Affaire Vincent Lambert : l’impossible apaisement

agrandir Vincent Lambert pourrait être transféré du CHU de Reims vers un autre hôpital.
Vincent Lambert pourrait être transféré du CHU de Reims vers un autre hôpital. © François Nascimbeni / AFP
Vincent Lambert pourrait être transféré du CHU de Reims vers un autre hôpital.
Vincent Lambert pourrait être transféré du CHU de Reims vers un autre hôpital. © François Nascimbeni / AFP

Vincent Lambert reste en vie. Une décision provisoire de son équipe médicale qui n’apaise pas le conflit familial autour du patient. La demande de désignation d’un tuteur pourrait complexifier une situation déjà inextricable.

À propos de l'article

  • Créé le 28/07/2015
  • Modifié le 29/07/2015 à 10:58
  • Publié par :Alice Le Dréau
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6922, du 30 juillet 2015

Voici décidément une affaire judiciaire et éthique hors norme. Le 23 juillet 2015, déjouant tous les pronostics, l’équipe médicale en charge de Vincent Lambert a décidé de ne pas interrompre les traitements du patient de 38 ans, tétraplégique et en état de conscience minimale depuis un accident de la route, en 2008.

Alors que la famille de l’ex-infirmier se déchire sur son sort, sur fond de tempête médiatique, l’hôpital de Reims a estimé que « les conditions de sérénité et de sécurité nécessaires à la poursuite de cette procédure [n’étaient] pas réunies ».

En cause, notamment, des menaces dont feraient l’objet le docteur Simon et son équipe du pôle de soins palliatifs du CHU de Reims. Des projets d’enlèvement de Vincent Lambert ont aussi été évoqués.

Le Dr Simon demande  donc la « mise sous tutelle » de son patient et la désignation d’un représentant légal, apte à prendre les décisions en son nom.

Le juge des tutelles devrait désigner un tiers neutre. Qui ne soit ni les parents ni l’épouse, pour éviter tout conflit d’intérêts 

→ estime Carole Ducart-Mével, avocate.

Rappelons que Rachel Lambert, la femme de Vincent Lambert, ainsi que plusieurs des frères et sœurs et un neveu du malade sont favorables à un arrêt des traitements, quand Viviane et Pierre Lambert, ses parents et deux autres de ses frères et soeurs s’y opposent.

Qui décide du sort d’un patient majeur et marié ? C’est l’un des nœuds de cette affaire. En ce sens, la désignation d’un tuteur semblerait pouvoir aider à trancher. « Pas forcément, nuance Renan Budet, avocat en droit de la santé. Car selon la loi, le tuteur n’a qu’un avis consultatif pour toute procédure d'arrêt ou de poursuite des soins. Au final, c’est le médecin qui prend la décision. »

Pour l’avocat, la désignation d’un tuteur ne ferait alors que compliquer les choses, en créant un nouvel intervenant. « Qui, de plus, devrait endosser une bien lourde responsabilité. »

Modération et discrétion

Une autre voie reste envisageable : un transfert de Vincent Lambert vers un autre hôpital. « Ce que nous réclamons depuis deux ans », rappelle Jean Paillot, avocat de Viviane et Pierre Lambert.

Le futur tuteur aurait le droit de le demander. Six établissements se disent prêts à accueillir Vincent Lambert. « Mais cela constituerait une remise en cause des avis rendus par le Conseil d’État et la Cour européenne des droits de l’homme, validant un arrêt des traitements », précise Renan Budet.

La situation paraît inextricable. Les autorités morales et religieuses suivent l’affaire de près. Le 21 juillet, neuf évêques de Rhône-Alpes, région d’où sont originaires M. et Mme Lambert, ont pris position contre l’arrêt des traitements. Vendredi 24 juillet, la Conférence des évêques de France (CEF) privilégiait le chemin de l’apaisement, en invitant à la modération et à la discrétion. « Les évêques encouragent les chrétiens à faire monter vers Dieu leur prière pour M. Vincent Lambert, sa famille, ainsi que pour ceux à qui il appartiendra de prendre des décisions », dit le texte. Ils vont en avoir besoin.

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 7 décembre 2017

Notre Librairie

Voyages et croisières