Contraception, le discours et la méthode

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© Chiara Dattola
Contraception, le discours et la méthode
© Chiara Dattola

La contraception est l’un des dossiers les plus sensibles de la pastorale familiale catholique et du synode des familles en 2014. Si le refus est de rigueur, nul ne sait ce qui se passe dans l’intimité des couples. Respect des interdits ou choix personnel ?

À propos de l'article

  • Créé le 06/05/2014
  • Publié par :Christophe Henning
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6858, du 8 mai 2014

« Quelle connaissance concrète les chrétiens ont-ils de la doctrine d’Humanae vitae sur la paternité responsable ? Quelle conscience a-t-on de l’évaluation morale des différentes méthodes de régulation des naissances ? », interroge le document préparatoire au synode sur la famille. C’est une des questions qu’aborderont les évêques, convoqués à Rome en octobre 2014 par le pape François.


Document. Le « document de préparation » du Synode des évêques sur la famille. Source : Vatican.


Il y avait statu quo sur le sujet depuis presque un demi-siècle. Poser la question est déjà une avancée ! Et le questionnaire du pape François a libéré la parole. À l’occasion de l’enquête menée auprès de ses lecteurs en décembre dernier,

Pèlerin a recueilli plus de 6 000 réponses, et de nombreux témoignages portaient sur l’interdit de la contraception édicté par l’encyclique de Paul VI :

« Est exclue toute action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation », précise Humanae vitae (§ 14).

La « loi », tout le monde la connaît. Mais, pour beaucoup, elle est inaccessible : « L’Église ferait mieux de reconnaître l’importance de la contraception, d’ailleurs pratiquée sans son accord », estime Colette, 73 ans.

D’autres ont voulu suivre le chemin exigeant proposé par le magistère, et en gardent un souvenir douloureux. Comme l’explique cette lectrice de 76 ans, aujourd’hui veuve :

« Les méthodes acceptées par l’Église ne marchaient pas pour moi : avec mon mari, nous avons presque toujours vécu l’abstinence et nous en avons beaucoup souffert. »

Vidéo. L’Eglise, le couple et la sexualité. Source : Le Jour du Seigneur.

 

Interdire la pilule ou veiller à l’épanouissement conjugal ? Contrevenir à la loi de vieou trouver le chemin d’une « paternité responsable » ? L’affaire n’est pas si simple.

Dès 1930, dans Casti connubii (Chaste union), première encyclique sur le mariage, Pie XI interdit le recours à tout moyen contraceptif.

L’arrivée de la pilule dans les années 1950 ne devait donc pas conduire à plus de commentaires. Si ce n’est que le concile Vatican II ouvre l’Église au monde.

Dès 1963, Jean XXIII réfléchi à la limitation des naissances. Il semble que l’interdit pourrait être levé – au moins partiellement.

« À sa mort, retirant le sujet des débats conciliaires, Paul VI confie le dossier à une commission, laquelle se prononce aussi pour un ”net assouplissement” de la position de l’Église, explique Catherine Grémion, sociologue (L’Église et la contraception : l’urgence d’un changement, C. Grémion et H. Touzard,Éd. Bayard, 182 p.). Or, le 25 juillet 1968, le pape signe l’encyclique Humanae vitae… »

C’est un coup de tonnerre. Le texte est source d’incompréhension, voire de rejet pour une grande part des catholiques. Certes, le climat soixante-huitard ne facilitait pas la réception d’un texte exigeant qui fut parfois considéré comme une « erreur ».

D’ailleurs, Paul VI, éprouvé, ne publiera plus une seule encyclique. Mais le sens de ce texte contesté fut aussi défendu et petit à petit approfondi, notamment par un autre pape, Jean-Paul II, dont la « théologie du corps » parle bien à certaines générations.

Comment dépasser ce clivage ? Les tenants de l’interdiction contraceptive insistent sur le lien indéfectible entre union et procréation, scellé par Dieu dans l’acte conjugal. Tout rapport sexuel « doit rester ouvert à la transmission de la vie », précise Humanae vitae (§ 11).

« La mentalité contraceptive barre la route à cette dimension d’accueil de la vie et nie cette dimension essentielle de l’homme mise en lumière par la révélation biblique : la vie nous vient d’un Autre », explique aujourd’hui Mgr Jean-Luc Brunin, président du conseil Famille et société de la Conférence des évêques de France (Les familles, l’Église et la société : la nouvelle donne, Mgr J.-L. Brunin, Éd. Bayard ; 16 €.).


De l’autre bord, on s’offusque d’une règle imposée aux couples par des clercs célibataires. Réclamant l’exercice responsable de leur conscience, des couples estiment de leur devoir de veiller à l’équilibre conjugal et à l’agrandissement harmonieux de la famille, tel que le stipule le concile :

Dans le devoir qui leur incombe de transmettre la vie, les époux (…) se formeront un jugement droit (…). Ce jugement, ce sont en dernier ressort les époux eux-mêmes qui doivent l’arrêter devant Dieu.

→ constitution Gaudium et spes, 1965, § 50.

« Il faut réviser le regard sur la sexualité qui est un heureux don de Dieu et non une loi exigeante de Dieu », estime Simone, lectrice de Pèlerin.

À lire l’encyclique de Paul VI, toute méthode contraceptive – naturelle, physique, chimique – est condamnée. Dès 1968, l’épiscopat français avait tenté d’atténuer la règle en développant, dans une « note pastorale », une définition de la contraception qui constituait toujours un « désordre », mais était parfois un recours « pas toujours coupable et de bonne foi des époux ».

Les méthodes « naturelles » furent ensuite promues par l’Église : l’observation du cycle féminin (Ogino, Billings) permettait au couple de choisir l’abstinence durant les périodes fécondes. Est-ce une réponse satisfaisante ? Il semblerait que, malgré tout, les trois quarts des femmes catholiques en âge de procréer aient recours à la pilule.

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Paru le 19 avril 2018

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