Aux urnes citoyens !

agrandir Le 1er tour des élections régionales, dimanche 6 décembre 2015, va se dérouler dans des circonstances particulières de l’après-13 novembre.
Le 1er tour des élections régionales, dimanche 6 décembre 2015, va se dérouler dans des circonstances particulières de l’après-13 novembre. © Frédéric Lancelot / Reservoirphoto.com
Le 1er tour des élections régionales, dimanche 6 décembre 2015, va se dérouler dans des circonstances particulières de l’après-13 novembre.
Le 1er tour des élections régionales, dimanche 6 décembre 2015, va se dérouler dans des circonstances particulières de l’après-13 novembre. © Frédéric Lancelot / Reservoirphoto.com

Qui aurait pu prévoir que les élections régionales des 6 et 13 décembre 2015 se dérouleraient dans un climat aussi dramatique, marqué par les attentats du 13 novembre à Paris ? Éditorialiste politique, Alain Duhamel nous aide à discerner l’impact de ces événements et redit clairement l’acte essentiel que constitue le vote de chacun.

Pèlerin. Le contexte si particulier où se trouve notre pays après les attentats du 13 novembre va-t-il banaliser ou , au contraire, dramatiser le scrutin des régionales ?

Alain Duhamel

Alain Duhamel (photo) : Il va le dramatiser. La première réaction démocratique des Français, moins d’un mois après cet abominable attentat qui nous a fait entrer dans une nouvelle ère de relations et conflits internationaux, aura une signification très forte. Ce n’est pas le scrutin en soi qui est historique, mais ses circonstances.

Voter, dans ces conditions, s’apparente-t-il à un acte de résistance ?
A. D. Bien sûr. Voter, c’est le premier degré de la citoyenneté. C’est une nécessité civique, la marque de respect d’un héritage historique que l’on n’a pas le droit de dilapider ou de traiter de façon frivole. De plus, lorsque l’on se retrouve témoin d’événements aussi exceptionnels que ceux que nous venons de vivre et que l’on a, ensuite, la possibilité de réagir en citoyen et de dire ce que l’on ressent face à de tels bouleversements, on ne laisse pas passer l’occasion.

Enfin, pour ceux qui ont des convictions religieuses, et notamment chrétiennes, l’acte de voter résulte de ce que nous sommes appelés à vivre au sein d’une communauté : chacun doit y jouer son rôle et s’impliquer. À cet égard, le minimum est de commencer par voter ! Puis, si on en a le goût, le temps et les capacités, de s’investir dans des associations, des mouvements sociaux, des institutions, bref de s’engager dans et pour la cité.

Peut-on s’attendre à un sursaut participatif ?
A. D. C’est possible, même si les deux derniers scrutins régionaux de 2005 et 2010 ont été marqués par un taux d’abstention élevé, de l’ordre de 50 %. Cette année, en plus, les électeurs sont appelés à voter dans le cadre de nouvelles régions dépourvues d’identité historique et qui ne correspondent pas forcément aux choix de ceux qui y vivent : des Alsaciens soudain réunis à des Champenois lointains qui jugent Strasbourg très excentré à l’est, des Savoyards qui n’ont pas forcément de destin commun avec les habitants des confins de l’Auvergne.

Les Français ont par ailleurs de gros motifs de mécontentement vu la situation économique et sociale. Toutes ces contestations peuvent s’exprimer par l’abstention. Cependant, l’intensité dramatique née des attentats ne va pas disparaître avant les élections et elle peut avoir un effet mobilisateur.

Enfin, le rejet du monde politique et la défiance des citoyens vis-à-vis de leurs dirigeants vont peut-être en partie s’estomper, les derniers événements montrant à quel point un Président, un gouvernement et des ministres efficaces jouent, quelle que soit leur couleur politique, un rôle irremplaçable dans la conduite d’un pays comme le nôtre.

