Affaire Vincent Lambert : et maintenant ?

agrandir L’affaire Vincent Lambert a été au centre de la manifestation La Marche pour la vie, le 25 janvier 2015, lors de laquelle des dizaines de milliers d’opposants à l’IVG et à l’euthanasie ont défilé dans les rues de Paris.
L’affaire Vincent Lambert a été au centre de la manifestation La Marche pour la vie, le 25 janvier 2015, lors de laquelle des dizaines de milliers d’opposants à l’IVG et à l’euthanasie ont défilé dans les rues de Paris. © Citizenside/Pierre-Olivier Chapu
L’affaire Vincent Lambert a été au centre de la manifestation La Marche pour la vie, le 25 janvier 2015, lors de laquelle des dizaines de milliers d’opposants à l’IVG et à l’euthanasie ont défilé dans les rues de Paris.
L’affaire Vincent Lambert a été au centre de la manifestation La Marche pour la vie, le 25 janvier 2015, lors de laquelle des dizaines de milliers d’opposants à l’IVG et à l’euthanasie ont défilé dans les rues de Paris. © Citizenside/Pierre-Olivier Chapu

Le 5 juin 2015, la Cour européenne des droits de l’homme a autorisé la France à arrêter les traitements administrés à Vincent Lambert. Pour autant, le sort de ce patient en état végétatif reste en suspens. Et des questions demeurent.

À propos de l'article

  • Créé le 09/06/2015
  • Modifié le 10/06/2015 à 09:16
  • Publié par :Alice Le Dréau
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6915, du 11 juin 2015

Les parents de Vincent Lambert ont-ils d’autres recours ?

L’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est définitif. Il valide la décision du Conseil d’État prise en juin 2014, qui autorisait le CHU de Reims à interrompre les traitements de Vincent Lambert, contre l’avis des parents de l’ex-infirmier de 38 ans.

Document. Arrêt de la cour européenne des droits de l’homme.

 


 Vidéo. Audience de la cour européenne des droits de l’homme statuant sur l’affaire Vincent Lambert. Cliquez sur l'image pour visionner.

Pour autant, rien ne dit que la bataille judiciaire, qui dure depuis deux ans, soit achevée. « La seule décision d’arrêt des soins est celle prise par le Dr Kariger, indique Me Paillot, l’avocat de M. et Mme Lambert. Conformément à la loi Leonetti de 2005 sur le droit des malades et la fin de vie, seul le médecin ayant pris la décision peut la mettre à exécution. Le Dr Kariger ayant quitté le CHU de Reims, sa décision est désormais inapplicable. »

Si la nouvelle équipe médicale dirigée par Daniela Simon – une ancienne collègue du Dr Kariger – décidait de relancer le processus de fin de vie (à l’heure où nous imprimons, aucune décision n’avait été prise), M. et Mme Lambert sont prêts à faire de nouveau appel à la justice. L’hôpital a annoncé son intention de se réunir avec « tous les représentants de la famille, prochainement ».

Arrêter les traitements, est-ce « laisser mourir » ou « faire mourir » ?

C’est la question qui déchire les deux parties. Et chacune campe sur ses positions. La loi Leonetti autorise l’interruption des traitements pour les malades en « fin de vie » ou faisant l’objet d’une « obstination déraisonnable » (anciennement appelée acharnement thérapeutique).

Or, « Vincent n’est pas en fin de vie. Il est handicapé ! » ne cesse de préciser sa mère. « Il peut vivre plusieurs années ainsi », confirme le Pr Xavier Ducrocq, neurologue au CHU de Nancy.

En interrompant son hydratation et son alimentation, « on assassine Vincent », martèle Me Paillot, rejoint par cinq des dix-sept juges de la CEDH, qui se sont désolidarisés du jugement de la cour. Pour le Dr Kariger, en revanche, comme pour les experts désignés par le Conseil d’État l’an dernier, Vincent Lambert est victime d’une « obstination déraisonnable », son état végétatif étant jugé irréversible.

Son cas s’inscrit donc bien dans la loi Leonetti. Dans ce cadre précis, en stoppant l’alimentation et l’hydratation artificielles, le médecin se retire et « laisse mourir » le patient, mais ne lui donne pas la mort. « Hypocrisie ! » crient les opposants à l’arrêt des traitements qui y voient une euthanasie déguisée.


Nous réclamons que soit réalisée une nouvelle évaluation médicale de Vincent

insiste Me Paillot, qui affirme avoir de « nouveaux éléments » à faire valoir. M. et Mme Lambert demandent également le transfert de leur fils dans la maison de santé Amreso-Béthel, près de Strasbourg, spécialisée dans la prise en charge du handicap.

Quelles conséquences pour les autres patients en état de conscience minimale ?

Environ 1 500 à 1 700 patients, en France, vivent dans un état de conscience altérée, comme Vincent Lambert. L’arrêt de la CEDH pourrait-il faire jurisprudence ? « Le risque est grand de voir se développer des procédures d’arrêt des soins, imposées aux familles », s’alarmait, dès janvier 2014, l’UNAFTC (Union nationale des associations de familles de traumatisés crâniens et de cérébro-lésés).

Impensable, selon Jean Leonetti ! « Chaque cas étant singulier, la décision de la CEDH ne saurait généraliser l’interruption des traitements. » Ce que confirme l’arrêt du Conseil d’État de 2014, rappelle Olivier Sigman, juriste en droit de la santé :

« Pour décider d’un éventuel arrêt d’alimentation et d’hydratation artificielles d’un patient en état végétatif, le médecin doit se fonder sur un ensemble d’éléments dont le poids respectif dépend des circonstances particulières et de la situation singulière propres à chaque patient. »

Le signal envoyé est néanmoins « gravissime » pour l’association de protection de la vie Alliance Vita, qui y voit « les prémices d’un basculement vers le rejet d’une catégorie très vulnérable de citoyens ».

Et Vincent Lambert dans tout cela ? Il attend, en suspens. Symbole bien malgré lui du débat sur la fin de vie.


A lire aussi dans Pèlerin n° 6915 du 11 juin 2015 : "Fin de vie : le casse-tête des directives anticipées"

L’« affaire Vincent Lambert » serait-elle devenue aussi douloureuse si le jeune homme avait pu écrire ses souhaits de fin de vie ? La question reste ouverte, tant les directives anticipées apparaissent complexes à utiliser. À la veille de l’examen au Sénat de la nouvelle loi sur la fin de vie, les 16 et 17 juin, nous avons tenté d’y voir plus clair.

soins palliatifs

Unité de soins palliatifs de l'hôpital de Puteaux (Hauts-de-Seine). © Voisin / Phanie 




Animation. Les dates clés de l'affaire Vincent Lambert.

 

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Paru le 21 juin 2018

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