Un synode « pastoral » peut-il changer l’Église ?

agrandir « Il faut commencer par rappeler que pastoral et doctrinal ne sont pas séparés», explique le dominicain Serge-Thomas Bonino.
© ANDREAS SOLARO / AFP
« Il faut commencer par rappeler que pastoral et doctrinal ne sont pas séparés», explique le dominicain Serge-Thomas Bonino.
© ANDREAS SOLARO / AFP

Ce n’est « pas tant un synode doctrinal qu’un synode pastoral » a déclaré Mgr Bruno Forte, rapporteur spécial du Synode sur la famille, en conférence de presse le 5 octobre.  Est-ce une manière de dire que rien ne changera ? Décryptage de trois idées reçues.

À propos de l'article

  • Créé le 08/10/2015
  • Publié par :Mikael Corre
  • Édité par :Aude Loyer-Hascoët

  1/« Le pastoral, c'est moins important que le doctrinal »

La doctrine, ce sont les vérités de la foi catholique. La pastorale, la manière dont elles doivent être vécues par les chrétiens. « Il faut commencer par rappeler que pastoral et doctrinal ne sont pas séparés, explique le dominicain Serge-Thomas Bonino, secrétaire de la Commission théologique internationale. Il y a une interaction entre les deux : non seulement la pastorale doit s'inspirer de la doctrine, mais elle peut l’affiner.»

Elle ne change pas la doctrine, mais elle aide à percevoir ce qui, en elle, est essentiel et ce qui est secondaire.

C'est ce qui s'est passé lorsque l’Église a levé sa condamnation du prêt avec intérêt (1830). Il serait donc faux de résumer la pastorale à une banale mise en pratique de la doctrine, en fonction des époques ou des cultures.

« Avec la pastorale - et c'est ce que l'on oublie souvent – on touche le cœur même de l’Église, explique Alberto Melloni, historien de l’Église et secrétaire de la Fondation Jean XXIII pour les sciences religieuses de Bologne. La pastorale sert de cadre à l’Église ». Davantage que la doctrine, elle est la raison d'être de l'institution (et celle des synodes et conciles) parce qu'elle organise la manière dont les chrétiens vivent leur foi.

 2/ Un Synode « pastoral », ça veut dire que rien ne changera 

« Si vous attendez un changement spectaculaire de la doctrine, vous allez être déçus ! » Le 5 octobre, le cardinal français André Vingt-trois, président délégué de l’assemblée synodale, s'est montré on ne peut plus clair devant la presse.

Le lendemain, le pape François rappelait encore que

 la doctrine catholique sur le mariage n'est pas remise en question durant ce Synode

Mais dans ce cas, quel est le sens de ce Synode ? Pourquoi réunir, à un an d'intervalle, autant de cardinaux, évêques et experts, faire couler tant d'encre, avoir tant de débats, si – dès le départ – on ne peut pas « toucher à la doctrine » ?

Il se pourrait pourtant que les choses soient moins tranchées : lorsque, par exemple, le concile Latran IV (1215) fixe comme règle aux chrétiens de communier et de se confesser une fois par an, cela bouleverse davantage leur rapport à ces deux sacrements que les changements de doctrine*. Peut-être en sera-t-il de même, lors de Synode, pour le mariage ? Sans remettre en cause la doctrine (l'indissolubilité, l'unité, la fidélité, la procréation) des décisions pastorales (sur les conditions de célébration du mariage, la nécessité d'une préparation plus longue...) pourraient bien bouleverser durablement le mariage chrétien.

Le fait que les pères synodaux abordent cette question du point de vue pastoral rend donc, d’une certaine manière,  la discussion plus simple.

Ce n'est pas seulement de la stratégie, mais le choix le plus efficace pour discuter des thématiques de notre temps

assure l'historien et philosophe Riccardo Saccenti, spécialiste de l’Église médiévale.

En revanche, « si les pères synodaux placent la discussion du point de vue doctrinal, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (chargée de « protéger la doctrine ») dira que le mariage est établi et intouchable », ajoute l’historien.  

3/ Le Concile Vatican II n'a été que « pastoral »

Dès l'ouverture de Vatican II, le pape Jean XXIII précise que le Concile ne devra pas discuter de la doctrine, mais dire dans quelle mesure celle-ci s'inscrit dans notre temps. C'est une nouveauté : jusque là, tous les conciles étaient doctrinaux (le terme de pastorale en tant que tel n'est d'ailleurs apparu qu'au Moyen-Âge, au moment de la Réforme grégorienne).

Vatican II est donc le premier Concile dit « pastoral ». Est-ce pour autant qu'il n'a rien changé sur le fond ? Qu'il s'est résumé, comme le pensent encore les Lefebvristes (qui quittèrent l’Église en 1988), à une expression des pensées de l'époque ?

Le Concile Vatican II a induit des changements considérables, y compris sur des sujets qui débordent d'une définition étriquée de la pastorale, comme la collégialité, la liberté religieuse (les papes au XIXe siècle ne la reconnaissait pas!) ou encore le dialogue interreligieux. L’histoire de l’Église  est une invitation à ne pas sous-estimer le changements qui pourraient découler de ce Synode » pastoral » sur la famille.

*Le concile Latran IV a, par ailleurs, élaboré des évolutions doctrinales majeures, notamment sur la transsubtantiation.

                   

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Pendant toute la durée du Synode sur la famille (du 4 au 25 octobre 2015), Mikael Corre et Gwénola de Coutard, nos deux envoyés spéciaux, vont à la rencontre des familles, des pèlerins, des différentes personnes présentes sur la place Saint-Pierre  lors de cet événement.


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Paru le 5 avril 2018

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