Les grands chantiers du Synode : une révolution dans l’Eglise ?

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Lundi 6 octobre 2014, premier jour des travaux du Synode sur la famille, le pape François salue un garde suisse pontifical. © Andreas Solaro / AFP
Lundi 6 octobre 2014, premier jour des travaux du Synode sur la famille, le pape François salue un garde suisse pontifical.
Lundi 6 octobre 2014, premier jour des travaux du Synode sur la famille, le pape François salue un garde suisse pontifical. © Andreas Solaro / AFP

Le Synode sur la famille s’est achevé le 19 octobre 2014 à Rome. Analyse des différents points abordés et des sujets qui ont divisé les évêques.

À propos de l'article

  • Créé le 21/10/2014
  • Publié par :Gwénola de Coutard et Christophe Henning
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    n° 6882, du 23 octobre 2014.

Les participants ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur les sujets sensibles comme l’accès aux sacrements des divorcés-remariés et l’accueil des personnes homosexuelles. Mais ils ont adopté un texte qui mobilise les familles, témoigne de l’accueil de toutes les situations et invite toutes les communautés catholiques du monde à poursuivre la réflexion. 

Le pape François voulait un débat libre, il l’a eu. Pendant quinze jours, l’austère salle du synode, avec ses murs sans fenêtre, lambrissés de bois sombre, et ses confortables sièges rouge bordeaux, aura été témoin d’échanges particulièrement vifs entre les presque 200 évêques et cardinaux venus du monde entier, sous le regard d’une cinquantaine d’experts et auditeurs.

« J’ai vécu un moment fort, confie le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris. Contrairement à d’autres synodes, où les divergences étaient plus marginales, nous étions cette fois-ci confrontés à des questions pastorales directes, concrètes, où la réalité des situations et les approches théologiques étaient très différentes. »

Vidéo. Entretien du cardinal Vingt-Trois par KTO. Durée : 28 minutes.

 

La famille n’est pas un thème anodin, aux yeux de la presse non plus. La publication du rapport intermédiaire au terme de la première semaine, conformément aux habitudes, a eu un formidable retentissement médiatique dans le monde entier.

Il contenait en effet des formulations et un ton inédits, notamment à l’égard des personnes homosexuelles.

Un état des lieux pour poursuivre la réflexion

Mais ce n’était qu’une base de travail pour leur deuxième semaine prolongeant les discussions en carrefours.

Mécontents de son contenu, de nombreux évêques l’ont amendé et leurs inquiétudes sont sorties du huis clos de la salle du synode, pour gagner les colonnes des journaux.

Samedi 18 octobre 2014, les pères synodaux ont voté un rapport final d’une quinzaine de pages bien plus consensuel. Il ne s’agit pas d’un document magistériel, mais d’un état des lieux pour continuer la réflexion dans les diocèses.

Tweets. Gwénola de Coutard, journaliste à Pèlerin, le 18 octobre 2014.

   

En attendant un second synode sur la famille en 2015, l’Église a montré sa claire volonté de se mettre à l’écoute des fidèles et de partir de la réalité des familles. En témoignent les chantiers qu’elle a ouverts.

Divorcés-remariés : retour à la case départ

C’était le sujet brûlant de ce synode. À tel point que les deux paragraphes qui les mentionnaient dans le document final (le 52 et le 53) n’ont pas été approuvés par la majorité qualifiée requise des 2/3 des pères synodaux.

Mais le pape a voulu qu’ils soient maintenus dans le texte afin que la réflexion persiste.

Son. Vatican : texte final approuvé au synode sur la famille, pas d'accord sur les divorcés. Source France Inter.

 

Trois pistes ont été évoquées :

► l’accès aux sacrements pour les divorcés-remariés, sous conditions, et selon un « chemin pénitentiel » confié à la responsabilité de l’évêque diocésain ;

► l’encouragement des divorcés-remariés à une « communion spirituelle », c’est-à-dire sans consommation du pain et du vin consacrés ;

► la simplification des procédures pour reconnaître la nullité, c’est-à-dire la non-existence du sacrement du mariage, au cas par cas.

Homosexualité : accueillir les personnes sans approuver les situations

C’est le point sur lequel le synode a le plus reculé entre le rapport intermédiaire et le texte final. Le premier décrivait les personnes homosexuelles en des termes positifs :


Elles ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne.


Il existe des cas où le soutien réciproque jusqu’au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires.

Mais dans le document final, ces expressions ont disparu et seul subsiste un rappel du catéchisme de l’Église catholique : rejet de toute forme de reconnaissance des unions homosexuelles, mais accueil avec respect, compassion et délicatesse des hommes et des femmes ayant des tendances homosexuelles.

Familles précaires : un sujet à creuser

Le synode a constaté une grande fragilisation des familles sous l’effet des crises économiques et des conflits, qui engendrent solitude, chômage, insécurité, migrations…

Des couples se séparent de leurs enfants non parce qu’ils ne s’entendent pas, mais parce qu’ils s’aiment, et que la meilleure façon pour eux de faire vivre leur famille, c’est d’aller travailler à l’étranger

→ a précisé le cardinal Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille.

