Euthanasie : qui peut décider le prix d'une vie ?

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Marcel Rufo © Alain Tendero
Marcel Rufo
Marcel Rufo © Alain Tendero

Le 25 janvier 2011, le Sénat a rejeté la proposition de loi visant à légaliser l'euthanasie. Cette proposition a suscité de nombreuses réactions. Notamment pour le pédopsychiatre Marcel Rufo qui défend la loi Léonetti de 2005 relative aux droits des patients en fin de vie.

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À propos de l'article

  • Créé le 30/05/2013
  • Modifié le 30/05/2013 à 14:00
  • Publié par :Marcel Rufo
  • Édité par :Marine Bisch

La proposition de loi « sur l'aide active à mourir » a profondément heurté le médecin que je suis. Avant qu'elle ne soit finalement rejetée par le Sénat fin janvier, j'ai fait le rêve que j'allais donner la mort à quelqu'un dont je ne connaissais pas la vie.

Un rêve ? Un cauchemar plutôt, suivi d'une longue insomnie au cours de laquelle j'ai décidé de signer le manifeste contre la légalisation de l'euthanasie. Une crainte supplémentaire m'a poussé à le faire : le risque d'extension du champ de la loi. Ayant eu vent de réflexions en cours en Belgique, en vue d'étendre aux enfants « le suicide assisté » déjà légalisé dans ce pays, je me suis mis à penser au danger qu'une telle loi représenterait potentiellement pour l'enfant en situation de handicap.

Certes, je suis habitué à entendre le désir de mort des parents horriblement blessés par cet enfant réel ne correspondant pas à celui dont ils avaient rêvé. Pourtant, toutes les personnes que j'ai rencontrées sont maintenant dans une relation apaisée avec leur enfant.

Bien sûr, il a parfois fallu dix, vingt, trente ans, une vie pour cela ; mais il y a aussi des évolutions étonnamment favorables : ce jeune homme travaille dans un établissement ou service d'aide par le travail (Esat) ; plus modestement, cet adolescent que j'ai connu nourrisson avec une grave encéphalopathie épileptique, accompagne aujourd'hui son père lors des matchs de rugby dont ils profitent ensemble.

Donner la mort, c'est ouvrir le champ d'une culpabilité insoluble. Imaginons un fulgurant progrès scientifique : la découverte qui permettrait de sortir d'une maladie létale alors que, précisément, la semaine précédente, il aura été décidé une euthanasie.

C'est vraiment la fermeture d'une espérance et d'un avenir à inventer. Les parents d'enfants handicapés me disent tous qu'ils ont appris de la vie grâce à leur progéniture. Les événements dont on pâtit dans le quotidien leur paraissent dérisoires. Comment ne pas reconnaître, derrière le sourire d'un garçon qui ne parle pas, le signe fort d'une grande humanité ?

La seule façon d'accueillir un enfant handicapé, c'est de le considérer comme un être au monde, un être de notre monde. Faut-il l'éliminer ou chercher à le comprendre ? Une fois pour toutes, une société ne s'honore que par l'accueil et l'accompagnement des plus démunis.

Vive, en revanche, les soins palliatifs, vive l'accompagnement jusqu'au bout du mourant. Ne pas rater ce moment quand il s'agit de son parent âgé, c'est justement rester l'enfant de celui que l'on perd. Défendons la loi Léonetti et son équilibre parfait, qui respecte les malades, les familles et les médecins. Et donnons-nous les moyens de l'appliquer. Le dernier moment d'un être cher, c'est aussi notre vie.

■ Le manifeste et la pétition "Plus digne la vie", qui appelle à une "mobilisation éthique". "Il nous faut refuser la marginalisation morale, écrivent les auteurs, qui aboutit à ne plus savoir se soucier des plus faibles qu’'en se préoccupant des conditions de leur mort.(...) A la compassion accordée aux « vies indignes d’'êtres vécues » devraient répondre sans attendre des choix politiques attentifs à mettre en œœuvre des conditions de « vie digne d’'être vécue ». C’'est dans l’'action et non dans la commisération que nos responsabilités sont engagées."

Le site de France24 explique la décision des sénateurs d'avoir voté contre la légalisation de l'euthanasie. "Elle à l'encontre de nos fondements juridiques", selon le ministre de la santé Xavier Bertrand.
Sur le site de France Info, François Autain, sénateur parti de Gauche et co-auteur de la proposition de loi visant à légaliser l'euthanasie, s'exprime sur le rejet de cette proposition par le Sénat. Jean Léonetti, député UMP, et Xavier Bertrand, ministre de la Santé, sont favorables au renforcement des soins palliatifs.

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Paru le 12 juillet 2018

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