La Belgique vote l’euthanasie pour les mineurs

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Le Parlement belge vient de voter la loi sur l’euthanasie pour les enfants (affichage des résultats ci-dessus). © Julien Warnand / EPA / MAXPPP
Le Parlement belge vient de voter la loi sur l’euthanasie pour les enfants (affichage des résultats ci-dessus).
Le Parlement belge vient de voter la loi sur l’euthanasie pour les enfants (affichage des résultats ci-dessus). © Julien Warnand / EPA / MAXPPP

La Belgique a franchi une nouvelle étape en matière d’euthanasie. Après les adultes, les mineurs atteints de maladie incurable pourront désormais y avoir recours. La décision votée le 13 février 2014 suscite réserves et interrogations.

À propos de l'article

  • Créé le 26/02/2014
  • Publié par :Laurence Valentini
  • Édité par :François Boulard
  • Publié dans Pèlerin
    6847, du 20 février 2014

Le parlement belge vient de voter, le 13 février 2014, la légalisation de l’euthanasie pour les mineurs, sans condition d’âge. Une première en Europe car, jusqu’à présent, seuls les Pays-Bas disposaient d’une loi semblable pour les jeunes de 12 ans et plus.

Le texte a été adopté par une majorité de députés. 73 % de la population belge serait favorable au principe.

►Vidéo. La Belgique vote une loi permettant l’euthanasie des mineurs. Source : AFP

 

Les conditions d’application de la loi sont strictes : « Le mineur doit se trouver dans une situation médicale sans issue entraînant le décès à brève échéance », être dans une « souffrance physique constante et insupportable qui ne peut être apaisée et qui résulte d’une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable » et faire preuve « d’une capacité de discernement ».

Cette capacité sera étudiée par l’équipe médicale et un psychiatre indépendant. La demande devra venir de l’enfant, et les parents devront donner leur consentement.

Daniel Bacquelaine, député libéral, explique : « Le droit d’aborder la vie et la mort ne peut pas être réservé aux adultes. Respecter le patient mineur, c’est être à son écoute. »

►Vidéo. Interview de Daniel Bacquelaine, député libéral belge sur l’euthanasie des mineurs. Source : RTL.be

 
Daniel Bacquelaine: l’interview politique

Auteur de la loi belge de 2002 autorisant l’accès à l’euthanasie aux adultes, Philippe Mahoux, sénateur socialiste, a insisté sur la nécessité d’apporter une réponse aux équipes médicales qui, face à la souffrance de mineurs, ne pouvaient y mettre fin que dans l’illégalité.

Karine Lalieux, députée socialiste, s’est voulue rassurante :

Il n’est pas question d’imposer l’euthanasie à qui que ce soit, à aucun enfant, à aucune famille, mais de permettre le choix d’un jeune de ne pas s’éterniser dans la souffrance.

Pas question, non plus, d’obliger les médecins à pratiquer l’acte d’euthanasie ni d’empêcher le recours à un traitement palliatif ! Le débat est resté plutôt serein mais des voix se sont élevées contre le texte.

►Vidéo. Euthanasie des mineurs : baroud d'honneur des opposants à la loi en Belgique. Source : Euronews.

 

Des opposants ont déploré le message envoyé aux enfants malades : « On leur dit que leur vie n’a plus de valeur, qu’ils sont un poids pour la société ou pour leur famille et qu’ils doivent mourir. » 160 pédiatres et les partis démocrates-chrétiens ont demandé le report du vote.

Car la loi resterait trop floue quant à l’évaluation de la capacité de discernement d’un enfant et pour le cas où les parents seraient en désaccord.


Une loi… et des questions

Xavier Mirabel, cancérologue et président d’Alliance Vita, estime que cette nouvelle étape résulte de dérives successives. « Dès lors que l’euthanasie a été acceptée, en 2002, il y a eu un effet d’entraînement, une contamination des esprits, explique-t-il.

►Twitter. Xavier Mirabel réagit au vote de la loi sur l’euthanasie des mineurs en Belgique.

 

Ce qui était autorisé pour une personne âgée est devenu possible pour un jeune. Les cas médiatisés de suicides assistés sont la preuve de cette dérive : des frères jumeaux, sourds, de 45 ans, qui risquaient de devenir aveugles, une personne en dépression après une opération ratée de changement de sexe, une femme qui souffrait d’anorexie… »

Et de s’inquiéter :

Les médecins vont être confrontés à des enfants faisant cette demande, influencés par parents ou soignants. Un enfant très malade souffre aussi de voir ses parents désemparés, il désire les soulager et se sent responsable. On va donc assez facilement lui “vendre” une mort douce plutôt qu’une agonie douloureuse. C’est une fausse alternative car une agonie n’est pas forcément horrible et la mort n’est jamais douce, même assistée.

En France, la décision belge suscite réserves et interrogations.

►Vidéo. Divisions en Belgique sur l'euthanasie des mineurs. Source : TF1 News.

 

Le Comité consultatif national d’éthique, qui prépare un rapport sur la fin de vie, refuse de s’exprimer pour ne pas perturber le débat. Même prudence de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).

Jean-Luc Romero, son président, déclare : « Chacun doit pouvoir choisir les conditions de sa propre fin de vie. Nous réclamons la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté pour les personnes majeures. Mais nous nous en tenons là dans nos revendications.  ».

Les pédopsychiatres s’interrogent sur la notion de « discernement », qui justifierait l’euthanasie des mineurs sans condition d’âge. « Il est hypocrite de penser qu’un enfant en souffrance aura le discernement pour demander qu’on mette fin à ses jours, s’insurge le pédopsychiatre Stéphane Clerget.

On le décidera pour lui. Sans compter qu’il est dangereux de présenter aux jeunes non malades “la mort provoquée” comme un équivalent de soin. »

Un enfant ne peut pas, seul, choisir de mourir. Comment les parents vont-ils envisager l’euthanasie ? Comment ses frères et sœurs percevront-ils cette décision ? Comment continueront-ils à faire confiance à leurs parents ?

→ Marcel Rufo, pédopsychiatre.

Gilbert Desfosses, président du Fonds pour les soins palliatifs, conclut : « Tant que nous n’aurons pas inventé les moyens pour aider les personnes, mineures ou majeures, en fin de vie, nous serons confrontés à ces demandes d’euthanasie, par désespoir. Ce n’est pas une réponse soignante que la société apporte mais une réponse morbide. »

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Paru le 19 juillet 2018

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