Ile Saint-Martin, après l'ouragan : aidons à construire une bibliothèque

agrandir Marie-Paule Rousseau veut faire construire une bibliothèque qui soit un lieu de vie et d'espoir.
Marie-Paule Rousseau veut faire construire une bibliothèque qui soit un lieu de vie et d'espoir. © Simon Lambert/Haytham Pictures
Marie-Paule Rousseau veut faire construire une bibliothèque qui soit un lieu de vie et d'espoir.
Marie-Paule Rousseau veut faire construire une bibliothèque qui soit un lieu de vie et d'espoir. © Simon Lambert/Haytham Pictures

Depuis deux ans, au cœur d'un quartier pauvre de l'île Saint-Martin (Antilles), Marie-Paule Rousseau se bat pour offrir un avenir à une jeunesse délaissée. Après le passage dévastateur de l'ouragan Irma, son association redouble d'efforts, avec un grand projet : bâtir une bibliothèque qui soit un lieu de vie et d'espoir.

Pour mener à bien cette opération lancée avec la Fondation de France, nous avons besoin de vous, lecteurs de Pèlerin. (Voir à la fin du reportage comment envoyer un don).

À propos de l'article

  • Créé le 12/12/2017
  • Publié par :Véronique Badets
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    11 décembre 2017

À 10 HEURES PRÉCISES, ce samedi de novembre, un minibus chargé d'une vingtaine d'enfants quitte le Quartier-d'Orléans, l'un des deux bourgs les plus pauvres de l'île Saint-Martin (Antilles). Le long de la route s'égrènent des maisons détruites, des montagnes de débris, des centaines de voitures hors d'usage.


20171118_SAINT_MARTIN_DSF7940

Posé au pied du pic Paradis (424 mètres) qui domine l'île de Saint-Martin, le Quartier-d'Orléans, bourg d'environ 5 000 habitants. © Simon Lambert/Haytham Pictures


La plupart des passagers, âgés de 5 à 16 ans, changent d'air pour la première fois depuis l'ouragan Irma qui a bouleversé leur vie le 6 septembre 2017 (1). À peine arrivés au sommet de la colline, but de cette sortie, les gamins se mettent à courir dans l'herbe haute, comme enivrés par l'espace et la beauté du lieu.


20171118_SAINT_MARTIN_DSF8369


L’association Centre symphorien d'insertion dirigée par marie-Paule Rousseau propose régulièrement des sorties, comme ici dans le "jardin de l'Espoir", laissé à l'abandon depuis Irma. © Simon Lambert/Haytham Pictures


L'insouciance semble leur être rendue. Au loin scintille la mer turquoise. Romain, 7 ans, ne sait plus où donner de la tête : ici, il examine une sauterelle avec passion. Là, il demande le nom d'une plante aux feuilles minuscules et d'un insecte noir qui se faufile à travers.

Un vent léger fait onduler les longues graminées qui ont envahi ce jardin d'un hectare, laissé à l'abandon depuis le passage d'Irma. « Toutes nos serres sont par terre, ainsi que les carbets (abris) où nous nous réfugiions à l'ombre pour échanger avec les enfants. Ça fait mal de voir ça », commente Marie-Paule Rousseau.

S'aidant de sa canne qu'elle ne quitte plus depuis une importante opération de la jambe en juillet, la directrice du Centre symphorien d'insertion – qui organise l'excursion – arpente le lieu pour montrer aux enfants des richesses cachées au creux des herbes folles : pois d'angole antillais, combos, épinards, plantes médicinales.

Jusqu'à Irma, ce lieu magnifique était cultivé et entretenu par une équipe de dix-huit personnes embauchées par cette association phare de Quartier-d'Orléans. "Je l'ai appelé le “jardin de l'espoir" car il prouve qu'une agriculture vivrière est possible sur cette île, explique-t-elle.


Acheter des fruits et légumes frais importés est hors de portée pour beaucoup. Cultiver ici notre nourriture permettrait de faire face à des événements comme des ouragans, en ne dépendant pas entièrement de l'extérieur. »


L'espoir… Bien au-delà de ce jardin, Marie-Paule Rousseau a réussi à le faire pousser depuis deux ans dans ce quartier oublié des pouvoirs publics, souvent stigmatisé comme un « ghetto » de pauvres et d'immigrés en provenance des autres îles caribéennes.



