Faut-il fermer la centrale de Fessenheim ?

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Une bannière de Greenpeace protestant contre la centrale nucléaire de Fessenheim © CITIZENSIDE / CEDRIC TREPIER / Citizenside /AFP
Faut-il fermer la centrale de Fessenheim ?
Une bannière de Greenpeace protestant contre la centrale nucléaire de Fessenheim © CITIZENSIDE / CEDRIC TREPIER / Citizenside /AFP

Le 11 mars, six ans jour pour jour après la catastrophe de Fukushima (Japon), une manifestation antinucléaire à Strasbourg réclamera la fermeture effective de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), promise dès 2012 par François Hollande. La doyenne des centrales françaises doit-elle continuer à fonctionner à partir du moment où elle est considérée comme sûre et qu’elle crée de l’emploi ? Ou bien faut-il viser son arrêt afin d’engager la France dans un modèle énergétique moins dépendant du nucléaire ?

À propos de l'article

  • Publié par :Propos recueillis par Véronique Badets
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7006 du Jeudi 9 mars 2017

"Notre centrale est sûre et rentable"

Alain Besserer. Délégué syndical Force ouvrière (FO) à Fessenheim.

« Fessenheim a été désignée comme devant être fermée suite à l’accord électoral de 2011 entre le Parti socialiste et les Verts. Notre syndicat, comme tous ceux du site, dénonce un choix politique qui sacrifie 2.200 emplois directs et indirects. Un sacrifice d’autant plus facile pour ce gouvernement que l’Alsace est connue pour voter à droite : le risque électoral de cette fermeture a donc été considéré comme faible. Par ailleurs, il faut noter que nous n’avons encore aucune proposition sérieuse de reconversion industrielle du site. C’est donc tout un territoire qui va se retrouver sans projet économique. Sur le fond, nous ne comprenons pas pourquoi nous devrions fermer une centrale qui est à la fois sûre et rentable.

(...) Est-on suffisamment riche en France pour se priver des moyens de production électrique que nous avons sous la main, qui fonctionnent et créent des emplois ? Je ne dis pas qu’il faut construire de nouvelles centrales mais on peut encore utiliser celles qui sont là. Les Américains sont bien arrivés à pousser leurs centrales nucléaires jusqu’à 60 ans. Pourquoi ne pourrait-on pas faire pareil en France ? »

"Ne retardons plus la fermeture de réacteurs nucléaires"

Yves Marignac. Porte-parole de l’Association négaWatt, qui réalise des études sur les gains économiques et environnementaux d’un modèle 100% énergies renouvelables.

« La centrale de Fessenheim est particulièrement exposée au risque sismique et d’inondations. De plus, l’un de ses deux réacteurs est arrêté depuis juin 2016 suite à une malfaçon grave dans un générateur de vapeur. Fessenheim est donc un « bon candidat » pour commencer à réduire la part du nucléaire en France. Car notre pays se trouve à un moment crucial : 80% de ses réacteurs vont atteindre les 40 ans dans la décennie 2017-2027. Cela veut dire que durant ces dix années, il va falloir faire des investissements considérables, soit pour prolonger la durée de vie de certains d’entre eux, soit pour développer les énergies renouvelables. Plus on retarde la fermeture des premiers réacteurs, plus haut sera ce « mur d’investissement » à réaliser.

(...) Il y a urgence à anticiper la transformation de notre modèle énergétique en ne retardant plus la fermeture de réacteurs. Sinon, nous allons nous retrouver avec une électricité beaucoup plus onéreuse que celle de nos voisins. Et des fermetures industrielles brutales. »

"Associer les populations concernées à un nouveau projet"

Sandra Laugier. philosophe, auteure du Principe démocratie (Éd. La Découverte, 2014, 284 p. ; 21 €).

« L’accident de Fukushima en 2011 a marqué un tournant dans la prise de conscience des risques liés à la production d’énergie nucléaire. Que cet événement dramatique soit survenu au Japon, dans un pays qui incarne la maîtrise technologique, a ébranlé beaucoup de certitudes quant à la « sûreté » nucléaire. Il a soulevé la question de savoir si le développement d’une technologie mettant en danger des populations humaines (avec un risque réel, même faible), pouvait être poursuivi.

C’est pourquoi la fermeture de Fessenheim a pu devenir un sujet important dans la campagne présidentielle de 2012. Le débat, qui continue aujourd’hui, ne cesse d’opposer le risque nucléaire et le risque social de perdre des emplois… Les deux sont tout aussi réels. Il faut cesser de les mettre dos à dos : pourquoi le démantèlement d’une centrale ne serait-il pas créateur d’emplois ? Il me semble essentiel d’associer étroitement les populations concernées à la définition d’un nouveau projet pour le site, en mettant au centre la question de leur bien-être. Que veulent les personnes qui vivent dans les environs de la centrale ? (...) »


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Retrouvez l'intégralité du débat dans le numéro 7006 de Pèlerin du Jeudi 9 mars 2017

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1 Commentaire Réagir

En cas d'incident

phillipeu 24/05/2017 à 10:35

En France, le nucléaire espère apprendre les leçons de Fukushima : la FARN vient d'être créée. En 2011 au Japon, une force d'intervention avait été mise en place mais les camions avec les groupes électrogènes n'avaient pas pu se rapprocher des sites ... lire la suite

Paru le 19 octobre 2017

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