François d’Assise tel que vous ne l’avez jamais vu

Mais qui est donc ce saint du XIIIe siècle qui inspire aujourd’hui un pape, un nouveau film, ou de jeunes entrepreneurs ?

À propos de l'article

  • Créé le 27/12/2016
  • Publié par :Christophe Chaland
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    6996 du 29 décembre 2016

François a joué tout le match à fond

Certes, saint François (1181-1226) a arpenté l’Italie centrale en tous sens, à pied, sans économiser ses forces. Mais sa générosité est surtout une affaire de cœur. Avant même sa conversion, le jeune François a un tempérament de feu. Il est élu « roi » d’une confrérie de jeunesse d’Assise, car il dépense généreusement en fêtes l’argent de son bourgeois de père, bien nanti.

A-t-il commis d’autres excès ? L’historien André Vauchez (1) estime plausible qu’il ait été impliqué dans « les jeux sexuels, les agressions et les viols qui faisaient partie des activités normales de ces célibataires fortunés ».

À 24 ans, il s’équipe magnifiquement pour partir à la guerre, mais tombe malade et revient à Assise, multipliant les aumônes aux pauvres et à l’Église. Bientôt, cet homme de grand désir s’engage à fond dans une nouvelle voie. Il évoque lui-même son retournement dans l’un des rares textes de sa main : « Lorsque j’étais dans les péchés, il me semblait extrêmement amer de voir des lépreux. Et le Seigneur me conduisit vers eux, et je leur fis miséricorde. »

André Vauchez met en avant l’importance de cet épisode : « Cette communauté de destin assumée avec la partie la plus méprisée de l’humanité allait lui permettre enfin de trouver Dieu en la personne du Christ qui s’est identifié à la misère du monde », écrit-il. Dès lors, le Poverello – le petit pauvre ­– court sans retenue sur son chemin.

Où est son secret ? Pour frère Thaddée Matura, un maître spirituel franciscain d’aujourd’hui, il ne faut pas se tromper : « L’essentiel du message de François, c’est l’insistance sur le mystère de Dieu (…), l’ineffable don de l’amour de Dieu.  (2) » À ce don, il répond par le choix de la pauvreté, la joie, la louange, la vie fraternelle, la paix, l’annonce de l’Évangile.

Face au sultan, le pari fou d’un fils de commerçant italien

Cela paraît incroyable, mais l’information ne fait aucun doute : après deux tentatives avortées, le petit pauvre d’Assise a pris le bateau pour la Terre sainte, en juin 1219, dans les bagages des croisés, pour prêcher l’Évangile aux musulmans. Quel culot ! L’armée des croisés fait alors le siège de Damiette, en Égypte, dans le delta du Nil. Il s’y rend, et, passant outre l’avis du cardinal Pélage, légat du pape, franchit les lignes des combattants en compagnie d’un frère nommé Illuminé. Les deux religieux sont rudoyés, puis introduits en présence du sultan Al-Malik al-Kâmil, un homme ouvert et tolérant. François lui annonce l’Évangile et lui demande de se convertir.

Si le geste de François paraît fou, il témoigne cependant d’une grande nouveauté, souligne André Vauchez : « À cette époque, c’est une tentative très originale d’un contact non militaire avec l’islam.  » Au Moyen Âge, avec saint François et saint Dominique, son contemporain, les chrétiens d’Occident se tournent non seulement vers les musulmans, mais aussi vers les populations païennes du nord de l’Europe. François, dans sa grande originalité, fait un pas de plus : selon la tradition, il a prêché par deux fois aux oiseaux, qui l’auraient écouté attentivement. Il est bien le « frère universel » : frère des hommes et de tous les vivants !

François, l’autre radicalisation

Un matin, François découvre qu’une truie a tué un agneau qui venait de naître. Il se lamente : « Petit agneau, mon frère, animal innocent et très utile pour les hommes, toi qui appelais toujours et annonçais bien ! » Puis il maudit l’agresseur : « Qu’aucun homme, bête ou oiseau, ne mange de sa chair ! » La truie tombe malade et meurt.

