Emmanuel Macron : la victoire en marchant

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Emmanuel Macron le 14 mars 2017 à Lille. © DENIS CHARLET / AFP
Emmanuel Macron : la victoire en marchant
Emmanuel Macron le 14 mars 2017 à Lille. © DENIS CHARLET / AFP

Élu le 7 mai, ce provincial centriste a conquis en un temps record le sommet du pouvoir. Libéral s’affirmant social, Emmanuel Macron a cinq ans pour tenter de moderniser un pays qui, à la fois, craint et désire le changement.

À propos de l'article

  • Publié par :Frédéric Niel
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    Pèlerin.com le 7 mai 2017. Numéro 7015 du jeudi 11 mai.

Cela a marché ! Emmanuel Macron a réussi son pari fou : devenir président de la République, à 39 ans, dès sa première élection. Sans parti politique, et alors qu’il était quasiment inconnu des électeurs voici trois ans. Sa personnalité reste encore un mystère à bien des égards. Séducteur, est-il aussi un manipulateur, ou un chevalier blanc, le cœur sur la main ?


Et son programme : convictions sincères ou bricolage opportuniste d’idées piochées à droite et à gauche ?

Et son programme : convictions sincères ou bricolage opportuniste d’idées piochées à droite et à gauche ? Un ex-collaborateur, qui l’a rencontré des dizaines de fois, avoue, perplexe, ignorer les croyances profondes que cache ce masque souriant. Pour comprendre l’homme, il faut savoir d’où il vient. Loin d’être hors système, Emmanuel Macron est un pur produit de la méritocratie française. Il grandit à Amiens (Somme), où ses parents sont médecins. Il raconte volontiers que l’influence décisive sur son esprit vient de sa grand-mère, qui l’aidait à réviser ses leçons.



Il suit une éducation classique chez les Jésuites. D’une maturité et d’une culture hors normes, il se sent plus proche de ses enseignants que des élèves de son âge. Proche… au point de tomber amoureux de sa professeure de théâtre, Brigitte Auzière, née Trogneux, malgré la différence d’âge – il a 16 ans, elle 40 – et malgré sa situation familiale – elle est mariée et a trois enfants. Le couple se mariera en 2007. À ce propos, Emmanuel Macron a promis, s’il est élu, de créer un statut officiel de « première dame », pour clarifier le rôle de la compagne du Président.

À 16 ans, il quitte Amiens pour étudier à Paris. « J’étais porté par l’ambition dévorante des jeunes loups de Balzac », raconte-t-il dans son livre-programme, Révolution [XO Éditions, 272 p. ; 17,90 €]. Diplômé en philosophie, Emmanuel Macron devient l’assistant du philosophe chrétien Paul Ricœur, et se lie d’amitié avec Michel Rocard. Il échoue à entrer à l’École normale supérieure mais est admis à l’École nationale d’administration en 2002. Inspecteur des finances, il travaille à la commission de Jacques Attali pour « la libération de la croissance », créée par le président Nicolas Sarkozy en 2007.

En 2008, il intègre la banque d’affaires Rothschild, pour quatre ans. Quand François Hollande est élu Président en 2012, Emmanuel Macron, qui l’a épaulé durant sa campagne, devient secrétaire général adjoint de l’Élysée et conseiller pour les questions économiques, fonctions qu’il quitte en juillet 2014. Mais il est rappelé quelques semaines plus tard pour remplacer Arnaud Montebourg au ministère de l’Économie.

Une volonté réformatrice

Sa « loi croissance » de 2015 passe en force au Parlement, contre les députés « frondeurs » de gauche, parmi lesquels son futur adversaire du premier tour, Benoît Hamon. Puis il inspire en 2016 la « loi Travail » de sa collègue Myriam El-Khomri, qui fait descendre dans la rue des centaines de milliers de manifestants. Depuis 2012, il a largement orienté le virage proentreprise du chef de l’État. Surnommé « l’hémisphère droit » du cerveau du Président, il horripile la gauche du PS, qui voit presque dans l’ancien banquier d’affaires un ennemi de classe. Ses prises de position publiques vont à rebours du discours officiel, sur l’intérêt des 35 heures notamment. En avril 2016, jugeant que François Hollande bride sa volonté de réformes, il prépare sans le dire sa sortie en créant son « mouvement », En Marche !


Depuis 2012, il a largement orienté le virage proentreprise du chef de l’État. Surnommé « l’hémisphère droit » du cerveau du Président, il horripile la gauche du PS (...)


Prônant la démocratie directe et l’usage intensif des réseaux sociaux sur Internet, En marche ! envoie ses membres en consultation sur le terrain. Ils font remonter les idées pour nourrir un projet politique, qui deviendra programme électoral. Plus de 200 000 Français, lassés des partis traditionnels, veulent y croire et adhèrent. Étape après étape, le jeune ambitieux s’affranchit de son mentor, jusqu’à franchir le Rubicon. Il quitte le gouvernement en août 2016 et présente sa candidature à la présidentielle en novembre. « Il m’a trahi avec méthode », admet François Hollande, stupéfait. Emmanuel Macron a des points faibles pour cette course à l’Élysée. Orateur moyen, sans expérience politique, sa confiance en lui ressemble parfois à de l’arrogance. Pourtant, loin d’éclater en vol, la « bulle Macron » se transforme en boule véloce qui bouscule ses adversaires comme des quilles.

Car les Français ont soif de renouveau. Et Macron a une chance insolente : François Hollande, qui bat des records d’impopularité, renonce à se représenter ; François Fillon élimine le modéré Alain Juppé à la primaire de la droite ; puis Benoît Hamon écarte Manuel Valls à celle de la gauche. Cela laisse à Emmanuel Macron le champ libre pour s’épanouir au centre. Cerise sur le gâteau : un scandale financier éclabousse le candidat de la droite qui, selon Alain Juppé, avait pourtant « un boulevard devant lui ». Et le charisme de Jean-Luc Mélenchon vampirise les voix de Hamon à gauche.


Et maintenant ? Un proche avertit : "Le principal risque est qu’il soit guetté par le syndrome de l’élève brillant, qu’il prenne la grosse tête, une fois isolé à l’Élysée, entouré de courtisans et déconnecté des réalités."

Quant au centriste François Bayrou, il décide de ne pas se présenter et de soutenir Emmanuel Macron. Résultat, le 23 avril, celui-ci est qualifié pour le second tour, face à Marine Le Pen. Moqué pour avoir crié victoire un peu tôt, il se reprend et rend coup pour coup à son adversaire. Quand celle-ci vient voir les ouvriers grévistes de l’usine Whirlpool à Amiens, alors qu’il discute avec les syndicats à l’intérieur, il sort pour un dialogue viril avec eux, sans pour autant leur promettre de sauver leur emploi une fois au pouvoir. Lors du dernier débat télévisé avec Marine Le Pen, il ne se laisse pas déstabiliser par les attaques incessantes de la candidate, pourtant plus rodée à ce genre d’exercice. Et maintenant ? Un proche avertit : « Le principal risque est qu’il soit guetté par le syndrome de l’élève brillant, qu’il prenne la grosse tête, une fois isolé à l’Élysée, entouré de courtisans et déconnecté des réalités. »

Sur le fond, s’il a intitulé son livre Révolution, il y présente plutôt des réformes, mi-libérales mi-étatiques, pour un pays réputé irréformable. Avec un peu de mauvais esprit, on peut rappeler qu’une révolution désigne aussi un tour complet, pour se retrouver au même point… Rendez-vous dans cinq ans pour voir s’il a bien remis la France « en marche ».

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Paru le 12 octobre 2017

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