Regarder la mort de près, de tout près

agrandir Harry Roselmack avec Gérard, l’un des témoins, et Claude Hury, présidente de l’association Ultime liberté.
Harry Roselmack avec Gérard, l’un des témoins, et Claude Hury, présidente de l’association Ultime liberté. © DR
Harry Roselmack avec Gérard, l’un des témoins, et Claude Hury, présidente de l’association Ultime liberté.
Harry Roselmack avec Gérard, l’un des témoins, et Claude Hury, présidente de l’association Ultime liberté. © DR

Ce documentaire de la série Immersion nous fait entrer, au long de presque deux ans de tournage, dans l’intimité de cinq personnes parvenues « aux frontières de la vie ». Rendez-vous sur TF1, mardi 6 janvier 2015, à 23 h 15.

À propos de l'article

  • Créé le 31/12/2014
  • Publié par :Guillemette de La Borie
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6892, du 2 janvier 2015

Au moment où le débat sur les conditions de la fin de vie revient devant le Parlement, Aux frontières de la vie veut éclairer les téléspectateurs sur les conditions de la mort en France, et sur la meilleure façon de « permettre à chaque citoyen de mieux vivre la fin de sa vie, selon sa volonté ».

Harry Roselmack, rédacteur en chef de la série Immersion, en convient volontiers : pour lui, choisir sa mort « est un droit dans un pays démocratique ».

 Vidéo. Harry Roselmack explore les frontières de la vie : l'expérience "la plus intense de sa vie d'homme"

 

Avec son équipe, il a donc pris le parti d’examiner les différentes morts possibles, à travers ces cinq histoires. Comme on isolerait la question sous une loupe, sans s’attarder ni sur la maladie et les souffrances qui y conduisent, ni sur le parcours et l’entourage des personnes concernées.

Cette mort que Tania réclame comme une délivrance, à travers une sédation définitive, celle qu’Isabelle est allée attendre dans un centre de soins palliatifs, « car ce n’est pas à moi de décider de l’heure », où elle reprend finalement assez de forces pour rentrer chez elle.

La mort dont Gérard, lourdement handicapé, veut pouvoir décider, en se la donnant lui-même le jour où il pensera que sa vie n’a plus de sens. Celle aussi programmée par Sylvie, avec l’aide d’un médecin militant de l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité).

Et, enfin, en Suisse, où la loi permet le suicide assisté, celle d’Anne, qui tourne la molette libérant la solution létale dans ses veines sous l’œil de la caméra ; avec le sourire, heureuse d’en finir, et de témoigner par la même occasion. Harry Roselmack, en prenant le temps, nous conduit au plus près des questions qui se posent à ces mourants, sans tabou, de façon riche et empathique ; non sans moments joyeux, ou émouvants.

80 % de personnes qui n’ont pas accès aux soins palliatifs finissent aux urgences

Mais il y a des biais qui faussent ou éludent le débat : pour tourner ainsi au long cours, il fallait choisir des malades, certes, mais assez en forme pour s’exprimer, expliciter leur démarche philosophique. Acceptant aussi de se mettre un peu « en scène », de partager le temps qui leur reste avec une caméra, plutôt que dans l’intimité de leurs proches.

On ne trouvera donc pas d’évocation du problème le plus grave en France, dénoncé récemment par le Comité consultatif national d’éthique : les 80 % de personnes qui n’ont pas accès aux soins palliatifs et, souvent, se retrouvent aux urgences, finissant leur vie dans un couloir d’hôpital. Pas non plus d’interrogation métaphysique, ce qui est sans doute réducteur (dans un sondage réalisé par Pèlerin en 2009, 40 % des personnes interrogées affirmaient croire en « quelque chose après la mort », contre 33 % à rien).

Enfin, comme le dit finement Isabelle :

Je peux partir, parce que je ne suis une personne centrale pour personne.

Voici des morts très bien accompagnées par des professionnels mais moins par leurs proches, ceci expliquant peut-être la revendication presque unanime d’un droit à mourir. Au-delà des réserves, ce documentaire est l’occasion d’élargir sa vision sur une question qui nous concerne tous.

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 18 janvier 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières