Le synode en 7 mots-clés

agrandir Les membres des familles invitées au synode posent au Vatican, le 15 octobre, avec le pape François.
Les membres des familles invitées au synode posent au Vatican, le 15 octobre, avec le pape François. © Evandro Inetti/Zuma/REA
Les membres des familles invitées au synode posent au Vatican, le 15 octobre, avec le pape François.
Les membres des familles invitées au synode posent au Vatican, le 15 octobre, avec le pape François. © Evandro Inetti/Zuma/REA

Voilà deux semaines et demie que les évêques réunis à Rome débattent sur la famille. Samedi, ils voteront un rapport final destiné au pape.

Pèlerin décrypte pour vous quelques termes clés de leurs réflexions.

À propos de l'article

  • Créé le 23/10/2015
  • Publié par :Gwénola de Coutard avec Mikaël Corre
  • Édité par :Aude Loyer-Hascoët
  • Publié dans Pèlerin
    6934 du 22 octobre 2015

Accompagnement

« C’est notre préoccupation numéro 1 », confie Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, qui est intervenu sur la préparation au mariage. Afin que celle-ci ne se résume pas à un simple « enseignement », il propose qu’elle devienne une véritable démarche « catéchuménale », qui offre « une expérience de la présence de Jésus et de la vie de l’Église ».

Il remarque aussi que les pères synodaux préfèrent désormais utiliser le terme de « pédagogie divine » plutôt que celui de « gradualité » (le fait de progresser par étapes, N.D.L.R.), fréquemment évoqué lors du synode de l’an dernier.

« Cette expression est moins abstraite, et montre que l’initiative vient de Dieu : c’est lui qui attire l’homme à lui par étapes. C’est plus juste du point de vue de notre foi », considère-t-il.

Du côté des évêques germanophones, on rappelle que la doctrine catholique du mariage a mis plusieurs siècles à s’élaborer.

À l’échelle des couples – dont ceux vivant ensemble hors mariage –, ce temps de maturation est également nécessaire, soulignent-ils. « La pastorale de l’Église ne doit pas agir selon le principe du tout ou rien », mais permettre, recommandent-ils, de progresser par étapes vers le mariage sacramentel.

Doctrine & pastorale

La doctrine, ce sont les vérités de la foi catholique. La pastorale, la manière dont elles doivent être vécues par les chrétiens. Deux notions qui, depuis le début de ce synode, n’ont cessé d’alimenter les conversations entre évêques.

Ce n’est « pas tant un synode doctrinal qu’un synode pastoral », affirmait ainsi Mgr Bruno Forte, rapporteur spécial du synode, le 5 octobre.

Mais peuvent-elles vraiment être opposées ? Un synode « pastoral » est-il supposé ne rien changer à la doctrine ? Pas si simple… « Pastorale et doctrine ne sont pas séparées, réagit le dominicain Serge-Thomas Bonino, secrétaire général de la Commission théologique internationale. Il y a une interaction entre les deux : non seulement la pastorale doit s’inspirer de la doctrine, mais elle peut aider à percevoir ce qui, en elle, est essentiel et ce qui est secondaire. »

Il serait donc faux de résumer la pastorale à une banale mise en pratique de la doctrine en fonction des époques ou des cultures.

Vérité & miséricorde

« La miséricorde est, dans l’Écriture, le mot-clé pour indiquer l’agir de Dieu envers nous. Son amour n’est pas seulement affirmé, mais il est rendu visible et tangible », écrit le pape François dans le « texte programme » de l’Année de la miséricorde, qui débutera le 8 décembre prochain.

Comme en miroir du débat sur doctrine et pastorale, l’articulation entre les notions de miséricorde et de « vérité » a été ardemment discutée par les évêques.

Y aurait-il une vérité à défendre du côté de la doctrine, et une miséricorde à prôner dans la pastorale ? Là encore, les choses sont plus subtiles. « J’ai l’impression qu’on a avancé », estime Mgr Heiner Koch, archevêque de Berlin et rapporteur du groupe germanophone, dont l’intervention en assemblée plénière, le 14 octobre, a fait forte impression.

« La miséricorde n’est pas un mot parmi d’autres pour définir Dieu, c’est un terme fondamental. C’est parce qu’il est miséricordieux que Dieu veut sauver l’homme. Opposer la miséricorde à la vérité est une erreur : en Dieu, elles ne font plus qu’un. Pour nous, chrétiens, la vérité est une personne, c’est Jésus-Christ. »

Il a dit : je suis le chemin, la vérité et la vie. La vérité est miséricorde, et la miséricorde est vérité

→ martèle-t-il.

Tradition

Finalement, ces discussions passionnées entre pères synodaux sont révélatrices de leur vision de la « tradition » de l’Église.

Un terme, souligne Hendro Munsterman, théologien de l’université catholique de Lyon, qui comporte une « tension évidente » entre la fidélité à la Révélation et sa nécessaire actualisation.

« La tradition n’est pas un bloc statique, poursuit-il, car il y a une histoire du développement du dogme. Tout nous a été donné en la personne de Jésus, mais notre compréhension en est toujours provisoire », explique-t-il.

Il utilise l’image d’un arbre qui ne cesserait de croître :

Tout est contenu dans la graine, et pourtant, selon la nature du terrain ou les conditions climatiques, les feuilles vont prendre une coloration ou une forme particulière.

Décentralisation

Le synode (en grec, « marcher ensemble ») est une forme récente de concertation entre évêques dans l’histoire de l’Église catholique, puisqu’elle n’existe que depuis cinquante ans.

En commémorant cette création, samedi 17 octobre, François a rappelé son désir d’une plus grande décentralisation, car « il n’est pas opportun que le pape remplace les épiscopats locaux dans le discernement de toutes les problématiques qui se présentent sur leurs territoires ».

Cette idée suscite des interrogations parmi les évêques. « Le principe en soi est très bon, mais cela dépend des matières », résume Mgr Nicolas Djomo Lola, évêque de Tshumbe, en République démocratique du Congo.

Car la problématique de l’accès aux sacrements pour les divorcés remariés continue d’être le nœud de ce synode.

Un certain nombre d’évêques africains, d’Europe de l’Est ou d’Amérique du Nord craignent que des disparités entre conférences épiscopales sur ce sujet n’affaiblissent le principe de l’indissolubilité du mariage, et ne rendent la doctrine de l’Église illisible pour les fidèles.

« L’indissolubilité du mariage relève très clairement de la doctrine, et reste donc intouchable, comme le pape l’a rappelé au début du synode, analyse le théologien Hendro Munsterman. L’enjeu majeur sera de déterminer de quel domaine relève l’interdiction faite aux divorcés remariés de recevoir les sacrements. De la doctrine ou seulement de la discipline de l’Église ? Dans le second cas, il peut être envisagé de la confier au discernement de l’évêque diocésain. » 

Bannière synode

► À lire également les portraits réalisés par nos envoyés spéciaux dans notre dossier En direct de la place Saint-Pierre de Rome.

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 21 juin 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières