État d'urgence : faut-il en sortir ?

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© PHILIPPE LOPEZ / AFP
État d'urgence : faut-il en sortir ?
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Institué après les attentats du 13 novembre 2015, l'état d'urgence permet à la police de perquisitionner en un temps record et d’assigner à résidence des personnes perçues comme dangereuses. Certains dénoncent son inefficacité et même sa dangerosité. Les derniers événements ont malgré tout poussé François Hollande à déclarer qu'ils « justifiaient l’état d’urgence ». Peut-on en sortir ? Éclairage.

À propos de l'article

  • Publié par :Propos recueillis par Pierre Wolf-Mandroux
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7009 du jeudi 30 mars 2017

"L’état d’urgence ne sert plus à rien"

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Jean-Frédéric Poisson. Député LR des Yvelines, président du Parti chrétien-démocrate, il est le rapporteur de la commission parlementaire sur le contrôle de l’état d’urgence.

« L’état d’urgence est un outil donné à l’administration pour qu’elle puisse intervenir plus rapidement en cas de menace terroriste imminente. Il permet aux préfets de se passer de l’autorisation d’un juge pour perquisitionner ou assigner une personne à résidence. C’est à peu près tout pour la lutte contre le terrorisme. (…) Il ne donne pas davantage de moyens policiers. (…).

L’état d’urgence ne sert plus à rien. (…) Le Parlement a voté en 2016 des lois pénales qui ont octroyé des moyens supplémentaires. Par exemple, la police peut fouiller plus facilement les coffres des voitures. (…)L’état d’exception est dangereux pour les libertés individuelles. La démocratie, c’est précisément le régime qui permet à une personne de ne pas être enfermée à tout moment et sans raison. Le gouvernement a renouvelé l’état d’urgence par manque de courage (…). »

"Il rassure la population"

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Philippe Capon. Secrétaire général du syndicat Unsa Police.

« (…) Personne ne veut assumer cette décision. (…) Pourtant, sur le fond, on pourrait en sortir, et j’y suis favorable. (…). Aujourd’hui, l’état d’urgence a d’abord pour mérite de rassurer la population. (…) Or, les risques d’attentat restent très importants, tous mes collègues me le disent. L’état d’urgence a permis à la police d’aller vite, de « remettre à jour » ce qu’elle savait sur certains réseaux de délinquance, au-delà même du terrorisme. Les deux sont d’ailleurs souvent liés : beaucoup de djihadistes sont passés par la case délinquance. (…)

Chez les policiers, l’état d’urgence (…) a généré deux millions d’heures supplémentaires en 2016, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. La plupart n’ont pas encore été payées. Cela a entraîné de la fatigue, de la colère, du burn-out (…). »

"Il menace la cohésion nationale"

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Christine Lazerges. Juriste, elle préside la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH).

« Oui, sans hésitation (…) Aujourd’hui, l’état d’urgence n’a qu’une portée politique et symbolique. À notre connaissance, aucun attentat n’a été déjoué grâce à lui (…) Pourquoi ne pas abolir l’état d’urgence et conserver Sentinelle*, qui ne porte pas atteinte aux libertés ? Il existe une accoutumance extrêmement nocive à l’état d’urgence dans le pays.

Il a provoqué un alourdissement pénal considérable, qui porte parfois atteinte à la dignité humaine. Je pense à la surveillance vidéo 24 h/24 pour certains prisonniers, qui crée très vite des troubles psychiatriques. (…) Les abus ont été nombreux : enfants terrorisés par les perquisitions, interdiction de manifestations d’écologistes… L’état d’urgence contribue à stigmatiser la population musulmane et menace la cohésion nationale. »


* Opération visant à faire protéger les zones sensibles par l’armée pour un temps limité.

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Paru le 12 octobre 2017

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