P. Timothy Radcliffe : "Faisons confiance à la créativité des baptisés"

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Le P. Timothy Radcliffe sillonne la planète plus de six mois par an. © Tom Weller / Ciric
Le P. Timothy Radcliffe sillonne la planète plus de six mois par an.
Le P. Timothy Radcliffe sillonne la planète plus de six mois par an. © Tom Weller / Ciric

Ancien Maître général de l’ordre des Dominicains, le P. Radcliffe est un observateur attentif des évolutions du monde catholique. Il se dit confiant dans la capacité de l’Église à se réformer.

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À propos de l'article

  • Créé le 24/02/2015
  • Publié par :Marie-Yvonne Buss
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6900, du 26 février 2015

Pèlerin. La première session du Synode sur la famille, en octobre 2014, a été l’occasion de vifs débats. Qu’attendez-vous de ce second rendez-vous ?
Timothy Radcliffe. Les débats furent vigoureux, mais c’était le souhait du pape François. Il a la conviction profonde que le développement de l’Église demande du temps. Dans son discours de clôture, il a rappelé aux participants que le mot « synode » signifie « marcher ensemble », et qu’il s’agissait d’un « chemin de solidarité ». Le voyage continue !

                          

L’Église peut-elle se faire « bonne nouvelle » pour les familles, y compris celles qui sont « en dehors du campement », selon l’expression du pape ? (Homélie de clôture du Consistoire, 15 février 2015.)
T.R. C’est déjà ce qui est en train d’arriver. Le pape François a clairement signifié que l’Église était une maison dont les portes étaient ouvertes. Chacun est le bienvenu. Les gens peuvent reprendre leur voyage vers Dieu depuis l’endroit où ils sont, et non depuis celui où ils devraient être !


La question d’un éventuel accès des divorcés remariés à l’Eucharistie semble correspondre à une attente forte des fidèles, mais aussi de nombreux pasteurs. Cette évolution vous paraît-elle prioritaire ?
T. R. Elle me semble importante. Le mariage ne bénéficie plus aujourd’hui du soutien social qui existait du temps de nos parents. Il est nécessaire que l’Église soutienne l’engagement de toute une vie en aidant les couples à traverser les moments de crise. En même temps, des personnes de bonne volonté voient leur mariage s’effondrer. Nous devons leur permettre d’être membres à part entière de l’Église, et ne les laisser sur le bord en aucune façon. Tout le défi est de combiner l’idéal et le réalisme.


On oppose souvent la doctrine et la pastorale. Peut-on vraiment séparer les deux démarches ?
T. R. Saint Jean dit que la parole de Dieu est « pleine de grâce et de vérité ». La vérité est toujours pleine de grâce et la grâce toujours pleine de vérité. Si notre doctrine n’est pas pastorale, alors elle n’est pas chrétienne. Et si notre pastorale n’est pas conforme à notre doctrine, alors elle n’est pas vraiment pastorale.


La responsabilité des laïcs dans la gouvernance de l’Église reste très limitée. Vous-même réclamez de longue date des réformes de cette gouvernance. N’avez-vous pas le sentiment de prêcher dans le désert ?
T. R. Non, je ne le pense pas. Si vous obligez un arbre à pousser trop vite, vous l’affaiblissez. Le pape François a déjà engagé une réforme de l’Église d’une ampleur considérable : transparence nouvelle au sein de la banque du Vatican, simplification des structures de la curie, participation accrue des laïcs, et des femmes en particulier.


Il y a un long chemin à parcourir, mais nous sommes sur la route. Nous pouvons avoir confiance. L’esprit est au travail !


L’Esprit saint inspire aussi bien le peuple des fidèles, à travers son « sens de la foi » (sensus fidei), que le Magistère. Mais lorsque s’expriment des divergences récurrentes, où souffle-t-il donc ?
T. R. L’Esprit saint, qui est l’amour du Père et du Fils l’un pour l’autre, est toujours un Esprit d’unité. Par conséquent, il ne peut être seulement aux côtés du Magistère, ou seulement avec le peuple de Dieu. Parfois, le peuple de Dieu est en avance et invite le Magistère à le rattraper. Parfois, nous pouvons être séduits par ce que le monde pense, et le Magistère doit alors ramener l’Église à l’Évangile.


Le pape François a souligné qu’il fallait avoir, dans l’Église, « la liberté de penser différemment et de le manifester (Discours aux fraternités charismatiques internationales, 31 octobre 2014) ». Vous approuvez ?
T. R. J’applaudis des deux mains ! La société occidentale a peur de la différence. Nous devons non seulement accepter la différence mais nous engager auprès des personnes différentes de nous. Si je suis d’accord avec vous sur tout, alors vous n’avez rien à m’apprendre. Quel ennui !


Justement, avons-nous une culture suffisante du débat dans l’Église ? Vous avez dit un jour que la « spécialité maison » de la famille dominicaine devait être le désaccord (La Croix, 28 juin 2002). Devrions-nous en prendre de la graine ?
T. R. L’unité de l’ordre dominicain n’est pas de nature idéologique. Nous ne partageons pas les mêmes opinions politiques ou théologiques, et c’est merveilleux. Pour demeurer unis, il nous faut prier ensemble, apprendre les uns les autres, parfois douloureusement, et ne pas trop nous prendre au sérieux. Voici la joie et le défi de la vie communautaire. C’est nécessaire dans notre Église, qui est souvent divisée.


Les Synodes permettent aux baptisés d’exercer leur responsabilité. Néanmoins, l’Église n’est pas une démocratie directe ! à trop attendre de réformes, ne risque-t-on pas d’être déçu ?
T. R. Quand l’Église cherche à comprendre « l’esprit du Christ », elle n’oppose pas le neuf et l’ancien. Elle écoute le peuple de Dieu aujourd’hui, mais aussi les Écritures, les évangélistes, les grands théologiens du passé, Augustin, Thomas d’Aquin, Thérèse d’Avila… Tous sont membres de notre Église, et leurs voix doivent être entendues !


Notre Église est plus vaste que la communauté de ceux qui sont vivants aujourd’hui.


C’est pourquoi elle ne peut être une démocratie directe, avec un vote par personne. Sinon, la tyrannie du présent l’emporterait. Mais nous mettre à l’écoute du passé ne nous piège pas dans une tradition morte. Ceux qui sont partis avant nous nous invitent à être courageux et inventifs.

En Angleterre, il fut un temps où les clercs disaient aux laïcs qu’ils devaient se contenter de « payer, prier et obéir. » Le concile Vatican II a remis à l’honneur la responsabilité des baptisés. Faisons confiance à leur créativité ! N’ayons pas peur d’innover !


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Dans Pèlerin, n° 6900, du 26 février 2015 "Synode des familles : à vous de jouer".

Les catholiques français ont jusqu'à mi-mars 2015 pour répondre au questionnaire envoyé par le Vatican en préparation du prochain Synode sur la famille qui se tiendra à Rome en octobre 2015. Dans les diocèses, comme Ajaccio et Toulouse, des initiatives, parfois tardives, se mettent en place. L'occasion pour les fidèles d'exercer leur responsabilité de baptisés.

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Paru le 19 juillet 2018

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