Marie-Paule en bleu


Née à Saint-Martin en 1968 de parents guadeloupéens, Marie-Paule Rousseau a grandi à Quartier-d'Orléans avant de partir étudier, puis travailler, en métropole. Une carrière confortable de commerciale en services informatiques, un mari, trois enfants : sa vie allait de soi. © Simon Lambert/Haytham Pictures


Mais l'été 2013, lors de vacances chez ses parents, elle est bouleversée. « Je voyais les jeunes se mettre eux-mêmes en marge du système, ils traînaient dans la rue de plus en plus tôt. La délinquance augmentait. Je ne supportais pas de voir mon quartier partir à la dérive comme ça », se souvient-elle.


20171118_SAINT_MARTIN_DSF8973


Après l'école et le week-end, les enfants n'ont pas d'autres endroits où aller que les rues du quartier : leurs maisons sont souvent petites et en cours de reconstruction, et les lieux d'accueil pour la jeunesse manquent cruellement.© Simon Lambert/Haytham Pictures


Au même moment, Marie-Paule Rousseau se relève d'une opération liée à la maladie de Raynaud, qui menace ses jambes. « J'étais reconnaissante à Dieu d'être toujours en vie. Ce temps “en plus”, je me suis sentie appelée à le mettre au service des jeunes d'ici, pour les aider à se construire un avenir. »

Depuis, elle partage sa vie entre Saint-Martin et l'Île-de-France – où restent son mari et ses filles. Inspirée par la pédagogie salésienne, elle a d'abord cherché, avec un ami prénommé Symphorien, à installer une maison Don Bosco. Mais l'ami est décédé, et elle a finalement créé à sa mémoire une association baptisée « Centre symphorien d'insertion » (CSI). 


20171118_SAINT_MARTIN_DSF8025


Ce bâtiment est le siège social du Centre symphorien d'insertion. Il a été en grande partie détruit. L'association souhaite profiter de sa reconstruction pour créer une bibliothèque permettant d'accueillir les enfants après l'école, ainsi que le mercredi et le samedi. © Simon Lambert/Haytham Pictures


Né en 2015, le centre symphorien d'insertion a tout de suite emporté un appel à projets de la collectivité de Saint-Martin pour le ramassage des sargasses, ces algues qui envahissent les plages et dégagent des gaz toxiques. Au total, en deux ans, 45 jeunes – dont plusieurs sortant de prison – ont ainsi pu travailler en contrat d'insertion, soit pour le nettoyage du littoral, soit pour le jardin.

« CSI a envoyé un signal très important aux jeunes : s'ils veulent s'en sortir, ils ont un lieu où s'adresser. Un jour, dans la rue, j'ai vu l'un d'eux venir remercier Marie-Paule d'avoir apporté l'espoir dans ce quartier », témoigne Christian Philomin, vice-président du CSI qui travaille dans la prévention de la délinquance en Guadeloupe.


20171118_SAINT_MARTIN_DSF8952


Après l'excursion, sur des tables sorties devant le bureau du Centre symphorien d'insertion, les enfants sont invités à dessiner ce qu'ils ont vu et à le partager avec les animateurs. © Simon Lambert/Haytham Pictures


En cette fin d'année 2017, après deux mois sans école, beaucoup de jeunes ont du mal à retrouver le chemin des études. Les familles, elles, sont déstabilisées par la perte de leur emploi lié à l'arrêt du tourisme sur l'île pour au moins un an.

Elles doivent faire face à de multiples démarches : guetter les dons de nourriture et de bouteilles d'eau, se vêtir, refaire les documents administratifs perdus dans le désastre, trouver un nouveau lit, des meubles, un peu d'argent. « Les parents, c'est normal, sont accaparés par la reconstruction, constate Marie-Paule Rousseau.

Pendant ce temps, il faut occuper les enfants, sinon ils seront de plus en plus nombreux à traîner dans les rues, au risque de faire de mauvaises rencontres. » En constatant leur désœuvrement et la perte de repères qui a suivi l'ouragan, la directrice du CSI a décidé de construire une bibliothèque au cœur de Quartier-d'Orléans.


20171117_SAINT_MARTIN_DSF7814


Marie-Paule Rousseau organise aussi des ateliers de lecture, unique opportunité pour les enfants de ce quartier de s'émerveiller devant des livres. © Simon Lambert/Haytham Pictures


« Cet espace sera d'abord un lieu où ils pourront se poser, à l'écart des problèmes, pour lire, jouer, découvrir d'autres réalités. » Il sera situé rue Coralita, dans le prolongement du bureau de l'association. Décapité par l'ouragan, celui-ci a été recouvert d'un toit de fortune par la Sécurité civile.

D'une quinzaine de mètres carrés à peine, il sert à toutes sortes d'activités : distribuer l'aide d'urgence, accompagner les familles dans leurs démarches administratives, accueillir les enfants lors d'ateliers lecture ou de parties de jeux de société. 

