De la politique “autrement” pour le village de Saillans

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© Régis Faller
De la politique “autrement” pour le village de Saillans
© Régis Faller

Depuis 2014, 1 200 habitants de la Drôme font l’expérience de la démocratie participative. Une tentative de se réapproprier la politique locale.

À propos de l'article

  • Créé le 05/01/2016
  • Publié par :Mikael Corre
  • Édité par :Aude Loyer-Hascoët
  • Publié dans Pèlerin
    6945 du 7 janvier 2016

« Le gouvernement de Hollande, il devrait venir en stage à Saillans. On leur ferait des photocopies de notre programme. »

Dans ce village de 1 200 habitants au sud du Vercors, l’élection, il y a un an et demi, d’une liste participative à la tête de la municipalité, est devenue une fierté locale. Besoin « d’inventer autre chose », espoir « de changer la société », politique « sans esbroufe, proche des réalités ».

À la terrasse du Bar des sports, au centre du village, la moindre interview se transforme en débat animé. L’idéal du 23 mars 2014 ne semble en rien émoussé. Ce jour-là, 56,8 % des Saillansons votaient pour faire l’expérience de la démocratie participative.

Répartition du travail

Comment cela fonctionne-t-il ? Le traditionnel conseil des adjoints a été remplacé par un comité de pilotage, ouvert au public, qui se réunit deux fois par mois.

Il constitue l’instance principale de décision. Les élus travaillent par deux et se partagent responsabilités et indemnités. Inutile de contacter le maire, Vincent Beillard, pour une question de voirie, de stationnement ou de traitement des déchets. Il vous renverra vers
les élus compétents.

« Ce n’est pas toujours évident, les gens attendent tout de “Monsieur le maire’’ », témoigne ce veilleur de nuit. Lui-même ne prend aucune décision seul et travaille en binôme avec sa première adjointe, Annie Morin.

Des citoyens impliqués

Désormais, à Saillans, les habitants se situent en haut de l’organigramme. Ces derniers votent lors des élections municipales, mais également lors de référendums locaux réservés aux grandes décisions (il n’y en a pas encore eu à ce jour).

Ils sont aussi invités à s’impliquer dans l’une des commissions participatives (aménagement et travaux, enfance, jeunesse et éducation, associations, sports, culture et patrimoine, environnement et énergie, finances et budget…) ou dans le « groupe action-projet », qui portent chaque fois sur des sujets précis (stationnement, nouvelle salle des fêtes…).

Concrètement, la municipalité a replanifié, il y a un an, les horaires de l’éclairage public quartier par quartier, en fonction des besoins exprimés par les habitants. Sur certaines zones, la facture a été divisée par deux (l’éclairage public représente 45 % du budget municipal).

La démocratie participative, un défi sur la durée

Douze habitants non élus forment un « Conseil des sages », sorte de « Conseil consti-tutionnel » local chargé de veiller à « la mise en œuvre et au bon fonctionnement de
la démocratie participative ».

D’autres groupes, plus informels, participent au fonctionnement municipal : relecteurs bénévoles des documents publiés par les élus, cercle de garde d’enfants pour permettre aux élus de se réunir le soir… Dans le village, cette manière de faire de la politique ne fait toutefois pas l’unanimité.

Certains natifs de Saillans regardent, mi-amusés mi-énervés, ces « choum-choum » comme ils les appellent : des néoruraux un peu baba cool, particulièrement sensibles à la démarche municipale, qui se sont installés par vagues dans ce village riche en associations, magasins et exploitations bio.

Après un an et demi, l’enthousiasme décline

Alors, démocratie participative ou « mainmise sur la mairie par quelques bobos », comme le croit un chef d’entreprise de Saillans ?

Un an et demi après leur élection, certains élus ne cachent pas « un certain épuisement du modèle » : Les réunions publiques attirent moins et les visages sont souvent les mêmes. Cette expérience du pouvoir a fait prendre conscience à certains élus de la difficulté de la politique locale.

« Dans les milieux ruraux, les élus détiennent tout le pouvoir, témoigne Sabine Girard, délégué à l’environnement ; parfois par ego, mais le plus souvent parce que tout le monde se défile. »

À la terrasse du Bar des sports, Mohamed El Moncef Derdour, ancien ingénieur, rêve de « triumvirat », de retour à la noblesse de la politique, « comme dans la Grèce antique ». Cependant, cet ancien communiste avoue ne plus se rendre, ces derniers temps, aux
réunions publiques de la mairie.

6945 politique autrement dossier

Avec cet article retrouvez notre dossier "Politique : on peut faire autrement !"
Un mois après le choc des régionales, et la défiance exprimée par les électeurs envers la classe politique, comment faire de la politique autrement ? D’abord en identifiant les causes du rejet pour mieux les soigner. Mais surtout en recréant un lien de confiance entre le peuple et ses élus.

→ dans Pèlerin n°6945 du 7 janvier 2016

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Paru le 23 novembre 2017

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