Jacques Perrin : "Venez voir, le monde est beau"

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Le comédien et réalisateur, en tête à tête avec un pélican. Pas si étonnant. Car, pour Le peuple migrateur, à l'affiche en 2001, Jacques Perrin a silloné la planète pour raconter l'étonnante épopée de la migration des oiseaux. © Philippe Quaisse/Pascoandco
Jacques Perrin : "Venez voir, le monde est beau"
Le comédien et réalisateur, en tête à tête avec un pélican. Pas si étonnant. Car, pour Le peuple migrateur, à l'affiche en 2001, Jacques Perrin a silloné la planète pour raconter l'étonnante épopée de la migration des oiseaux. © Philippe Quaisse/Pascoandco

Ses documentaires content les splendeurs de la nature et de la vie sauvage animale. Alors que son dernier film, Le peuple des forêts, vient de sortir en DVD, le cinéaste revient sur une vie de passion et d’engagement.

À propos de l'article

  • Publié par :Propos recueillis par Timothée Duboc
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7003 du Jeudi 16 février 2017

Passer du grand écran avec le film Les saisons, sorti en 2016, au petit écran pour la série ­documentaire Le peuple des forêts, cela n’a pas été frustrant ?

Pas du tout. Dans le film Les saisons, nous disions au spectateur : « Chut ! On se tait » et « Viens voir comme c’est beau », pour laisser parler le mystère du spectacle de la vie sauvage. Même si l’histoire que Jacques Cluzaud (coréalisateur, NDLR) et moi racontons dans la série documentaire s’inspire de ce film, la démarche, elle, est différente : pour retracer vingt mille ans de vie sauvage sur le continent européen, nous proposons une pédagogie, une explication du comportement des animaux, des relations existant entre eux et avec leur milieu, essentielles à leur préservation. Pour partager avec le public les connaissances que nous avons acquises en réalisant le film et la série, nous avons aussi publié un ouvrage plus encyclopédique. Paléoanthropologues, historiens, climatologues, botanistes, zoologues, tous les spécialistes que nous avons rencontrés y vulgarisent leur savoir. 


Notre démarche : retracer vingt mille ans de vie sauvage sur le continent européen

Vous qui êtes au chevet de la planète, pensez-vous que nos leaders politiques sont conscients des grands enjeux de l’environnement ?

Les ministères de l’Environnement, en France comme ailleurs, n’ont pas les moyens d’imposer des mesures fortes. Si bien qu’une fois passés les effets d’annonce, ils ne vont pas suffisamment loin. Les dirigeants politiques ne prêtent pas l’oreille aux alertes des scientifiques. Je prends ma part de responsabilité : mes films n’ont sans doute pas assez relayé les mises en garde de ceux-ci. Il n’en reste pas moins vrai qu’ici et là la nature retrouve ses droits, parfois grâce à des initiatives humaines, même si elles sont trop rares. Certains territoires – notamment en montagne – retrouvent une nature vivante, riche d’une belle biodiversité.

(...)

Vous cherchez à réenchanter le monde ?

J’essaie d’apporter un autre regard sur sa beauté. Je me souviens avoir assisté à un lever de soleil sur le puy de Sancy, depuis le puy de Dôme, en colonie de vacances, quand j’étais gosse. Quel bonheur ! La nature, c’est un oxygène, c’est vivifiant. Il faut qu’on « la respire », il faut que l’on sente le vent, que ce soit exaltant. Le petit citadin que j’étais, qui vivait dans le béton d’une cité HLM d’Asnières, près de Paris, s’en souvient encore. 


Je touche du doigt un mystère, une forme de spiritualité. Ça peut être en contemplant l’infini...

Cette beauté du monde, quelle réflexion vous inspire-t-elle ? 

Plus qu’une réflexion, je ressens une compréhension émotionnelle qui me donne un sentiment de plénitude. Je touche du doigt un mystère, une forme de spiritualité. Ça peut être en contemplant l’infini, l’espace, les étoiles ou le minuscule peuple des insectes de Microcosmos (film produit par Jacques Perrin, sorti en 1996, NDLR). Au cœur de la nature, quelque chose d’originel renaît en nous. L’âme s’élève alors. Et s’exalte…

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Votre mère vous a élevé seule, avec vos deux sœurs, dans des conditions ­difficiles. Cela vous a-t-il rendu plus fort ?

C’est vrai, ma mère a traversé des difficultés. Quand je repense à mon enfance avec mes sœurs, je me dis : on n’avait rien mais, en même temps, on ne manquait de rien. Du coup, je n’ai aucune revanche à prendre. Aujourd’hui, quand j’ai de l’argent pour faire des films, si le sujet que je veux porter à l’écran me paraît important, je ne pense pas aux risques. Cela peut faire peur à mes banquiers et à mes partenaires !

Vous sillonnez la planète. Vous qui avez manqué d’un père, cette vie de passion et d’aventure ne vous éloigne-t-elle pas trop de vos enfants ?

Mes enfants ne manquent pas d’un père. Je suis souvent là. En tout cas, quand ils sont face à l’adversité, je ne suis pas long à les rejoindre pour les soutenir. Et puis je crois aussi à l’exemple du chemin que l’on trace. C’est pour mes enfants un modèle d’apprentissage, une incitation à aller de l’avant.

Vous n’avez pas l’impression de vivre plusieurs vies ?

Ah, complètement ! J’ai fait des films qui souvent m’ont donné cette occasion formidable de vivre une autre vie que la mienne. Pierre Schoendoerffer, qui m’a offert de jouer un jeune soldat perdu en pleine jungle, dans La 317e section (1965), me disait que le chat a sept vies. J’ai l’impression d’en avoir un peu plus encore…


(...)


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À lire

L'intégralité de notre interview de Jacques Perrin dans le numéro 7003 de Pèlerin du Jeudi 16 février.

À voir

Le peuple des forêts. Diffusé en 3 épisodes sur France 2, le 24 décembre 2016. ET en DVD : Pathé, 14,99€.

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Paru le 22 juin 2017

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