Les catholiques français s'interrogent sur Amoris laetitia

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© Martin Vidberg
Les catholiques français s'interrogent sur Amoris laetitia
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Deux ans de synode des évêques sur la famille, une exhortation du pape François, et après ? Depuis la parution d’Amoris laetitia, le 8 avril, les catholiques français se posent des questions sur ce document déroutant.

À propos de l'article

  • Publié par :Mikael Corre
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    6966 du 2 juin 2016

Gestes de tendresse ». « Patience ». « Pédagogie des petits pas ».

Sous les arcades de briques ocre de la cathédrale Notre-Dame de Grenoble (Isère), mercredi 27 avril, quelque 200 personnes participent à une conférence-débat sur Amoris laetitia (La joie de l’amour), l’exhortation apostolique du pape François.

« Ce qui me frappe, c’est le changement de vocabulaire, développe Bertrand Dumast, directeur du centre de théologie de Meylan. Le pape parle des situations “jugées irrégulières” (par exemple, les divorcés remariés) en termes de situations “complexes” ou de “fragilités”. Ce n’est pas rien. »

Devant un public très attentif, le théologien décrypte le chapitre huit, intitulé « Accompagner, discerner et intégrer la fragilité. »

« C’est un peu la patate chaude du document, s’amuse Bertrand Dumast. Le thème : comment l’Église se positionne-t-elle face aux gens blessés ? » Elle les accueillera en tenant compte de « l’innombrable diversité des situations concrètes », répond le pape François au paragraphe 300 de ce même chapitre, avant d’ajouter : On ne devait pas attendre du synode ou de cette exhortation une nouvelle législation générale du genre canonique, applicable à tous les cas. Il faut simplement un nouvel encouragement au discernement. »

Pour Bernard Bruley, divorcé remarié depuis douze ans, il s’agit d’ « une véritable révolution ». Le pape François prévoit en effet, dans une note de bas de page*, que les divorcés remariés puissent, « dans certains cas, recevoir l’aide des sacrements ». Le pape rappelle aux prêtres, dans cette même note, que « le confessionnal ne doit pas être une salle de torture », et que l’Eucharistie « n’est pas un prix destiné aux parfaits ».

« Peu de personnes viennent à nos réunions de divorcés remariés. Ils se disent ”à quoi bon, puisque la porte de l’Église est close”, reprend Bernard Bruley, animateur depuis 2008. À nous de montrer qu’elle vient de s’ouvrir ! J’ai envie de crier : Venez, maintenant tout est possible ! » « Attention, tout n’est pas possible, réagit Marie-Jo Verlucco, responsable de la pastorale familiale du diocèse, qui a reçu cette exhortation avec joie. Le pape ne remet pas en question l’idéal chrétien du mariage. »

Entre ouverture et fermeture systématique, François a pris grand soin de ne pas trancher.

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À Grenoble, la latitude du texte suscite de nombreuses interrogations : N’y a-t-il pas un risque que les gens manipulent le discernement pour faire ce qu’ils veulent ? Les prêtres seront-ils formés pour nous accompagner ? Je suis divorcé remarié, du coup, maintenant, quelle est la démarche ?

« Trouvez quelqu’un avec qui parler », répond Mgr Guy de Kerimel, évêque de Grenoble et Vienne, qui expérimente depuis 2012, dans son diocèse, un accompagnement personnalisé des divorcés remariés. « Les prêtres sont certes débordés, mais ils doivent néanmoins retrouver du temps pour écouter les gens qui ne vont pas bien, précise-t-il à Pèlerin.

La ”pastorale de la prestation” doit cesser : on nous demande le baptême, nous baptisons. On nous demande le mariage, nous marions. Le pape François nous dit que les normes ne suffisent pas. Nous devons prendre du temps pour le soin des âmes. »

L’art de poser les questions et ne pas trop exiger

Comment doit se dérouler cet éclairage des consciences ? « La qualité de l’accompagnateur réside dans les questions qu’il pose », témoigne le P. Christophe Rosier, prêtre à La Tour-du-Pin, l’une des quarante-six paroisses du diocèse.

Reprenant le travail des évêques allemands lors de la dernière assemblée du synode en octobre 2015, le pape François donne des exemples (Amoris laetitia § 300) : « Les divorcés remariés devraient se demander comment ils se sont comportés envers leurs enfants quand l’union conjugale est entrée en crise, s’il y a eu des tentatives de réconciliation, quelle est la situation du partenaire abandonné, quelles conséquences a la nouvelle relation sur le reste de la famille et sur la communauté des fidèles, quel exemple elle offre aux jeunes qui doivent se préparer au mariage. »

« Avant, nous avions tendance à partir de l’idéal du mariage, ce qui peut être blessant, reprend le P. Christophe Rosier. Le pape François écrit : “En exigeant trop, on n’obtient rien.” C’est la phrase qui m’a vraiment marqué dans son texte. Elle est l’une des clés de lecture de toute l’exhortation. »

La conférence-débat est terminée.

« Ça me plaît que le pape François laisse chacun faire ses propres choix, dans la prière », commente un participant en décrochant son vélo des grilles de la cathédrale. « J’ai peur que cette histoire de discernement ne fragilise l’Église, juge une autre paroissienne. Certains évêques classiques ne vont rien changer, quand d’autres vont donner la communion aux divorcés remariés. »

Les débats ouverts par les deux ans de synode ne sont pas clos.

« L’absence de règle claire peut être déroutante, convient le théologien Hendro Munsterman, mais je crois que le pape François aime que ce soit un peu le bazar. Cela nous oblige à réfléchir, à être intelligents. Les catholiques ne peuvent plus se contenter d’attendre des directives de Rome. »

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

conscience

J.P.Dalibot 08/06/2016 à 13:53

Avec le Pape François l'on va peut-être aller à l'Evangile. Je pense à ce passage : "L'heure vient où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité.... . Jean 4,23. Il est urgent de faire la distinction entre les religions et ... lire la suite

Paru le 13 janvier 2016

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