Face aux ruptures conjugales

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© Yasmine Gateau
Face aux ruptures conjugales
© Yasmine Gateau

L’accompagnement  par l’Église des personnes ayant vécu une rupture conjugale sera l’un des sujets les plus discutés au synode de la famille d’octobre 2015. Aujourd’hui en France, 46 mariages sur 100 se terminent par un divorce (source Institut national d’études démographiques).

À propos de l'article

  • Créé le 21/07/2015
  • Publié par :Guillemette de La Borie
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6921, du 23 juillet 2015


« La crise du couple, qui déstabilise la famille, affaiblit l’individu et les liens sociaux », souligne un document préparatoire au synode. Le pape François a donné pour objectif à l’assemblée des évêques de « discerner les voies  permettant de rénover l’Église, et la société, dans leur  engagement pour la famille ». « Conformément au regard miséricordieux de Jésus », l’Église accompagne les plus blessés, les plus fragiles, pour être « comme le phare d’un port, pour ceux qui sont au milieu de la tempête ».


Pour tous les témoignages ci-dessous, les prénoms ont été changés.



"Quand les divorcés remariés subissent une « double peine »"

► Claire, 38 ans, mariée entre 2002 et 2011, deux enfants ; remariée civilement en 2014.

« J’ai réfléchi longuement avant de prendre la décision de divorcer. Je suis catholique pratiquante, la seule divorcée de ma famille. Quand je me suis mariée la première fois, c’était un engagement pour la vie entière : il me paraissait inconcevable de divorcer un jour. Et pourtant, très vite, je me suis posé la question, dans un contexte de véritable destruction psychologique. Avec le recul, je pense que notre préparation au mariage n’a pas été suffisante et que j’ai manqué de conseils : avant d’avoir des enfants, j’étais pourtant allée voir un prêtre.


Le divorce est une souffrance, pas une solution de facilité, mais, dans certains cas, c’est aussi une solution de paix.

Le fait de divorcer m’a amenée à prendre de la distance par rapport à l’Église, puisque j’estimais contrevenir à sa discipline : à partir du moment où je me suis séparée de mon mari, j’ai cessé de recevoir les sacrements. Si l’Église invite à s’engager dans le mariage, à avoir des enfants, il faut qu’elle accompagne mieux les couples mariés. Ceux qui vivent en concubinage pourront un jour se marier et se « mettre en règle », ce qui est impossible aux divorcés remariés. Pour nous, il y a double peine : nous avons souffert dans une première vie conjugale, et nous devons continuer à souffrir. Pourquoi nous interdire de nous reconstruire ? Je sais bien que je suis plus heureuse, que mes enfants sont plus heureux que si j’étais restée seule.

Je me suis remariée avec un homme qui n’a jamais été marié. C’est très lourd et culpabilisant de le priver aussi des sacrements : je le trouve courageux d’accepter un tel renoncement. On parle toujours de la communion, mais il y a aussi la confession, le sacrement des malades… En être privés est très dur et je me demande si cela ne freine pas notre évolution spirituelle. Vivre dans la chasteté ? C’est tout ramener, une fois de plus, à la seule question sexuelle.


La fidélité est un tout : ce serait hypocrite et incohérent de vivre avec mon nouveau mari, de lui dire que je l’aime, et de m’abstenir de relations sexuelles sous prétexte d’être fidèle à ma première union.

Nous avons une vie paroissiale assez active, les prêtres sont au courant de notre situation et je n’ai jamais senti de rejet. Mais il y a des engagements que nous ne prenons pas : faire le catéchisme, par exemple. Il me semble que ce problème est très peu abordé. Je ne sais pas s’il y a des couples dans notre cas dans notre paroisse, et je n’ai jamais eu l’occasion d’en discuter avec d’autres. »


"Quand la reconnaissance en nullité de mariage peut être prononcée"

►Marie, 61 ans, mariée entre 1986 et 2012, trois enfants.

« À 31 ans je me sentais très seule. Lorsqu’un homme s’est intéressé à moi, je me suis laissé faire, tout en sachant bien que je n’étais pas amoureuse de lui. Mais je me disais que je devais cesser de faire la prude !