Ces circonstances exceptionnelles peuvent-elles profiter à la gauche, incarnée par un Président omniprésent ?
A. D. Dans l’épreuve, le comportement de François Hollande est apprécié par les Français, et cela se mesure dans les enquêtes d’opinion. Mais il n’y a pas de lien direct entre ce regain de popularité d’un Président partant de très bas dans les sondages et le vote des 6 et 13 décembre. L’électorat de gauche lui-même ne va pas se remobiliser dans son ensemble de façon mécanique.

Néanmoins, la fraction de cet électorat jusqu’ici tentée par l’abstention à cause de son mécontentement se sentira plus solidaire de l’exécutif dans les conditions actuelles. De même, au sein de la gauche divisée, les listes socialistes peuvent être favorisées car, dans ce climat, nombre d’électeurs se reconnaîtront plus facilement dans le parti du Président que dans ceux qui le critiquent.

La droite parlementaire, incarnée par Les Républicains, ne risque-t-elle pas de payer cher l’attitude de certains de ses dirigeants qui n’ont pas attendu la fin de la période de deuil consécutive aux attentats pour critiquer violemment le gouvernement, notamment le 17 novembre, lors d’une funeste séance à l’Assemblée nationale ?
A. D.  Il est certain que cela ne va pas promouvoir la droite. D’autant plus que plusieurs de ses chefs de file régionaux sont intervenus de façon choquante lors de cette séance parlementaire. Il y a cependant une règle : lors des scrutins intermédiaires comme celui des ­régionales, l’électorat de l’opposition est toujours plus spontanément mobilisé que ­l’électorat de la majorité. Et l’électorat de droite éprouve toujours un vif mécontentement vis-à-vis de François Hollande. Si l’image de la droite pâtit de ces attitudes, les dégâts ne seront que marginaux et ne bouleverseront donc pas les rapports de force.

Au sujet des rapports de force, la progression du Front national risque-t-elle de se poursuivre ?
A. D. La dynamique, qui bénéficiait en début de campagne au Front national, ne semble pas s’atténuer, même si ses proportions sont difficiles à mesurer dans les sondages. En fait, le FN joue sur son terrain. Les thèmes comme celui de la sécurité, aujourd’hui au centre de l’actualité et des préoccupations des Français, sont ceux que ressasse ce parti depuis longtemps.

Et même s’il y apporte de mauvaises réponses, marquées par des propositions totalement irréalistes, cela lui permet de marquer des points. Si le FN gagne une ou plusieurs régions, cela sera un coup de tonnerre européen, qui confirmera la montée en puissance des nationalismes et des populismes, effective dans les deux tiers des pays de l’Union européenne



Le scrutin mode d’emploi
Les dimanches 6 et 13 décembre 2015, 1 757 conseillers régionaux seront élus pour six ans. Tous les habitants d’une région reçoivent les mêmes listes. Le nombre de candidats est fixé par département, en fonction de la population. La liste en tête au 1er tour (si majorité absolue), ou au 2e, reçoit un nombre de sièges proportionnel à son score ainsi qu’une « prime » équivalente à 25 % du total des sièges. L’objectif est que la liste dispose d’une majorité lui permettant de gouverner. Seules les listes obtenant 5 % obtien­nent ensuite des sièges à la proportionnelle. Entre les 2 tours, les listes peuvent fusionner.


Et aussi

article élection

L’enjeu du scrutin régional est loin d’être anodin, comme le montre aussi notre enquête sur les nouvelles forces des régions. A lire dans Pèlerin n° 6940, du 3 décembre 2015.

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Aux urnes citoyens!

Jenny 07/12/2015 à 10:49

Je tiens à préciser que le fait que beaucoup d'électeurs se soient tourné au premier tour des élections vers le FN ne prouve en rien qu'ils adhèrent aux idées de ce parti, mais plutôt qu'ils l'ont utilisé pour déstabiliser le gouvernement actuel qui ... lire la suite

Paru le 19 juillet 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières