Comment voter quand on est cloîtré?

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Des frères de la communauté bénédictine d'En Calcat votant à Dourgne (Tarn) le 23 avril 2017. © Frère Columba / Abbaye bénédictine d'En Calcat.
Comment voter quand on est cloîtré?
Des frères de la communauté bénédictine d'En Calcat votant à Dourgne (Tarn) le 23 avril 2017. © Frère Columba / Abbaye bénédictine d'En Calcat.

De l’abbaye d’En Calcat (Tarn) au carmel de Mazille (Saône-et-Loire) : petit tour de France des communautés de moines et de moniales qui vont voter… (presque) comme tout le monde.

À propos de l'article

  • Publié par :Laurence Faure
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    Pèlerin.com; le 21 avril 2017

« Oui, nous possédons même notre fourgon électoral ! » Frère David, père abbé de l’abbaye bénédictine d’En Calcat, s’amuse : le « Trafic » 9 places qui emmènera la plupart des 50 frères de sa communauté, dimanche, pour voter, est prêt. Trois départs sont prévus : 8 heures, 11 heures 30 et 14 heures.

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Le "fourgon électoral" prêt pour le départ (c) Abbaye bénédictine d'En Calcat.

Certains frères vont voter en habit, d'autres non. En tout cas, cela amuse généralement la mairie de nous voir tous débarquer.

Une sortie de l’abbaye « hors-cadre » pour ces moines qui vivent la plupart du temps dans la clôture de leur monastère. « Certains frères vont voter en habit, d'autres non, raconte frère David. En tout cas, cela amuse généralement la mairie de nous voir tous débarquer. »

« En recul »

Quant aux « infos » concernant les candidats, si les bénédictins ne sont pas connectés toute la journée, elles passent néanmoins très bien. « Nous sommes clairement en recul par rapport au flux continu de l'information, observe frère David, mais nous avons à cœur de nous informer : chaque samedi, un frère nous résume l'actualité nationale et internationale tandis que le dimanche, nous avons un point sur l'actualité religieuse. » La communauté est abonnée aux quotidiens Le Monde, Le Figaro, La Croix...

En revanche, pas de soirée-débat organisée en communauté devant la télévision : « Les frères n’en ont pas fait la demande. Sans doute cela vient-il de la déception générale causée par cette campagne, qui a tourné au jeu de massacre. »


Chaque frère est libre de se renseigner de son côté. Nous avons la possibilité de consulter internet à divers postes installés dans le monastère.

« Après, insiste frère David, chaque frère est libre de se renseigner de son côté. Nous avons la possibilité de consulter internet à divers postes installés dans le monastère, entre 10h et 18h exclusivement. En outre, ceux qui ont voulu aller voter aux primaires l'ont fait en toute liberté. »

Pour lui, s’il est essentiel de « participer à la vie politique », le débat électoral ne doit pas accaparer leur vie communautaire, « car (nous avons) aussi quelques frères étrangers autour de nous ». Et de pointer non sans humour : « On évite aussi de trop se focaliser sur les sujets qui fâchent facilement ici : la politique, la liturgie… et la nourriture ! Plus sérieusement, nous souhaitons respecter les points de vue de chacun. Historiquement notre communauté abrite des sensibilités politiques très diverses. »

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Une soeur bénédictine votant à Dourgne (Tarn) (c) Abbaye bénédictine d'En Calcat

« Sortie exceptionnelle » pour les carmélites

Les sœurs carmélites de Frileuse (Essonne), elles, ont aussi prévu d’aller voter, ensemble, en voiture, dimanche à la première heure. Sans hésiter, mais « sans s'attarder non plus », prévient la prieure : « Nous ne laisserions pas passer une seule occasion de voter; mais notre vocation reste une vie communautaire de prière et de solitude. »

Il n’empêche : la préparation aux élections a été studieuse. Outre leurs abonnements aux journaux d’information, chrétiens ou non, elles ont décortiqué les programmes des « principaux candidats », en en faisant la lecture pendant leurs repas ; et organisé un temps communautaire avec un prêtre « spécialisé en politique » pour discuter des éléments pouvant les aider à discerner.


Outre leurs abonnements aux journaux d’information, chrétiens ou non, elles ont décortiqué les programmes des "principaux candidats".

400 km au sud, au carmel de Mazille, non loin de Taizé (Saône-et-Loire), la voix claire d’une sœur répond au téléphone : « Oui, en dehors de nos courses et de nos sorties chez le médecin, c’est sûr que partir voter en communauté est une sortie exceptionnelle ! ». Les trois voitures de la communauté sont prêtes pour emmener les 28 sœurs voter à 2 km de là, « dans une ambiance bon enfant » et « après s’être largement renseignées via les canaux d’information classique et notamment la radio. »


Oui, en dehors de nos courses et de nos sorties chez le médecin, c’est sûr que partir voter en communauté est une sortie exceptionnelle !

Échos similaires chez les frères carmes de Montpellier : nécessité de s’informer et d’aller voter, tout en gardant un certain recul… jusque dans les discussions communautaires. « Le sujet est sensible, confirme brièvement la carmélite de Mazille, nous savons que nous avons des sensibilités politiques diverses; nous tenons à respecter les opinions de chacune ».

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Paru le 12 octobre 2017

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