Mgr Durocher : "Le diaconat apporte une reconnaissance officielle de l’Église"

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Au cours de l'ordination diaconale, les futurs diacres s'allongent devant l'autel au cours d'un rite appelé la prostration. © © Mazur/catholicchurch.org.uk
Au cours de l'ordination diaconale, les futurs diacres s'allongent devant l'autel au cours d'un rite appelé la prostration.
Au cours de l'ordination diaconale, les futurs diacres s'allongent devant l'autel au cours d'un rite appelé la prostration. © © Mazur/catholicchurch.org.uk

Jeudi 12 mai, le pape s’est dit favorable à la création d’une commission chargée de réfléchir à l’ordination des femmes diacres. Une proposition que Mgr Durocher, archevêque de Gatineau (Québec) avait portée lors du synode sur la famille. Interrogé par Pèlerin, il réagit à cette annonce.

Pèlerin : Comment réagissez-vous à la proposition du pape François d’instaurer une commission chargée de réfléchir au diaconat des femmes ?

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Mgr Paul-André Durocher : Bien évidemment, je m’en réjouis. Au synode sur la famille, j’avais relayé la préoccupation de nombreux catholiques, sur l’importance d’accorder plus d’espace à la voix des femmes dans l’Église. J’y vois un chemin possible, un chemin à étudier. Je suis heureux que les religieuses aient soulevé cette question devant le pape. Il a voulu engager un dialogue avec elles, et c’est dans le cadre de ce dialogue que la question a surgi. J’ai l’impression que le pape n’avait pas préparé cette annonce d’avance, mais qu’il a répondu aux religieuses dans un élan de générosité. Je me réjouis de cette initiative.

Qu’est-ce qui fait obstacle, aujourd’hui, à l’ordination de femmes diacres ?

La raison ultime pour laquelle on n’ordonne pas les femmes au presbytérat (c’est-à-dire à la prêtrise), c’est que cela ne s’est jamais fait dans l’histoire. L’Église voit dans l’unanimité historique de cette pratique un signe de la volonté de Dieu. Tel n’est pas le cas du diaconat. A un moment donné de l’histoire, des diaconesses ont participé à ce mystère. Ce n’est pas le même cas de figure que pour la prêtrise (ndlr la future commission sur le diaconat des femmes devra précisément étudier le rôle des diaconesses des premiers temps du christianisme.)

Il ne s’agit pas de reproduire ce qui se faisait dans l’Église primitive. Je lisais à ce sujet un commentaire de Mgr Müller (ndlr préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi) qui disait qu’ordonner des femmes diacres, ce serait faire une anachronie. Notre époque a changé.

Aujourd’hui, les femmes exercent déjà de nombreux ministères dans l’Église. Benoit XVI avait posé la question de l’accès des femmes au diaconat. Je pense que le temps est venu d’y réfléchir sérieusement. Cette question ne peut pas être résolue par l’histoire, mais par le magistère, qui doit opérer un discernement.

Des femmes diacres, qu’est-ce que cela changerait dans l’Église ?

Le premier changement porterait sur la reconnaissance. S’agissant des hommes, souvent, le diaconat ne change pas ce qu’ils faisaient avant : ils étaient déjà engagés dans des services d’Église. Le diaconat apporte un statut sacramentel, une reconnaissance officielle de l’Église. Cela inscrit leur action comme étant structurante de l’Église. Cela change le regard que l’Église porte sur leurs actions.

D’autre part, le diaconat donne un écho à ce qu’ils vivent, au cœur même de l’assemblée liturgique. Quand un diacre prêche, il le fait à partir de son engagement dans le monde. Cela fait entrer le monde au cœur de la liturgie d’une façon inédite. Le diacre incarne ce lien concret entre le vécu au cœur du monde, et la célébration liturgique. Les femmes diacres viendraient compléter ce témoignage. On entendrait d’une façon nouvelle des voix de femmes dans la célébration liturgique, dans la proclamation de l’Évangile et l’homélie. Ce n’est pas une petite chose pour le bien de toute l’Église.

Certains redoutent que l’ordination de femmes diacres soit une première étape vers la prêtrise des femmes. Qu’en pensez-vous ?

Déjà, quand il était question d’ordonner des diacres permanents, certains craignaient que cela ouvre la porte à des prêtres mariés. Cinquante ans plus tard, je ne crois pas que cela ait créée une immense pression en faveur des prêtres mariés. Même si le diaconat est un sacrement de l’ordre, on commence à discerner que ce sont bien deux vocations différentes, deux modes distincts d’exercer le sacrement de l’ordre dans l’Église. Le pape Benoit XVI a clarifié cela dans un changement apporté au code de droit canonique, dans lequel il distinguait entre le diaconat et la prêtrise.

De la même manière que nous avons intégré cette distinction pour les hommes, nous apprendrons à la faire avec les femmes. Cela soulève la question de la vocation propre du diacre. La future commission chargée de réfléchir au diaconat des femmes, en posant cette question, va soulever celle du diaconat dans l’Église. C’est quelque chose de bon. Nous avons une expérience de 50 ans de diaconat, sur laquelle il vaut la peine de s’arrêter.

Dans une lettre au cardinal Ouellet, le pape François met en garde contre le « cléricalisme. » En quoi est-il nécessaire de redonner toute leur place aux laïcs ?

La reconnaissance du sacerdoce commun des baptisés et des confirmés a été affirmée de façon claire par le Concile Vatican II. C’est un changement qui prend des générations à être mis en œuvre. Ici, au Québec, l’image du prêtre sacralisé a presque complètement disparue. Les prêtres et les laïcs travaillent en étroite collaboration. Mais dans certaines régions du monde, cette sacralisation de la figure du prêtre persiste. Cela ne correspond pas à la vision du Concile.

Le pape François nous invite à poursuivre le chemin entamé dans ce sens. Il s’est adressé aux religieuses (ndlr lors de la rencontre avec l’Union internationale des supérieures générales, au Vatican) en disant qu’elles étaient au service, mais que dans certains milieux, ce service pouvait devenir une servitude. C’est dans ce sens que les religieux et les laïcs ne sont pas là pour être au service des prêtres. Les prêtres doivent être au service des baptisés et des confirmés.

Par cette initiative, le pape ne risque-t-il pas de s’attirer des oppositions à l’intérieur de l’Église ?

Je vois déjà venir les commentaires sur Internet. Certains catholiques reçoivent mal cette ouverture du pape, mais celui-ci n’a pas annoncé de décision. Il a dit qu’il allait mettre en marche un processus de réflexion sur le diaconat des femmes, mais il n’a pris parti d’avance. C’était la même démarche lors du synode sur la famille. « Asseyons-nous et réfléchissons » nous disais le pape.

Il y a des extrêmes des deux bords dans l’Église, que ce soit la frange "conservatrice" ou "progressiste". Il y a toujours des personnes qui ont peur du dialogue et qui ont du mal à s’écouter. Le pape pense que l’Esprit passe à travers les gens qui prennent le temps de se parler et de s’écouter.

Avec lui, je crois que l’Esprit est à l’œuvre dans l’Église aujourd’hui. Le pape François est fidèle à lui-même : tout ce qu’il fait est porté par la prière. Il n’a pas d’agenda personnel. Il cherche la volonté de Dieu d’abord et avant tout.

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Paru le 20 avril 2017

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