"Le souci majeur du pape est l’évangélisation"

agrandir Le pape François avec les cardinaux et les évêques, le 5 octobre 2015. Il n’y aura pas de compte-rendu intermédiaire pour cette seconde session, dont le rapport final sera présenté le 22 octobre, amendé, puis voté le 24 octobre.
Le pape François avec les cardinaux et les évêques, le 5 octobre 2015. Il n’y aura pas de compte-rendu intermédiaire pour cette seconde session, dont le rapport final sera présenté le 22 octobre, amendé, puis voté le 24 octobre. © Max Rossi / Reuters
Le pape François avec les cardinaux et les évêques, le 5 octobre 2015. Il n’y aura pas de compte-rendu intermédiaire pour cette seconde session, dont le rapport final sera présenté le 22 octobre, amendé, puis voté le 24 octobre.
Le pape François avec les cardinaux et les évêques, le 5 octobre 2015. Il n’y aura pas de compte-rendu intermédiaire pour cette seconde session, dont le rapport final sera présenté le 22 octobre, amendé, puis voté le 24 octobre. © Max Rossi / Reuters

À propos de l'article

  • Créé le 06/10/2015
  • Publié par :Monique Baujard
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6932, du 8 octobre 2015

Pèlerin. Le thème de ce second synode semble sans aspérités : « La vocation et la mission de la famille dans l’Église et dans le monde contemporain. » Les débats s’annoncent cependant plutôt vifs…
Monique Baujard. En axant le synode sur la famille, le pape a fait un choix risqué mais conscient. Il sait pertinemment qu’aujourd’hui, l’enseignement  de l’Église sur ce sujet cristallise
les incompréhensions.

De plus en plus de fidèles n’arrivent plus à faire le lien entre leur foi et leur vie familiale. Ils prennent des « petits bouts » de l’enseignement de l’Église et, pour le reste, ils se débrouillent. Comment, dans ces conditions, leur demander d’annoncer l’Évangile ?
Le souci majeur du pape est là : non pas changer la doctrine mais lever les incompréhensions
pour permettre l’évangélisation.

C’est pourtant ce qu’attendent de nombreux fidèles : une évolution de la doctrine, notamment en faveur des divorcés remariés.
M. B. Premier point à ne pas perdre de vue : un synode ne décide rien ! Il fait des recommandations au pape, qui les suit – ou pas – dans son exhortation post-synodale.

Deuxièmement, il s’agit de distinguer les enjeux. L’accès aux sacrements, c’est une question de discipline, de droit, qui peut toujours évoluer. L’indissolubilité du mariage est un enjeu doctrinal.

Et le pape, de toute évidence, n’a pas l’intention de la remettre en cause. Enfin, n’oublions pas que le synode n’est pas consacré au mariage mais à la famille, une question infiniment plus large que celle du seul mariage religieux.

Le pape a incité les évêques à se parler franchement, en se faisant le garant de leur communion. Débat et communion sont-ils vraiment compatibles ?
M. B. Oui, mais cela demande un effort. Les évêques, c’est vrai, freinent souvent leur libre expression. Pour comprendre cette réserve, il faut se rappeler qu’il n’existe pas de hiérarchie entre eux : chacun dans son diocèse est seul maître à bord après Dieu.

Comment, dès lors, garantir l’appartenance à la même Église, si les divisions l’emportent ? Comment ne pas briser la communion avec le pape, successeur de Pierre ? L’Église n’est ni une démocratie, ni un bloc monolithique, mais une institution où cohabitent différentes sensibilités. Cette tension est forcément inconfortable.

Une assemblée d’évêques, c’est, écrivez-vous, un groupe d’hommes « tous pairs, tous patrons, tous célibataires ». Tout cela manque un peu de parité, non ?
M. B. Le synode a invité des femmes et des couples parmi les auditeurs. Mais ne tournons pas autour du pot : une assemblée synodale exclusivement masculine, ce n’est pas idéal. Auprès de jeunes générations, ce déséquilibre ne passe plus : il est impensable à leurs yeux qu’un message ne soit porté que par des hommes. Faisons le pari que l’Esprit saint…

Qui n’est ni homme ni femme…
M. B. ... oui – tout comme Dieu, d’ailleurs ! – inspirera un jour aux évêques des évolutions.

Les catholiques, observez-vous, ne retiennent parfois de l’enseignement de l’Église « que ce qui leur convient le mieux ». Entre une foi à la carte et l’obéissance muette, voyez-vous une troisième voie ?
M. B. Le synode, je l’espère, donnera des pistes de travail pour favoriser le discernement de chacun : celui des évêques, si les décisions pastorales sont davantage décentralisées, comme celui des laïcs. Mais dire : « Je décide en conscience » ne suffit pas. La conscience doit être travaillée en Église. Je considère que ce synode, qui a mis en marche une nouvelle dynamique ecclésiale, porte déjà des fruits positifs.

La vérité délivrée de haut en bas « en petits paquets bien ficelés », selon votre expression, c’est donc fini ?
M. B. Aujourd’hui, avec Internet, il y a un partage immédiat et gratuit des connaissances, une collaboration horizontale. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Église n’en est pas là ! Certains clercs hésitent encore à traiter les fidèles en adultes, de peur de les « perturber ». Pourtant, le synode montre que les catholiques sont demandeurs de discussion en Église.

Tous comprennent, par exemple, que l’Église ne soit pas favorable au divorce. Ce qui leur paraît incompréhensible, c’est que le remariage – plus exactement, la relation sexuelle dans un second mariage (des divorcés remariés qui s’engagent à vivre « comme frère et sœur » peuvent, sous certaines conditions, accéder à nouveau aux sacrements) – soit le seul péché impardonnable. Un prêtre qui quitte son ministère peut communier.

Même un meurtrier a accès au pardon… La vie de grands saints comme Augustin ou François d’Assise le montre : c’est dans les blessures de la vie que la foi se creuse.

Pourquoi les divorcés, dont la foi a traversé la souffrance de l’échec, n’auraient-ils rien à nous apprendre ? La Bible nous raconte des histoires familiales emplies de violences et de trahisons.

Et pourtant, Dieu nous rejoint dans ce chaos humain. Comment la famille, si imparfaite, devient-elle avec l’aide de Dieu un lieu d’humanisation ? Ce sont là de vraies questions, que la théologie travaille et interroge.

Vous vous êtes formée en théologie. Les théologiens sont-ils de réels auxiliaires de ce synode ?
M. B. À certaines époques, l’Église se contentait de les inviter à expliciter la parole du magistère. Non seulement ce synode a sollicité la réflexion des théologiens, mais il a permis aux différentes écoles de s’exprimer. C’est un signal encourageant. Comme toute discipline universitaire, la théologie a besoin d’explorer des champs nouveaux, quitte à se tromper.

Le synode fera sans doute des déçus. Que leur répondre ?
M. B. L’Église se dit « Mater et Magistra », mère et éducatrice. On est souvent très critique à l’égard de sa mère, surtout quand il s’agit d’une mère anxieuse qui a du mal à voir grandir ses enfants ! Pourtant, cette vieille dame de 2000 ans continue d’évoluer.

Ne lui demandons pas l’impossible, mais regardons ces changements avec optimisme,
dans la prière. Car nous sommes responsables de son visage auprès de nos contemporains. À nous d’écouter leurs doutes à la manière du Christ auprès des compagnons d’Emmaüs, en marchant à leurs côtés, encore et encore.

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Paru le 19 avril 2018

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