ÉHPAD, Maisons de retraite : La colère des aides-soignants

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Argenteuil (Val d'Oise), le 17 mai 2017. L'ensemble du personnel de l'Éhpad Les Pensées est en grève. Il demande notamment une revalorisation des salaires. © PHOTO PQR/ LE PARISIEN/ MAXPPP
ÉHPAD, Maisons de retraite : La colère des aides-soignants
Argenteuil (Val d'Oise), le 17 mai 2017. L'ensemble du personnel de l'Éhpad Les Pensées est en grève. Il demande notamment une revalorisation des salaires. © PHOTO PQR/ LE PARISIEN/ MAXPPP

Partout en France, des soignants à bout de souffle se mobilisent à la fois pour dénoncer leurs conditions de travail et la dégradation du service aux personnes âgées. Un phénomène qui interpelle sur la prise en charge des aînés dans notre société.

À propos de l'article

  • Publié par :Lauriane Clément
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7028-7029

Ce jeudi 27 juillet après-midi, au téléphone, Anne-Sophie Pelletier pleure de joie. « Après cent dix-sept jours de combat, nous avons finalement gagné ! » clame l’aide-soignante à l’Éhpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) des Opalines à Foucherans (Doubs) (1). Le 3 avril, après des mois et des mois de frustrations et de culpabilité, une dizaine d’aides-soignants avaient décidé de se mettre en grève. « Je ne supportais plus de “mal traiter” mes patients. Avec mes collègues, nous ne nous reconnaissions plus dans notre métier. Chaque jour, l’un de nous commencait son travail en larmes », confie Anne-Sophie Pelletier.

Je ne supportais plus de "mal traiter" mes patients. (Anne-Sophie Pelletier, aide-soignante)

Le conflit social a fini par trouver un dénouement. Toutes les revendications des soignants n’ont pas été entendues. Il n’y aura pas de hausse de 100 euros du salaire mensuel, comme ils l’avaient demandé, et pas non plus de bonus pour le travail le dimanche. Mais certains efforts ont été consentis : une prime de 450 euros assortie à trois semaines de congés payés exceptionnelles pour les grévistes, ainsi que la promesse d’embaucher deux aides-soignants supplémentaires et de remplacer systématiquement les absences. Surtout, les salariés ont obtenu la création d’un  observatoire du bien-être au sein de leur établissement.

L’ampleur de ce conflit – l’une des plus longues grèves actuellement en France – a permis de mettre l’accent sur les difficultés rencontrées dans les maisons de retraite. Partout, le même constat de manque se fait sentir : des équipes en sous-effectifs et épuisées, notamment à cause d’absences pour arrêt maladie non remplacées (burn-out, accidents du travail...), des salaires peu élevés et une déconsidération plus générale de la profession...


Dans mon Éhpad, nous douchons nos patients une fois toutes les six semaines à cause du manque du temps. Voilà la réalité du terrain. C’est terrible. (Charline, aide-soignante)

Autant de facteurs qui aboutissent à une dégradation des soins et à la souffrance des uns et des autres, car qualité de vie des résidents et qualité de travail des aidants vont de pair. Charline (2), aide-soignante, témoigne : « Dans mon Éhpad, nous douchons nos patients une fois toutes les six semaines à cause du manque du temps. Voilà la réalité du terrain. C’est terrible. Quand j’ai débuté ce métier, il y a vingt-cinq ans, c’était pour moi une vocation. Aujourd’hui, je suis en arrêt maladie et je n’ai plus aucune envie d’y retourner. »

Nicolas Lemour, aide-soignant aux Opalines, a quant à lui craqué un soir, alors qu’il était seul pour gérer vingt-deux couchers. « Entre la fatigue et la pression, j’avais tellement peur de mal faire les choses, de me tromper dans la médication... Cela a été mon déclic pour rejoindre la mobilisation. » Ces six derniers mois, d’autres mouvements de grève se sont succédé dans les maisons de retraite.

À Lyon (69), Romorantin (41), Carhaix (29), Domme (24), Bruz et Châteaugiron (35) ou encore, en région parisienne, à Châtenay-Malabry (92) et à Argenteuil (95) – trente et un jours de grève en juin ! –, des soignants à bout ont élevé la voix contre leurs conditions de travail.

Comment en est-on arrivé là ? Pour Gilles Berrut, professeur de médecine gériatrique à l’université de Nantes et président du Gérontopole des Pays de la Loire, tout remonte à la réforme des Éhpad de 1999. « Une partie des budgets des établissements a été définie en fonction de (...)

(1) Qui fait partie d’un réseau de 46 établissements. (2) Le prénom a été modifié

(...)



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Retrouvez notre article complet dans le numéro 7028-7029 de Pèlerin du jeudi 10 août 2017.

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Paru le 19 octobre 2017

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