Les évêques à l’épreuve de l’unité

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Les évêques et les cardinaux, réunis à Rome pour le synode consacré à la famille, ont jusqu’au 25 octobre pour remettre au pape leur texte final. © M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC
Les évêques et les cardinaux, réunis  à Rome pour le synode consacré à la  famille, ont jusqu’au 25 octobre pour  remettre au pape leur texte final.
Les évêques et les cardinaux, réunis à Rome pour le synode consacré à la famille, ont jusqu’au 25 octobre pour remettre au pape leur texte final. © M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC

À mi-chemin de leurs travaux, les 270 pères synodaux réunis au Vatican ont jusqu’au 25 octobre pour vivre, au-delà de leurs différences idéologiques et culturelles, une expérience de collégialité.

À propos de l'article

  • Créé le 13/10/2015
  • Publié par :Mikael Corre
  • Édité par :Aude Loyer-Hascoët
  • Publié dans Pèlerin
    6933 du jeudi 15 octobre 2015

Il n’est pas encore neuf heures. Les bottes de deux gardes suisses claquent au passage d’un évêque à la longue soutane noire, calotte et ceinture violettes.

À deux pas de la basilique Saint-Pierre, dans le hall lambrissé de la salle Paul-VI, quelques cardinaux, évêques et experts discutent autour d’un café en attendant l’ouverture de l’assemblée plénière.

Entre eux, pas de hiérarchie apparente, si ce n’est pour passer au détecteur de métaux :

 Je ne sais pas pourquoi seuls ceux qui ne portent pas de calotte sont fouillés 

→ s’amuse un évêque qui participe à son premier synode.

« Hier, reprend un autre, j’ai rencontré le cardinal Reinhard Marx (président de la Conférence épiscopale allemande, l’un des cardinaux les plus influents de l’Église, NDLR). Il m’a parlé d’égal à égal ! Ici, personne ne vous regarde de haut. C’est ça la collégialité épiscopale (1) ».

Un pape très accessible

D’ailleurs, dans le hall, le pape François est déjà là. Il n’a pas même le temps de prendre une boisson chaude lors de ces temps informels, tant il discute, de manière très libre, avec les participants au synode.

Tous peuvent l’aborder, quel que soit leur titre ou la couleur de leur calotte (rouge pour les cardinaux, violette pour les évêques). Impensable du temps de ses prédécesseurs ! Il arrive même au pape d’être parmi les derniers à regagner la salle du synode, empruntant les escaliers avec des retardataires parfois étonnés.

Il rejoint alors sans cérémonie aucune sa place au centre de l’estrade. Si l’ambiance est, selon plusieurs observateurs, « plus détendue que l’année dernière » (lors de la première assemblée du synode), cependant les oppositions demeurent.

Un évêque, estimant que des ouvertures pastorales risquaient d’ébranler la doctrine sur l’indissolubilité du mariage, a déclaré samedi 10 octobre que « la fumée de Satan est entrée au synode l’année dernière ». Un autre lui aurait répondu que « le danger n’est pas la discussion ouverte, mais de créer des partis ou des clans ».

Difficile parfois de trouver un discours commun

Le refus de toute ouverture, le plus souvent venu d’évêques d’Afrique et d’Europe de l’Est, reste toutefois très marginal. Les pères synodaux, très libres dans leur ton, ont assez largement mis l’accent sur la miséricorde.

Par ailleurs des cardinaux, dans une lettre privée adressée au pape le lundi 4 octobre, n’ont pas hésité à très vivement critiquer la méthode du synode, qu'ils jugent trop directive. Ils regrettent notamment que les membres de la commission chargés de synthétiser les travaux du Synode aient été nommés par le pape et non élus par l’assemblée.

Le lendemain de la réception de ce courrier, le pape aurait demandé à l'assemblée du Synode, selon l'un des participants, de ne pas céder à la "théorie du complot" (2). La révélation, lundi 12 octobre, de l'existence de cette lettre - dont ni les signataires ni le contenu n'ont été confirmés par le Saint-Siège - a « perturbé » les pères synodaux, selon l'un des participants. Mais elle n'aurait eu

aucun impact sur leur travail

dans les treize groupes linguistiques (3), dans lesquels « aucune trace de ces tensions » n'a été observée.

Dans ces derniers, les débats ont été en revanche freinés par des différences culturelles (beaucoup de temps a été consacré à se mettre d’accord sur des mots).