Le synode a reconnu le nombre important d’enfants nés hors mariage, déploré l’absence des pères, les discriminations envers les femmes et la maltraitance des enfants. Il a recommandé d’accompagner particulièrement les femmes qui portent seules la responsabilité de la maison et l’éducation des enfants.

Mariages civils et unions libres : voir le positif

Face à tous ceux qui vivent sans avoir reçu le sacrement de mariage, les pères synodaux ont choisi de voir le bon côté des choses.

« Lorsque l’union a atteint une stabilité notable au travers d’un lien public et qu’elle est marquée par une affection profonde, par la responsabilité vis-à-vis des enfants, par une capacité à résister dans les épreuves, elle peut être considérée comme une opportunité à accompagner dans son développement vers le sacrement de mariage », écrivent-ils, laissant aux pasteurs le soin d’« identifier les éléments qui peuvent favoriser l’évangélisation et la croissance humaine et spirituelle. »

La famille évangélise

« Évangile de la famille » : l’expression revient à plusieurs reprises pour exprimer un double mouvement : celui de la réception, et en même temps de l’expression de l’Évangile par les familles.

Que les familles aient à suivre l’Évangile et soient le lieu d’apprentissage du message du Christ, ce n’est pas nouveau. Mais les pères synodaux renforcent la confiance accordée aux familles.

En découle un appel plus fort à l’engagement des familles chrétiennes dans la vie politique, culturelle, sociale ou ecclésiale, notamment pour améliorer la préparation au mariage et l’accompagnement des couples au-delà de la célébration du sacrement.

Même les familles blessées peuvent témoigner joyeusement de l’Évangile

→ affirme Michèle Taupin, 68 ans, auditrice du synode.

Ses yeux brillent toujours d’émotion quand elle raconte la perte de son mari, il y a quatorze ans, et son long chemin de deuil.

Dans son intervention, elle a présenté Espérance et Vie, le mouvement d’accompagnement des veufs et des veuves qu’elle a présidé, en soulignant combien la solidarité et l’écoute entre eux les aidaient à grandir spirituellement, et à « réaliser que Dieu reste présent, même dans les situations de douleur ».

Rénover le langage

« Des expressions comme “vivre dans le péché”, “mentalité contraceptive”, “intrinsèquement désordonné”, ne font pas grandir les personnes ! » s’était alarmé un évêque dès les premiers jours. Quels mots trouver pour accompagner les personnes qui ne rentrent pas « dans les clous » ?

Vidéo. « Il y a des divisions énormes dans l'Eglise », analyse l'historien des religions Odon Vallet pour BFM.

 

Le débat, lié aux épineuses questions des divorcés-remariés, de l’homosexualité et des unions libres, a été particulièrement vif pendant ces quinze jours.

On a beaucoup parlé du langage, afin que nos mots ne soient pas inutilement blessants. Certes, il faut parler très clairement des situations, mais si on s’adresse à des personnes, nos mots ne peuvent pas être offensants

→ estime Mgr Georges Pontier, président de la conférence des évêques de France, qui vivait là son premier synode à Rome.

Vidéo. Mgr Pontier : « Le Synode interpelle nos pastorales familiale ». Source KTO.
 

Pour le P. Antonio Spadaro, directeur de la revue jésuite italienne Civiltà Cattolica, « le défi est plus large que les questions particulières liées à la famille. Quelle est notre vision de l’Église, de sa mission, du sens des sacrements ? L’Église doit être un phare, et en même temps une torche. Éclairer de manière stable, pour guider, et en même temps être aux côtés des gens, pour avancer sur le chemin vers Dieu. »

Le dépoussiérage du vocabulaire suppose en parallèle, un approfondissement théologique des expressions employées, pour accueillir avec miséricorde et vérité.

Sur tous ces dossiers, le pape François, assidu aux débats, s’est bien gardé d’intervenir.

Si ce n’est dans un discours final qui sonne comme un appel à poursuivre la réflexion : « Nous avons vraiment vécu une expérience de synode, un parcours solidaire, un chemin ensemble », confie le pape avant de pointer cinq « tentations » qui ont traversé les débats, et dont il faut encore se méfier durant l’intercession…

Ainsi, premières tentations, il faut se garder du « raidissement hostile » comme de « l’angélisme destructeur ».

Face aux difficultés, le risque est grand de « descendre de la croix pour faire plaisir aux gens et de ne pas rester à accomplir la volonté du Père, de se plier à l’esprit du monde au lieu de le purifier et de se plier à l’Esprit de Dieu. »

« Les tentations ne doivent ni nous effrayer ni nous déconcerter et encore moins nous décourager », souligne le pape François qui invite enfin les pasteurs à « ne pas négliger la réalité en utilisant un langage méticuleux et un langage pour dire tant de choses et ne rien dire (…) mais à accueillir avec paternité, miséricorde et sans fausse peur les brebis égarées. »

On le voit, pour l’Église et les familles, le chemin est encore long. Le synode n’était qu’un début.


A lire aussi dans Pèlerin n° 6882, du 23 octobre 2014

► Les coulisses du Synode par Gwénola de Coutard, envoyée spéciale à Rome.

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► L’interview de Bernard Lecomte (photo), vaticaniste : « L’Eglise retrouvre la culture du débat », par Christophe Henning.

 

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Paru le 4 janvier 2018

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