Claire Fourcade, médecin : "Je suis contre la légalisation de l'euthanasie"

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Claire Fourcade © Almain Tendero
Claire Fourcade
Claire Fourcade © Almain Tendero

Dans son livre 1 001 vies en soins palliatifs, Claire Fourcade, médecin au sein d'une équipe de soins palliatifs, raconte ses plus belles rencontres avec des patients en fin de vie et leur famille. Un vibrant plaidoyer contre l’'euthanasie.

À propos de l'article

  • Créé le 30/05/2013
  • Modifié le 30/05/2013 à 14:00
  • Publié par :Marie-Christine Vidal
  • Édité par :Nelly Seznec
  • Publié dans Pèlerin
    6742 du 16 février 2012

Depuis douze ans, Claire Fourcade, médecin, sillonne l'’Aude avec une équipe mobile de soins palliatifs. Dans un ouvrage percutant et tendre 1001 vies en soins palliatifs, elle raconte ses plus belles rencontres avec des patients en fin de vie et leur famille. Un vibrant plaidoyer contre l'’euthanasie.

"En 2007, j’'ai commencé à écrire. Pour garder une trace de ces histoires incroyables dans lesquelles chacun de nous est plongé. Et aussi pour mon équipe de soins palliatifs. Ma foi m'aide à donner du sens à ces morts. Dans mon équipe, il y a ceux qui croient au ciel et ceux qui n'y croient pas. Pourtant, sur la question de l'euthanasie, il n'y a pas un fil pour nous séparer ! En toute subjectivité, dans mon livre, j’'ai choisi les plus belles pépites, et je les ai enfilées, comme des perles sur le ruban de ma mémoire.

Au fur et à mesure que j'écrivais, je me suis rendu compte que ma gratitude allait aux patients. Tous m’'apprennent des choses sur les relations humaines. La façon d'’aborder la vie, la mort. Je me souviens, par exemple, d’'une phrase très forte d’'un patriarche qui voyait mourir son épouse. Devant ses fils qui se demandaient s’'il ne fallait pas abréger ses souffrances, il a clos la discussion : "Votre mère vous a traités comme des rois pendant quarante ans. Nous la soignerons comme une reine le temps qu’il faudra."

Les témoignages de mes patients composent comme un tableau pointilliste. Tous ensemble forment une image vraiment complète de l’'homme. Pour moi, tout homme est une histoire sacrée.

C'est pourquoi, en tant que femme, en tant que chrétienne et en tant que médecin, je ne peux adhérer à la proposition de certains candidats à l'élection présidentielle de légaliser l’'aide à mourir, autrement dit légaliser l’'euthanasie. Je n’'aimerais pas que cela arrive.

La fin de vie est encadrée par la loi Leonetti qui permet aux patients de décider d’'arrêter tous leurs traitements. Jusqu’'à interrompre parfois l'’alimentation et l'’hydratation. Les équipes médicales sont obligées d'’accéder à cette demande, même si elle les confronte à des questions et à des débats compliqués.

Le temps appartient à celui qui s’'en va

En outre, le malade peut choisir une personne de confiance qui, en cas de besoin, prendra des décisions à sa place. Enfin, la loi laisse la possibilité d'’administrer des calmants pour améliorer le confort du patient, au risque d’'abréger son existence. Tout cela nous oblige à être encore plus présents pour soulager les malades.

Cela bien sûr n'est pas suffisant. Il faut soutenir les proches qui se posent des questions sur l’'agonie. C’est parfois très dur, avec des malades qui ne communiquent plus. "Pourquoi les faire “durer” ?", interroge la famille. Quand on explique que le temps appartient à celui qui s’'en va, les proches acceptent mieux.

Une fois que la famille a donné du sens à ce moment, elle bouleverse son quotidien pour accompagner le malade. Je suis frappée par l’'envie des proches d'’être là. Pour que ce temps qui reste ne soit pas juste du temps qui se perd. Mais du temps pour se dire qu’'on a laissé cette histoire aller jusqu’'à son terme.

Une seule fois, en douze ans de soins palliatifs, j'’ai accompagné un patient me demandant de façon répétée de l'aider à mourir. Je l’'ai écouté, puis j’'ai passé avec lui un contrat : "On se donne quinze jours pour essayer de diminuer la douleur, pour y réfléchir, et on en reparle." Je me suis mise à gamberger : "Que faire s'’il veut vraiment que je l’'aide ?". Il est mort sans m’'en avoir reparlé et semblait apaisé d’'avoir été entendu.

Jamais, à ce jour, je ne me suis dit que la seule façon de respecter mon patient était de transgresser la loi en l’'aidant à mourir. Je veux que l’'euthanasie reste hors la loi. Même si, peut-être, un jour, une situation particulière me conduira à prendre une telle décision."

Livre "1 001 vies en soins palliatifs"

 A lire : 1 001 vies en soins palliatifs, Éd. Bayard, collection Christus, 240 p. ; 16 €.
Dans ce livre rédigé au départ pour son équipe, Claire Fourcade, a voulu "garder une trace" de ses rencontres, de ces "histoires incroyables" dans lesquelles ils ont été plongés. "J'ai choisi, résume-t-elle, les plus belles pépites, et je les ai enfilées, comme des perles sur le ruban de ma mémoire."

Claire Fourcade :" L’euthanasie doit rester hors la loi"

L'interview complète de Claire Fourcade (4 pages) est à lire dans Pèlerin n°6742 du 16/02/12.

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Paru le 5 avril 2018

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