vis-à-vis de ces chrétiens, beaucoup de Français. »

*En arabe, « abouna » signifie « notre père ». C’est le titre que donnent les chrétiens à leurs prêtres.

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Paru le 20 avril 2017

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