Cet épisode, transmis par un proche de François, frère Léon, illustre sa violente douceur. Il est radical en tout, mais selon l’Évangile. « Va, vends tout ce que tu possèdes… N’emportez rien pour la route », enseigne le Christ. Les « frères mineurs », donc, ne possèdent ni terre ni maison du temps de leur fondateur. François, remarque André Vauchez, « replace les pauvres au centre de la vie de l’Église, comme le fait aujourd’hui le pape ». Mais l’austérité de cette vie est tempérée par la vie fraternelle, très chaleureuse, où les hiérarchies sont estompées : « François invente des formes d’autorité temporaires. Il fait de cette vie religieuse une totale nouveauté », estime l’historien.

La radicalité du petit pauvre est également mystique. Grand contemplatif, il alterne prédication et temps de prière dans des ermitages isolés à la montagne. C’est dans l’un d’eux qu’il reçoit les stigmates de la crucifixion du Christ. Quand, épuisé, il sent venir la mort, il demande à ses frères de le déposer « nu sur la terre nue ». Il n’a pas 45 ans.

Le Poverello déchaîne les foules

À l’échelle de l’histoire, les stars de la scène ou de l’écran enflamment leurs fans le temps d’un flash. Mais ceux du petit pauvre d’Assise forment une cohorte jusqu’aujourd’hui. Il n’a pas cherché la gloire, pourtant : il faut le voir, quand, à peine âgé de 25 ans, vers 1206, il commence à mener une étrange vie, inspiré par le Christ.

Le jeune homme que l’on avait connu affable, charmeur et prodigue, s’occupe maintenant de retaper une petite église qui tombe en ruine – Saint-Damien –, habillé comme un ermite. Il a même été vu parmi les lépreux. On se moque de lui ! Mais bientôt, son puissant charisme personnel peut s’exprimer, explique André Vauchez : « Vers 1208, François obtient l’autorisation de prêcher. Il n’est ni grand ni beau, mais sa parole pleine de charme transporte les gens. Il chante avec eux, et il vit ce qu’il annonce : la conversion à l’Évangile, la pauvreté, la louange de Dieu. Ses auditeurs sont très frappés, d’autant que les prêtres en ce temps-là prêchent rarement. Et quand ils le font, c’est parfois en latin, une langue que les fidèles ne comprennent plus. »

Des disciples accourent. Ils sont douze dès 1209, trois cents vers 1215, trois mille en 1222. Vers 1210, une adolescente de 17 ans, Claire Offreduccio, écoute François prêcher le Carême, enthousiasmée. Deux ans plus tard, elle fuit la maison paternelle et rejoint frère François qui l’installe à Saint-Damien. Sa sœur, sa mère, sa tante, ses amies de la noblesse formeront la première communauté des Pauvres dames – nos sœurs clarisses.

Du vivant de François, des laïcs demandent à mener la vie évangélique comme lui. Ils s’organiseront en Tiers-Ordre en 1289. À sa mort, le franciscanisme a gagné l’Europe : Saint Louis de France, sainte Élisabeth de Hongrie, saint Yves de Tréguier, la bienheureuse Jeanne-Marie, près de Tours, appartiennent à des confréries franciscaines ou au Tiers-Ordre. Comme, après eux, Christophe Colomb, le bienheureux Frédéric Ozanam, ou Marthe Robin.

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L’ami (François d’Assise et ses frères).

Loin d’un récit exhaustif et édifiant sur le « Poverello » (1181-1226), le film a pour objet la réécriture, par frère Élie de Cortone, de la règle franciscaine élaborée par François mais que l’Église refuse. Comment ne pas trahir la radicalité évangélique tout en assurant la pérennité de l’ordre ? Une œuvre qui peut désarçonner le spectateur, mais forte et nécessaire. P.-O. B.

Notre avis : PPP


(1) Auteur notamment de François d’Assise, Éd. Fayard, 550 p. ; 29 €.

(2) Et pourtant… je suis aimé de Dieu, Éd. franciscaines, 218 p. ; 19 €.

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Le pape François, Cécile Duflot, Arnaud Louvet, Frédéric Griffaton : ce qui les fascine chez François d'Assise.

Retrouvez notre dossier complet sur François d'Assise dans Pèlerin n°6996 su 29 décembre 2016.

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Paru le 10 août 2017

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