Je ne prenais pas la pilule et, dès la première fois, j’ai été enceinte. Nous étions tous les deux sous le choc ; en deux jours, nous avons décidé de nous marier, pour donner une famille au futur enfant. À cette époque, je n’imaginais pas d’autre solution.

Mon père (j’avais perdu ma mère) a dit à un vieil oncle prêtre : « Il faut la marier très vite. » Et voilà… Mon mari aimait bien la mère de son enfant mais n’était pas décidé à construire une relation conjugale.

Pourtant, en acceptant le premier enfant, nous étions tous les deux d’accord pour lui donner des frères et sœurs. Trois enfants en trois ans. Je les ai élevés avec amour et consciencieusement, lui aussi se donnait du mal et les aimait. Mais il partait de plus en plus souvent. Cela m’était égal qu’il me trompe ; ce qui me faisait le plus de peine était de passer une vie sans amour, je n’en pouvais plus d’être seule.


Il me disait que nous devions divorcer ; moi, j’essayais de maintenir aux yeux des autres l’image d’un couple qui marche. C’est devenu de plus en plus douloureux et, au bout de six ans de tiraillements, j’ai accepté de divorcer.


Plusieurs personnes m’ont alors parlé de la reconnaissance en nullité de mariage. En particulier un homme dont j’étais amoureuse, très catholique, qui m’a dit qu’il n’épouserait jamais une divorcée.

Dans mon diocèse, on m’a posé des questions précises, pour savoir si ma demande avait des chances d’aboutir.

La procédure a été rapide mais, en réalité, cela prend des années à digérer : témoigner de ce qu’on a vécu oblige à la vérité avec soi-même d’une façon terriblement crue.

J’ai demandé à ce que notre mariage soit reconnu nul car nous n’avons jamais été que les parents de nos enfants : c’était un faux mariage dès le départ, qui ne s’est jamais construit. Et pourtant, j’avais prié de tout mon cœur…

J’ai été contente d’obtenir cette reconnaissance mais j’y pense encore tous les jours, je sors abîmée de tout cela. C’est un ratage humain terrible, et je ne me suis pas remariée. Cependant, je pense que j’ai eu raison de tenir aussi longtemps : la seule chose que j’ai réussi, et lui aussi, ce sont nos enfants ! »


"Quand un mariage religieux est impossible"

► Hélène, 59 ans

« Ils forment un couple tellement ordinaire, et pourtant hors-la-loi de l’Église : ma fille a rencontré un homme de 35 ans, non baptisé et divorcé depuis plusieurs années. Ils ont décidé de se marier, et frappé à la porte de l’Église.

La première réponse a été oui pour le mariage religieux, puisque sa première union à lui n’était pas valide. Mais finalement, au moment de la préparation, c’était non, même pour une bénédiction.

Avec un avertissement du curé :


Vous êtes en état d'adultère, ce qui est un péché très grave.


Moi qui suis chrétienne pratiquante, engagée dans l’Église, avec qui puis-je partager cette réflexion, et trouver les "pas de Dieu" dans nos vies d'aujourd'hui ?

Comment proclamer l'amour de Dieu à tous ceux qui n'ont pas les codes, pas les mots pour comprendre de quoi parle mon Église ? Et quelle Église : une top niveau pour les branchés cultivés, et une autre pour aller chercher tous ceux qui ont soif d'entendre parler d'un Dieu qui les aime, dans un langage qu'ils puissent comprendre ?

Je pense à ces mariages où le prêtre dit et redit que c'est Dieu qui a amené les mariés l'un vers l'autre… Ma fille et mon futur gendre, alors, se sont trouvés tous seuls ? »


A lire aussi dans Pèlerin, n° 6921, du 23 juillet 2015

Pour chaque témoignage : le regard de Henri-Jérôme Gagey, prêtre du diocèse de Créteil et professeur au Theologicum de l’Institut catholique de Paris

 

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

les divorcés remariés

claudine 23/07/2015 à 08:57

Une exigence la possibilité de communier en conscience éclairée comme tout baptisé. Une évidence le baptême , la confirmation et la bénédiction ne peuvent être refusés . Un défi aider les couples à tenir et chacun à refaire surface en cas d'échec en ... lire la suite

Paru le 19 avril 2018

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