Dans "Silence", Scorsese interroge le sens du martyre

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Osuke Kubozuka incarne Kichijiro (à d.), un chrétien japonais qui sera le guide ambigu du P. Sebastiao Rodrigues, joué par Andrew Garfield (à g.). © Photos Paramount pictures. All rights reserved
Dans "Silence", Scorsese interroge le sens du martyre
Osuke Kubozuka incarne Kichijiro (à d.), un chrétien japonais qui sera le guide ambigu du P. Sebastiao Rodrigues, joué par Andrew Garfield (à g.). © Photos Paramount pictures. All rights reserved

Silence, le dernier film de Martin Scorsese en salles le 8 février, met en scène des chrétiens torturés pour leurs convictions religieuses dans le Japon du XVIIe siècle. Et illustre les dilemmes du réalisateur.

À propos de l'article

  • Publié par :Christophe Chaland
  • Édité par :Laurence Faure

« C’est une grâce pour moi d’avoir pu faire ce film », a confié Martin Scorsese, 74 ans, au jésuite Antonio Spadaro, au sujet de son dernier film, Silence. « Je me sens très proche de cette histoire ; je continue de vivre avec  », affirme ailleurs le célèbre réalisateur de La dernière tentation du Christ. Pourtant, cette histoire se passe au Japon, au XVIIe siècle, quand une furieuse persécution s’abat sur la jeune communauté chrétienne.

La foi ou la vie ?

Les jésuites, premiers évangélisateurs du pays, sont morts en martyrs, à l’exception du plus éminent d’entre eux : le P. Ferreira, qui a cédé et a publiquement renié sa foi. Le P. Rodrigues, un fervent jésuite portugais, s’introduit dans le pays avec un compagnon pour soutenir les paysans chrétiens.

Est-il préférable de renier publiquement le Christ pour épargner des vies, ou bien de confesser la foi jusqu’au martyre en entraînant des innocents ?

Les deux hommes s’exposent ainsi à être traqués et torturés. Comme le spectateur, si l’on peut dire, exposé à de nombreuses scènes violentes au cours de ce long film. L’alternative proposée au croyant est celle-ci : est-il préférable de renier publiquement le Christ pour épargner des vies, ou bien de confesser la foi jusqu’au martyre en entraînant des innocents dans la mort ?

 

Kichijiro, un chrétien japonais, est le personnage-clé du film : il renie sa foi sans vergogne et demande pardon, autant de fois que nécessaire. La foi lui tient au corps et au cœur, mais il est trop faible pour être martyr.


Les deux hommes s’exposent ainsi à être traqués et torturés. Comme le spectateur, si l’on peut dire, exposé à de nombreuses scènes violentes

Le silence évoqué par le titre du film est d’abord le silence de Dieu, dans une situation extrême. Mais Scorsese autorise le spectateur à penser que c’est aussi le silence dans lequel se trouvent enfermés ceux qui renient leur foi. D’ailleurs, Dieu est-il si silencieux que cela pour le tourmenté Scorsese ? Les petits cailloux dont il sème son œuvre – par exemple les références à la Passion du Christ – font signe.

À voir : Silence, film américain. Durée : 2 h 41. En salles le 8 février. À partir de 15 ans. Notre avis : PPP


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Après Silence, parlez! 

Ce film soulève quantité de questions, en parler s’avère enrichissant au-delà d’une réaction émotionnelle. Les sites jesuites.com et sajedistribution.com fournissent des dossiers d’accompagnement permettant de nourrir le débat : quelle est précisément l’histoire de l’évangélisation du Japon, celle du P. Ferreira ? Ce pays est-il hermétique au christianisme ? Qui est shûsaku Endô, auteur du livre (Silence, chez Folio) qui inspire le film ?

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Paru le 23 février 2017

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