Comment protéger les jeunes de la pornographie ?

agrandir 93 % des garçons et 62 % des filles âgés de moins de 18 ans ont été exposés à la pornographie sur Internet.
93 % des garçons et 62 % des filles âgés de moins de 18 ans ont été exposés à la pornographie sur Internet. © Peter Cripps / Adobe Stock
93 % des garçons et 62 % des filles âgés de moins de 18 ans ont été exposés à la pornographie sur Internet.
93 % des garçons et 62 % des filles âgés de moins de 18 ans ont été exposés à la pornographie sur Internet. © Peter Cripps / Adobe Stock

Emmanuel Macron s'est inquiété, samedi 25 novembre, des effets de la pornographie auprès des jeunes. Un poison que le professeur Israël Nisand, chef du pôle gynécologie-obstétrique du CHU de Strasbourg, dénonce depuis des années.

À propos de l'article

  • Publié par :Agnès Chareton
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    7045 du 7 décembre 2017

La pornographie a franchi la porte des établissements scolaires. Nous ne pouvons ignorer ce genre qui fait de la femme un objet d'humiliation.

Emmanuel Macron à l'Élysée, à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, samedi 25 novembre.

Comment réagissez-vous aux propos d'Emmanuel Macron ?

Enfin, on se préoccupe de ce vrai problème de société qui nuit à nos enfants et à la relation homme-femme dans notre pays. C'est bien que le président de la République s'en empare. Mon expérience est, qu'aujourd'hui, pratiquement la totalité d'une classe d'âge de 12-13 ans a déjà été confrontée à des images pornographiques. Le business de cette industrie se chiffre en milliards de dollars. En tant que citoyen, je pose la question : est-ce que ce business dispense de respecter la loi sur la protection des mineurs ?

Que faire pour lutter contre l'exposition des jeunes à la pornographie ?

J'ai fait trois propositions. La première est d'en finir avec le porno gratuit accessible aux mineurs. Sur Internet, la première image pornographique ne devrait être délivrée qu'après avoir entré un numéro de Carte bleue. Il faut frapper au porte-monnaie.

La seconde, c'est de mener une campagne de sensibilisation auprès des parents.

Enfin, il faut informer les enfants, dans les écoles, pour leur expliquer que, comme la drogue, la pornographie fait du mal. Ces images, d'une extrême violence, ne correspondent pas à la réalité et les insécurisent. Les jeunes n'ont pas la maturité nécessaire pour se défendre.

Les femmes sont considérées comme des objets.

Quel lien faites-vous entre pornographie et harcèlement ?

La pornographie donne cette idée fausse que la performance sexuelle se mesure. Les femmes sont considérées comme des objets. Les garçons n'ont aucune notion de ce qu'est le consentement. Il m'est arrivé qu'un jeune me demande : « Mais si une femme ne veut pas, est-ce qu'on peut la tenir ? » J'entends des récits de fellations collectives dans les toilettes. L'image de la femme est gravement dégradée.

Ne faut-il pas mettre en place de véritables cours d'éducation sexuelle dans les écoles ?

Depuis 2001, une loi préconise trois heures par an d'information à la vie affective et sexuelle. Aujourd'hui, elle n'est pas appliquée : elle décore juste les étagères du ministère de l'Éducation nationale. Il faudrait former des infirmières scolaires et des médecins, qui iraient dans les écoles. Parfois pour des motifs religieux, certains parents ont bloqué l'application de cette loi. Les enfants en paient aujourd'hui l'addition. J'espère qu'enfin, je ne crierai plus dans le désert.

En quoi consiste votre travail d'information dans les établissements scolaires ?

« Info ados », ce sont des interventions en milieu scolaire à la demande des établissements, en quatrième et en troisième, sur deux heures. Et un accueil anonyme et gratuit des jeunes à Strasbourg. La famille n'est pas forcément la mieux placée pour leur parler de sexualité. À 13 ou 14 ans, les jeunes se cachent de leurs parents, ils ont peur de les décevoir. Il est nécessaire qu'il y ait une prise de relais par d'autres adultes formés à ces questions, en toute confiance.

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 18 janvier 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières