Yasmina Khadra : "Le paradis est au bout de nos espoirs"

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© Leonardo Cendamo/Leemage
Yasmina Khadra : "Le paradis est au bout de nos espoirs"
© Leonardo Cendamo/Leemage

Ancien officier de l'armée algérienne, le grand écrivain, qui a pris pour pseudonyme les deux prénoms de son épouse, se confie à Pèlerin.

En confidences

À propos de l'article

  • Publié par :Propos recueillis par Corinne Renou-Nativel
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7028-7029 du jeudi 10 août 2017.

La dernière fois que vous avez ri ?
En constatant que j’étais encore de ce monde.

La dernière fois que vous avez pleuré ?
En regardant le monde quand il ne sait plus rêver.

La dernière fois que vous avez demandé pardon ?
Hier, comme tous les soirs avant de dormir.

Une bonne raison de vous lever chaque matin ?
Embrasser ma femme et mes enfants.

Ce qui vous met en colère ?
La méchanceté gratuite.

Ce qui vous fait peur ?
L’amalgame. Il fait croire aux ignorants qu’ils sont savants.

Votre remède contre la déprime ?
Tâcher de me réjouir du bonheur des autres lorsque le mien me fait défaut.

Un geste d’amour ?
Offrir une fleur à une inconnue ou une pièce à un mendiant, pardonner à un abruti et, par respect pour sa mère, écouter un menteur.

Quelle faute pardonnez-vous aisément ?
Tout aveu, s’il est fait dans la sincérité.

Ce que vous aimeriez changer en vous ?
Ma spontanéité. Elle me rend vulnérable aux pièges des hypocrites.

Si vous deviez exercer un autre métier, ce serait ?
Danseuse du ventre. Cela remue beaucoup moins l’esprit.

La musique qui vous fait vibrer ?
Celle qui ne m’oblige pas à réfléchir.

Votre film culte ?
La Strada (1954), de Federico Fellini.

Votre devise ?
« Vis ta vie.»

Le mot que vous détestez ?
Cliché. Il réduit l’érudition et amplifie le culot des zélateurs.

Quel est votre objet chéri ?
Le regard de ma mère. Je le porte sur moi comme un talisman.

Que reste-t-il en vous de l’enfant que vous étiez ?
Des blessures et des rêves.

Si vous aviez une baguette magique, quel rêve réaliseriez-vous ?
Rendre le monde moins inclément.

Vous avez un rendez-vous de cinq minutes avec le pape François. Quel sujet abordez-vous ?
La préciosité de la vie. Il faut réapprendre aux croyants à vivre, les persuader que le paradis n’est pas au bout de notre piété mais au bout de nos espoirs. Que la religion ne repose pas sur la contrainte ni sur la peur du châtiment mais sur la conviction, la liberté et l’amour du prochain.

Vous rencontrez Dieu en vrai. Qu’aimeriez-vous qu’il vous dise ?
« Sans rancune, mon enfant. Il faut un peu de tout pour faire un monde, et des souffrances pour que les joies demeurent. Toi qui es romancier, tu vois de quoi je parle.»

« Prier » rime avec...
Humanité. Car on ne peut aimer Dieu sans aimer l’homme.

Propos recueillis par Corinne Renou-Nativel

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Paru le 12 juillet 2018

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