Romain Pasquier, professeur à Sciences-Po Rennes : "La nouvelle carte des régions n’a fait qu’amplifier l’influence du FN"

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"Le FN l’emporte dans les territoires les plus ouverts aux migrations extra-européennes et les plus touchés par le chômage et la crise de l’industrie"; Romain Pasquier. © Capture écran Edt-film
"Le FN l’emporte dans les territoires les plus ouverts aux migrations extra-européennes et les plus touchés par le chômage et la crise de l’industrie"; Romain Pasquier.
"Le FN l’emporte dans les territoires les plus ouverts aux migrations extra-européennes et les plus touchés par le chômage et la crise de l’industrie"; Romain Pasquier. © Capture écran Edt-film

Pour Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS et au Centre de recherche sur l’action politique en Europe (CRAPE), le scrutin du premier tour des élections régionales avec la poussée du FN révèle un phénomène politique de longue durée.

« Le Front national, qui partait déjà de très haut après ses scores obtenus lors des élections européennes de mai 2014 et du scrutin départemental de mars 2015, poursuit sa progression, particulièrement sensible, notamment, à l’est d’une diagonale allant du Havre (Seine-Maritime) à Montpellier (Hérault).

Sa poussée est si forte qu’après avoir imposé le tripartisme en France, il va jusqu’à l’éradiquer en remettant en selle le bipartisme à son profit : dans certaines régions, il se retrouve seul au second tour face à la droite parlementaire.

Une fois de plus, le FN l’emporte dans les territoires les plus ouverts aux migrations extra-européennes et les plus touchés par le chômage et la crise de l’industrie.

A noter, aussi, que la nouvelle carte des régions n’a fait qu’amplifier son influence : le rassemblement de territoires comme le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie, l’Alsace, la Lorraine et Champagne-Ardenne, la Bourgogne et la Franche-Comté, tout cela a finalement permis à la présence du FN de s’étendre, de prendre de l’ampleur.

Nous sommes là face à un phénomène politique de longue durée, que ni la droite, ni la gauche parlementaire ne réussisse à contenir, et cela depuis des années. Après tout, cela apparaît logique : après plus de trente ans de chômage de masse, les Français soldent les comptes. Les victimes de cette crise interminable touchent le plafond, ne voient plus la lumière.

Les Républicains connaissent notamment un échec majeur lors de ce premier tour des régionales. Et cela est très inquiétant pour ce parti à un an et demi de l’élection présidentielle. En effet, le « siphonage » des voix du FN, réussit par Nicolas Sarkozy en 2007, ne marche plus du tout.

Plus les Républicains durcissent leur discours pour tenter de capter les voix du FN, plus ce parti progresse, ses électeurs préférant, comme le disait Jean-Marie Le Pen, « l’original à la copie » (Christian Estrosi vient d’en faire les frais en PACA).

En fait, je crois que seul un discours fort et offensif, suivi de réformes audacieuses sur la modernisation de la France et la manière de la rendre enfin compétitive dans la mondialisation, est en capacité de contrer l’avancée du FN.

Relancer l’emploi grâce à une réduction forte des dépenses publiques, une baisse drastique des charges pesant sur les entreprises et une réforme hardie du code du travail, telle est la vraie réponse que les politiques peuvent apporter face à la montée du FN.

C’est en travaillant davantage que nos concitoyens retrouveront de l’espoir, la certitude de pouvoir offrir un avenir meilleur à leurs enfants. Une France plus active, voilà la solution. »

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Paru le 5 avril 2018

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