Guy de Lachaux, prêtre du diocèse d’Evry : "L’Église doit vivre une réelle compassion pour les divorcés-remariés"

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Le P. Guy de Lachaux. © Corinne Simon/CIRIC
Le P. Guy de Lachaux.
Le P. Guy de Lachaux. © Corinne Simon/CIRIC

Depuis vingt ans, le P. Guy de Lachaux accueille et accompagne des personnes divorcées et divorcées-remariées. Prêtre du diocèse d’Évry, son engagement a pour moteur de soulager les souffrances des personnes ayant vécu une rupture.

À propos de l'article

  • Créé le 09/06/2014
  • Publié par :Christophe Henning
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6863, du 12 juin 2014

Pèlerin. Avant d’arriver au synode sur la famille, convoqué par le pape François, la situation des divorcés-remariés dans l’Église est une longue histoire.
Guy de Lachaux. Le code de droit canonique de 1917 condamne sévèrement les divorcés- remariés, qualifiés de « bigames », « d’infâmes » et de « concubins adultérins. » Ils sont « excommuniés » et frappés d’un interdit personnel.

Le code de 1983 n’emploie plus ces termes. Jean-Paul II parle de « contradiction objective » de leur condition de vie avec l’alliance entre le Christ et l’Église, et donc avec l’ensemble des sacrements.


Nombreux sont les baptisés dont la vie est en contradiction avec l’amour de Dieu pour les hommes. Pourquoi est-on si exigeant par rapport au sacrement de mariage ?


C’est l’indissolubilité du mariage qui est au cœur du sujet.
G. de. L. L’indissolubilité est en effet présentée comme une « loi divine ». Elle s’appuie pour cela sur des textes de l’Écriture, dont celui de saint Marc : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Mc 10, 9).


Mais Jésus a-t-il voulu édicter une loi ou dire la profondeur de ce qui se joue dans la relation entre deux personnes ?

Au XIIesiècle, quand s’est élaborée la théorie du mariage, l’Église administrait la société. Cela peut expliquer cette lecture très juridique de l’Évangile. Mais il n’est pas un code de lois. Il faut donc nous poser la question : qu’est-ce que Jésus a voulu nous dire ?


Le sens du mariage est bien inscrit dans l’Évangile !
G. de. L. Oui, et l’indissolubilité se comprend parfaitement : Dieu a créé l’homme à son image ; sa façon d’aimer est à l’image de celle de Dieu ; et la Bible nous dit que Dieu est fidèle jusqu’au bout.

Mais dans l’Évangile, la miséricorde est toujours première. Quand le fils prodigue revient chez son père, celui-ci ne l’interroge pas, ne lui demande pas un temps de pénitence : il l’accueille ! Autrement dit, la miséricorde est un impératif au-dessus de tous les autres, y compris de l’indissolubilité.

Beaucoup souhaitent une démarche de pardon à l’égard des divorcés-remariés.
G. de. L. J’ai l’impression que l’Église l’envisage, mais avec réticence. Jean-Paul II avait parlé de la situation des divorcés-remariés sans employer la notion de péché. Aujourd’hui, on semble parler de pénitence, ce qui nous ramène à cette notion de réparation, et donc de péché. N’est-ce pas un retour en arrière ?

Pourquoi cette difficulté à mettre en œuvre la miséricorde ?
G. de. L. Il semblerait que nous ayons placé la notion d’indissolubilité au-dessus de tout, et dans une visée éminemment juridique. Il ne s’agit pas de nier l’échec, ce qui a été raté, mais d’affirmer aussi qu’avec le Christ on peut toujours se remettre debout et repartir dans la vie.

Le recours à la conscience personnelle est-il une réponse possible ?
G. de. L. Dans la théologie traditionnelle de l’Église, de Thomas d’Aquin au concile Vatican II, la conscience indique au fidèle ce que, de façon ultime, il a à vivre. L’être humain n’est-il pas plus grand que toute loi ?

Et je rencontre des divorcés-remariés qui ne se sentent pas séparés de Dieu, vivent peut-être une foi plus grande et, en conscience, communient. La seule chose que leur demande l’Église c’est : « Éclaire ta conscience ».

Dans les paroisses, les chrétiens sont un peu déboussolés : quelle attitude avoir ?
G. de. L. Quand une personne souffre, c’est tout le corps qui souffre. L’Église doit vivre une réelle compassion pour les divorcés-remariés. Nous faisons un travail extraordinaire auprès des malades, des prisonniers, des prostituées… pourquoi les personnes séparées, divorcées, remariées ne bénéficieraient-elle pas du même accueil ?

C’est de la responsabilité de chacun, et pas seulement de quelques spécialistes. Les communautés chrétiennes n’ont pas encore pris la mesure de l’attention à porter aux divorcés et aux divorcés-remariés.

Les expériences de terrain ouvrent des perspectives.
G. de. L. Il y a beaucoup de catholiques pratiquants qui ne comprennent pas la position officielle de l’Église (70 % d’après une enquête de 2009 de Pèlerin). Et pourtant ce n’est pas faute de l’avoir répétée et expliquée ! Je me souviens de Raymond, divorcé-remarié, à qui on a proposé de participer à l’équipe d’animation de sa paroisse. Il était très embêté. Pour le convaincre, quelqu’un lui a simplement dit : « Tu es bien plus que ta situation. » L’Évangile se vit sur le terrain.

La loi actuelle est-elle vraiment le reflet de l’Évangile ? Il faut envisager une réflexion théologique en profondeur avec une conviction : c’est du dialogue que pourra jaillir la nouveauté. C’est en tout cas l’invitation du pape François.

Vous pensez donc que le synode fera avancer la question.
G. de. L. Le pape François a certainement libéré la parole. Le sujet était très souvent abordé dans les synodes diocésains en France depuis les années 1990, mais il n’a jamais été traité véritablement.

En 2002, les évêques de France ont, d’une certaine manière, fait avancer l’accueil des divorcés qui demandaient un temps de prière pour leur nouvelle union : le texte voté par les évêques précisait qu’il ne fallait en aucun cas que cela puisse ressembler au sacrement de mariage. C’était affirmer, en creux, qu’un temps de prière était possible. Il faut aller plus loin maintenant, mais il faudra du temps.

► Lire notre enquête consacrée au divorcés-remariés. Huit pages dans Pèlerin, n° 6863, du 12 juin 2014.

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Une halte spirituelleavec le P. Guy de Lachaux

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Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

La compassion

GARNAUD JP 12/06/2014 à 10:00

Cela ne semble pas être malheureusement la vertu principale (j'allais dire "cardinale") des responsables de l'Eglise de France. Je souhaite néanmoins qu'elle fasse pour les divorcés ce qu'elle n'a pas su faire récemment pour les ... lire la suite

Paru le 14 juin 2018

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