Mon dimanche au bureau de vote

agrandir Vérifier l’identité des votants, valider leur vote… De 7 h 45 à 20 heures, secrétaire, assesseurs, président du bureau sont au service des électeurs.
Vérifier l’identité des votants, valider leur vote… De 7 h 45 à 20 heures, secrétaire, assesseurs, président du bureau sont au service des électeurs. © Lahcène Abib
Vérifier l’identité des votants, valider leur vote… De 7 h 45 à 20 heures, secrétaire, assesseurs, président du bureau sont au service des électeurs.
Vérifier l’identité des votants, valider leur vote… De 7 h 45 à 20 heures, secrétaire, assesseurs, président du bureau sont au service des électeurs. © Lahcène Abib

Lors du premier tour des élections régionales, notre journaliste Laurence Valentini s’est glissée dans les coulisses d’un bureau de vote.

“Salle polyvalente de Villeneuve-la-Guyard (Yonne), dimanche 6 décembre 2015. Dominique Bourreau, maire sans étiquette de la commune, président du bureau de vote, est à l’œuvre dès 7 h 45. Deborah aussi. À 22 ans, c’est la première fois qu’elle participe à un scrutin en tant que secrétaire.

« Les électeurs doivent te présenter obligatoirement une pièce d’identité, lui explique Dominique. Il faut aussi vérifier qu’ils votent bien dans ce bureau. »

Villeneuve-la-Guyard compte 3 377 habitants, dont 2 029 électeurs inscrits. Comme pour chaque élection, trois lieux de vote sont prévus : l’un à la salle des fêtes, un autre au foyer rural de Bichain et le dernier à la salle polyvalente.

Ali, conseiller municipal, est à l’heure lui aussi. Après avoir préparé café et croissants, il aide Dominique à installer les piles de bulletins sur les tables. Il est assesseur avec André, 76 ans.

« Tu crois que beaucoup de monde viendra ? » s’enquiert Deborah auprès de Dominique.  « On a peu communiqué sur les élections régionales à cause des attentats », lui répond-il, sceptique. Maire depuis deux mandats, Dominique connaît par cœur les taux de participation des Guyardais. 75 % d’inscrits se déplacent pour des municipales, 70 % pour la présidentielle. Mais pas plus de 50 % pour les départementales et les régionales.

Jeune policier, David arrive pour voter avant de prendre son poste. « Je ne manque jamais un scrutin, dit-il à Deborah. D’ailleurs, j’ai toujours ma carte sur moi. Et je suis content d’avoir le petit coup de tampon ! »

Son identité vérifiée, il se saisit d’une enveloppe et des bulletins, se retire dans l’isoloir, puis se dirige vers l’urne. Le président du bureau, Dominique, annonce son numéro de carte d’électeur et son nom. Les assesseurs, Ali et André, vérifient, acquiescent. David glisse son bulletin dans l’urne actionnée par le président qui déclare : « A voté ! » Puis le policier signe le cahier d’émargement. Le scénario va se répéter des dizaines de fois tout au long de la journée.

« Voter devrait être obligatoire ! »

Les électeurs affluent par vagues, avant ou après leurs courses à l’hypermarché voisin. Des mains se serrent, des conversations s’engagent. Entre Denise, 78 ans, qui « est une patriote dans l’âme », et Didier, chef de cuisine, qui insiste : « Peu importe pour qui l’on vote, c’est un droit qu’il ne faut pas perdre. »

Geneviève, 92 ans, et Antoine, 95 ans, profitent de leur promenade quotidienne pour s’arrêter à la salle polyvalente.


Moi, j’ai voté la première fois en 1945, raconte la vieille dame, dès qu’on en a donné le droit aux femmes. Depuis, j’ai toujours rempli mon rôle de citoyenne. Les jeunes ne mesurent pas cette chance. 

Un jeune, justement, est là. Sébastien, 18 ans, qui vote pour la première fois. Jean-Joël, 63 ans, remarque : « Voter devrait être obligatoire, c’est bien beau de râler ensuite ! »

Julien Odoul, en tête dans le département de l’Yonne sur la liste Front national, entre dans la salle et salue tout le monde. Il fait le tour de quelques bureaux icaunais.

« C’est important de rendre une petite visite aux lève-tôt qui sont sur le pont depuis 7 h 30 », dit-il. De la journée, il est le seul candidat qui se montrera. À 11 heures, Guy, Karine et Meriem, la seconde équipe de conseillers municipaux, prend la relève.

Le compteur de l’urne affiche alors 210 votes. Le défilé des électeurs reprend son cours. Liane, 65 ans, vit depuis trente-quatre ans à Villeneuve-la-Guyard. Elle avoue : « Je ne suis pas une électrice régulière mais la dégradation des conditions de vie, l’insécurité… il faut que cela change. Depuis des années, ce sont toujours les mêmes qui ont le pouvoir. On n’a pas tout essayé ! »

Le début d’après-midi est plus calme que la matinée. Arrive une électrice qui serre la main de Guy et de Karine mais ignore Meriem, belle brune d’origine algérienne. Celle-ci n’est pas dupe. « Tu as vu, chuchote-t-elle à Guy, elle a pris mon stylo du bout des doigts pour signer. »

À 15 heures, l’équipe du matin revient. Le compteur de l’urne affiche cette fois 300 votes. Nouvelle vague d’électeurs. En fauteuil roulant parce qu’il souffre d’une grave maladie respiratoire, Victor, 82 ans, a pourtant tenu à venir :

Il faut montrer qu’on existe. Y en a marre des promesses ! 

À 17  h 50, Fatima, 43 ans, arrive avec Flavie, 9 ans, juste à temps. Le bureau de vote doit fermer à 18 heures pétantes. « Je tiens à ce que ma fille voit comment cela se passe, dit-elle. C’est important de la sensibiliser à notre rôle de citoyen. »

Après la fermeture du bureau, le comptage et le contrôle des bulletins commencent. Des piles de listes sont plus importantes que d’autres… Et les scores des différents candidats déjà pressentis. Deux heures plus tard, les présidents des deux autres sites de vote apportent leurs enveloppes. Dominique annonce les résultats définitifs. Avec 410 voix, la liste Front national devance largement les autres.

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Paru le 18 janvier 2018

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