Un espace bien trop étroit au regard des besoins. Car, aussi incroyable que cela puisse paraître sur ce bout de France posée sur la mer des Caraïbes, il n'existe aucun endroit public où prendre un livre et rêver (hormis à Marigot, la « capitale » administrative de l'île, située à 12 km de là, où existait une médiathèque… avant Irma).


20171118_SAINT_MARTIN_DSF8028


Dans son bureau de 15 m2, au heures d'ouverture, l’association met à disposition des jeux éducatifs. © Simon Lambert/Haytham Pictures


Par ailleurs, Quartier-d'Orléans ne compte ni cinéma, ni espace multimédia, ni maison des jeunes. « Les enfants n'ont nulle part où aller. Et Irma leur a pris le peu qu'ils avaient : un stade flambant neuf », constate Micheline Mardenbrough, en charge du périscolaire à l'école primaire Omer-Arrondell.

Marie-Paule rêve d'offrir aux gamins de son quartier natal un lieu de ressourcement et d'ouverture sur le monde. « Mon désir est qu'ils connaissent autre chose que leur maison, leur rue et leur misère.

Cette bibliothèque mettra à leur disposition des livres de qualité, mais aussi des jeux éducatifs et des postes informatiques pour effectuer des recherches sur Internet. Nous y ferons de l'aide aux devoirs, en présence des parents qui le souhaitent.


20171116_SAINT_MARTIN_DSF7313


En attendant que soient réunis des fonds pour construire à cet endroit la bibliothèque, l'espace est temporairement mis à profit pour créer une activité potagère à destination des enfants. © Simon Lambert/Haytham Pictures


Car beaucoup sont en demande d'appui pour suivre ce que font les enfants à l'école. Elle sera ouverte tous les jours de la semaine et le samedi après-midi. Les cinq salariés de l'association se relayeront pour accueillir le public. » Car si le but premier de cette « bibliothèque de l'espoir » est d'être un repère culturel et social pour les enfants.

Elle se veut aussi une passerelle entre deux réalités ici très cloisonnées : d'un côté, l'école, où l'on parle et apprend le français ; de l'autre, la famille et la vie quotidienne, où l'anglais est utilisé en grande majorité.

Du fait du caractère binational de Saint-Martin, de la présence de nombreux habitants venus d'îles proches anglophones et du peu de moyens consacrés par les pouvoirs publics à l'enseignement du français chez les adultes, la langue de Molière est peu entendue dans la rue…

Au même titre que l'insertion des jeunes ou la promotion d'une agriculture vivrière, Marie-Paule Rousseau s'est donné comme mission de la faire vivre dans le quartier : « Je m'adresse toujours d'abord en français aux personnes qui viennent ici », sourit-elle sur le pas-de-porte du CSI.


20171118_SAINT_MARTIN_DSF8406


Une bibliothèque aidera à fortifier l'usage de la langue française par les enfants.


Plus ils la maîtriseront, plus leurs émotions pourront s'exprimer », commente un psychologue en mission sur l'île pour soigner les traumatismes post-ouragan.

Se mettre à l'abri avec des livres et des jeux pour se reconstruire. Accéder aux mots pour se dire et éviter la violence. Un beau projet qui, pour exister, a désormais besoin de l'aide des lecteurs de Pèlerin.



(1) Le septembre 2017, le cyclone Irma a endommagé 95 % du bâti de l'île. Selon la dernière estimation, le coût des ravages causés par Irma et Maria à Saint-Martin et à la Guadeloupe avoisine les 2 milliards d'euros.

20171119_SAINT_MARTIN_DSF9549

À Quartier-d'Orléans, un habitant montre le niveau atteint par la montée des eaux. La lagune a envahi une grande partie des habitations lors de la marée de tempête provoquée par l'ouragan Irma, à proximité de l'Étang aux Poissons (ici en arrière-plan). © Simon Lambert/Haytham Pictures



Saint_martin_map


L'île de Saint-Martin est partagée depuis le XVIIe siècle entre la France et les Pays-Bas. Du fait de sa binationalité et de sa proximité avec les États-Unis, l'anglais y est la langue la plus utilisée. Après avoir été une commune de Guadeloupe, la partie française ( 5 700 habitants en 201 ) est, depuis 2007, une « collectivité d'outre-mer » (COM) qui reprend les compétences du département, de la région et certaines de l'État (fiscalité, urbanisme…). © Wikimedia Commons



Pour ceux qui désirent s'associer à l'opération "Pèlerin Solidaire", en faisant un don : cliquez ici

Ou par courrier : Fondation de France - Relations Donateurs, 40 avenue Hoche - 75008 Paris. (Chèque à l'ordre de  : Fondation de France - Opération Pèlerin)

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 18 janvier 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières