Vers une nouvelle pastorale familiale

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Jusqu’à présent, les couples divorcés remariés étaient exclus de la communion. Désormais, ils seront mieux accueillis et pourront accéder aux sacrements… sous conditions. © Corinne Simon / Ciric
Jusqu’à présent, les couples divorcés remariés étaient exclus de la communion. Désormais, ils seront mieux accueillis et pourront accéder aux sacrements… sous conditions.
Jusqu’à présent, les couples divorcés remariés étaient exclus de la communion. Désormais, ils seront mieux accueillis et pourront accéder aux sacrements… sous conditions. © Corinne Simon / Ciric

Dans l’attente du « document sur la famille » demandé au pape par les pères synodaux dans leur rapport final, laïcs et évêques français s’organisent déjà pour une pastorale familiale renouvelée. Ils s’accordent pour dire que cela prendra du temps.

À propos de l'article

  • Créé le 28/10/2015
  • Publié par :Mikael Corre et Gwénola de Coutard
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6935, du 29 octobre 2015

« Je me demande ce qu’il restera des réflexions des évêques lorsqu’ils les feront remonter au pape. » Sceptique, comme beaucoup d’observateurs, quant aux résultats du synode,
Marie-Christine Marguet n’avait pas encore pris connaissance, lundi 26 octobre 2015, du rapport final transmis l’avant-veille au pape François.

Apprenant que ce texte laisse ouvert, au cas par cas, l’accès aux sacrements des divorcés remariés, cette coresponsable de la Maison des familles du diocèse de Nanterre (Hauts-de-Seine) s’enthousiasme : « C’est très beau. Je me souviens d’un catéchumène, dans ma paroisse, qui s’était préparé au baptême avant d’apprendre qu’il ne pourrait pas recevoir ce sacrement parce qu’il s’était remarié après un premier mariage civil. Il l’avait vécu comme une punition. »

Désormais, les évêques proposent que le baptême soit accessible aux catéchumènes remariés quand « au moins l’un des deux conjoints ne connaissait pas la foi chrétienne ».Pour les autres divorcés, remariés civilement après un premier mariage à l’église, les évêques n’ont pas fermé l’accès aux sacrements.

« Il ne sera pas automatique », tempère Mgr Jacques Turck, ex-responsable du service Famille et société de la Conférence des évêques de France (CEF) qui craint un « effet d’annonce » et rappelle qu’il existe déjà un accompagnement des divorcés remariés.

Il cite le cas d’un couple de catholiques divorcés qui, après trente ans de vie commune, ont choisi de se remarier civilement, encouragés par leurs enfants.

Après la mairie, je leur ai proposé une célébration de la Parole. Lors de cette prière, j’ai béni les personnes présentes. Il ne faut pas faire croire que les divorcés remariés sont actuellement extérieurs à l’Église.

Une nouvelle approche au cas par cas

« Le synode propose des ouvertures timides mais réelles et, surtout, un vrai changement d’attitude pastorale, estime pourtant Monique Baujard,qui avait remplacé Mgr Jacques Turck à la tête du service Famille et société de la CEF (elle a quitté ses fonctions en septembre dernier).

Les laïcs et les familles sont expressément désignés comme acteurs de cette pastorale. Avec ce synode, le pape a marqué un essai, c’est à nous tous de le transformer ! »

De retour dans leurs diocèses, les évêques auront à mettre en pratique cette nouvelle relation avec les laïcs. « Je comprends que certains fidèles ou prêtres puissent être déstabilisés par cette nouvelle approche au cas par cas (pour les divorcés remariés NDLR), explique Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille, présent au synode. Il faudra sûrement renforcer la formation des laïcs et des prêtres, et préciser les pistes de discernement. Être pasteur plutôt qu’administrateur, c’est plus difficile mais plus juste ! » affirme le président de la CEF.

Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre, lui aussi membre de la délégation française au synode, a déjà prévu une journée avec les acteurs de la pastorale familiale du diocèse, mi-novembre.

« Ce qui est questionné, c’est notre manière de faire valoir la vérité, avec désormais une impulsion plus nette pour le compagnonnage. En ce qui concerne l’accompagnement des divorcés remariés, le texte ne nomme pas le terme du chemin, mais pose des balises : l’état de leur relation avec l’ancien conjoint, l’implication dans la communauté chrétienne… À nous, pasteurs, de tisser une histoire avec les gens que nous accompagnons. »

Cette nouvelle pastorale familiale ne se fera pas uniquement entre laïcs, prêtres et évêques. En conclusion de leur rapport final, les évêques ont demandé au pape François de publier un « document sur la famille ».

Le pape François a désormais les mains libres pour en dire plus sur la famille 

→  estime Anne Soupa, cofondatrice du Comité de la jupe et de la Conférence catholique des baptisés francophones.

Pour elle, ce synode est l’acte de naissance d’un axe « François-fidèles », « une alliance objective du pape et des catholiques, une communion profonde, à laquelle il faut travailler. 

Le poids du magistère (autorité doctrinale des évêques et du pape NDLR) a été hypertrophié ces dernières années. Désormais, l’expérience aura plus de place. La création d’un nouveau dicastère pour les laïcs (équivalent d’un ministère au Saint-Siège), vendredi 23 octobre, va y contribuer. »

Anne Soupa regrette toutefois que la question de l’accès au diaconat pour les femmes, soulevée au synode par l’archevêque canadien Mgr Paul-André Durocher « n’ait entraîné aucune discussion. Ça va nous pousser, nous laïcs, à agir », assure-t-elle.

Il est vrai que sur certains sujets, comme l’homosexualité, les avancées ont été. « Nous sommes déçus mais pas surpris, confirme Élisabeth Saint-Guily, coprésidente de David et Jonathan, une association regroupant 450 chrétiens homosexuels. Le point positif du texte est la demande d’accueil au sein des familles, mais nous aurions voulu une condamnation beaucoup plus ferme des violences dont souffrent de nombreux homosexuels en Afrique et en Europe de l’Est. »

Au synode, les évêques de ces régions ont été, en grande partie, à l’origine du statu quo au sujet de l’homosexualité.

« Nous sommes tous arrivés au synode avec des espérances et il est bien vite apparu que certaines de ces espérances entraient en contradiction déterminée les unes avec les autres, rappelle Mgr Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran (Algérie).

Le rapport final dit au mieux le point où nous sommes arrivés ensemble, sans pouvoir avancer davantage. Il n’est pleinement satisfaisant ni pour les uns ni pour les autres, et c’est bien ainsi. Je l’ai sans difficulté fait mien parce qu’il est un texte d’unité, pas seulement de compromis. Il nous emmène chacun un peu plus loin que là où nous pensions aller. »

Emmener chacun un peu plus loin que là où il pensait aller. C’est déjà, en soi, un nouveau rapport au monde et un beau programme pastoral.

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Paru le 18 janvier 2018

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