Difficile en effet de faire la synthèse entre l’intervention d’un évêque américain sur l’accueil des couples homosexuels, celle d’un Irakien sur les familles séparées par la guerre, d’un Indien sur les couples mixtes hindou/chrétien, ou encore d’un Nigérian sur la polygamie…

De nombreux évêques africains ont d’ailleurs critiqué le point de vue trop « occidental » de l’Instrumentum laboris, le document de travail du synode, qui brosse à gros traits la situation actuelle de la famille.

Quelques pères synodaux ont demandé la décentralisation de certaines questions (comme la polygamie), renvoyant la responsabilité de les trancher aux conférences épiscopales nationales.

« Mais est-ce catholique de faire quelque chose ici et autre chose là-bas ? se demande Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille. Nous ne pouvons nous éloigner ni de l’unité catholique, ni de nos peuples. Entre les deux, nous sommes engagés dans un exercice de haute voltige », juge l’évêque français.

 Un synode « très “jésuite’’ »

Attablé dans un restaurant romain, la calotte recouverte d’un chapeau canadien, Mgr Paul-André Durocher, archevêque de Gatineau (Canada), se souvient des mots du pape François au début des débats : « Je voudrais rappeler que le synode n’est pas un congrès, un parloir, ni un parlement ou un sénat. »

 « L’Église en prière cherche à discerner, de manière communautaire, l’Esprit de Dieu, reprend Mgr Durocher. On voit que l’on est dans un synode très “jésuite’’. »

Ce que confirme Étienne Grieu, jésuite et théologien au Centre Sèvres, à Paris : « Dans la Compagnie de Jésus (la congrégation des Jésuites, à laquelle appartient le pape) le discernement est fondamental.

Il s’agit d’écouter ce que l’Esprit saint dit en nous et à travers les autres.

C’est une très vieille manière de discuter dans l’Église, qu’utilisaient déjà les apôtres. Par exemple, dans les monastères, il est de tradition de laisser parler les plus jeunes, et pas simplement les experts, les plus âgés. Si on croit en l’Esprit saint, on ne peut pas tenir compte que des leaders. »

Seul le pape décidera de l’exhortation apostolique

Sur le parvis de la salle Paul-VI, deux auditeurs s’enthousiasment de la « qualité des échanges ».

« Tout le monde a la parole », témoigne Christian Mignonat, accompagnateur, avec sa femme, de couples divorcés remariés. « Ces discussions entre les évêques sont importantes en elles-mêmes, ajoute Nathalie Mignonat. Le but de ce synode n’est pas simplement de livrer un texte final. »

Les pères synodaux remettront a priori au pape François un document final, mais lui seul décidera de publier –ou non – une exhortation apostolique. C’est ce qu’a rappelé vendredi 9 octobre devant la presse le cardinal Luis-Antonio Tagle, archevêque philippin réputé proche du pape François.

Près d’une colonne de la place Saint-Pierre, à la pause de midi, Mgr Antonio Arregui Yarza, archevêque de Guayaquil (Équateur) en est à son troisième synode.

« Lors de celui sur la nouvelle évangélisation (en octobre 2012), j’ai découvert l’existence en Italie de la banque alimentaire. À mon retour, j’ai instauré cette œuvre sociale dans mon diocèse », se souvient cet archevêque de 73 ans. Une invitation à rester humble quant aux fruits, peut-être invisibles ou inattendus, de la collégialité.


(1) La collégialité, une responsabilité partagée : Chaque évêque a, dans son diocèse, l’entière responsabilité de son église locale. Mais c’est l’ensemble des évêques (ou « collège épiscopal ») qui partage, en communion avec le pape, la charge de l’église universelle. Cette responsabilité collégiale s’exerce notamment lors des conciles et des synodes.  

(2) ) L'expression exacte employée par le pape François serait « herméneutique conspirationniste » (ce qui signifie « interprétation complotiste »).

(3) La plupart des débats se tiennent, cette année, dans treize groupes réunissant une vingtaine de participants d’une même langue.

                                                                

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Pendant toute la durée du Synode sur la famille (du 4 au 25 octobre 2015), Mikael Corre et Gwénola de Coutard, nos deux envoyés spéciaux, vont à la rencontre des familles, des pèlerins, des différentes personnes présentes sur la place Saint-Pierre

               

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Paru le 19 juillet 2018

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