Comment est nommé l’archevêque de Paris ?

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Mgr André Vingt-trois, archevêque de Paris, fête ses 75 ans. © Dominique Faget/AFP
Mgr André Vingt-trois, archevêque de Paris, fête ses 75 ans.
Mgr André Vingt-trois, archevêque de Paris, fête ses 75 ans. © Dominique Faget/AFP

Mgr André Vingt-Trois a soufflé ses 75 bougies mardi 7 novembre, à Lourdes, entouré des évêques de France. L’âge de la retraite a sonné pour l’archevêque de Paris, qui avait succédé, en 2005, à Mgr Lustiger. Comment est nommé l’archevêque de Paris ? C’est le pape qui décide, au terme d’une consultation ultra-secrète. Pèlerin vous explique les coulisses.

À propos de l'article

  • Publié par :Agnès Chareton
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    7 novembre 2017

L’anniversaire a eu lieu à Lourdes, en toute discrétion. Le 7 novembre dernier, Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a fêté ses 75 ans. C’est la limite d’âge fixée par l’Eglise pour la retraite des prêtres et des évêques. Une retraite d’autant plus attendue que, ces derniers mois, le cardinal a été affaibli par des problèmes de santé. Depuis, le diocèse de Paris est en attente de la nomination de son successeur. Celle-ci peut intervenir dans les jours ou les mois qui viennent.

Comment est nommé l’archevêque de Paris ? La nomination d’un évêque, régie par le droit canonique, résulte d’un long processus. A fortiori, celle de l’archevêque de Paris, qui incarne le visage de l’Eglise de France. C’est le pape, et lui seul, qui décide de son nom. Et cela, au terme d’une consultation confidentielle qui implique des membres de l’Eglise de France, Rome, et même le gouvernement français. Explications.

1 L’évêque remet sa démission

Première étape : l’archevêque doit remettre une lettre de démission au pape. C’est chose faite pour Mgr Vingt-Trois, comme il l’a dit en septembre à Paris Notre-Dame, espérant que la nomination de son successeur intervienne « dans le courant de l’automne. » Mais le pape François n’a pas encore officiellement accepté sa démission : à ce jour, Mgr Vingt-Trois reste archevêque de Paris de plein droit. Le choix de son successeur, en revanche, se prépare dans le plus grand secret probablement depuis plusieurs mois.

2 Le nonce apostolique mène une double enquête

Quand un siège épiscopal est à pourvoir, le nonce apostolique, c’est-à-dire, l’ambassadeur du Saint-Siège en France, Mgr Luigi Ventura, entame deux enquêtes. « La première porte sur le diocèse et ses enjeux, afin de déterminer le profil du pasteur qui sera le plus apte à les relever », explique le Père Cédric Burgun, spécialiste de droit canon.

La seconde porte sur les « critères d’idonéité » de celui qui est pressenti pour devenir évêque, définis par le canon 378 : « une foi solide, de bonnes mœurs, la piété, le zèle des âmes, la sagesse, la prudence et les vertus humaines. » Le code de droit canonique précise que le candidat doit « jouir d’une bonne renommée », « avoir au moins trente-cinq ans », « être prêtre depuis cinq ans au moins » et avoir obtenu « le doctorat ou au moins la licence d’Écriture Sainte, de théologie ou de droit canonique (…) ».

Pour trouver ces perles rares, une liste de prêtres « épiscopables » est maintenue à jour tous les trois ans par les évêques, en secret, à l'échelle d’une province ecclésiastique (canon 377). Elle est ensuite transmise au nonce apostolique. Mais, pour le diocèse de Paris (ainsi que les « grands diocèses »), la coutume veut que soit nommé un évêque qui a déjà expérimenté la charge épiscopale dans un autre lieu. « Mais comme ce n’est pas une règle écrite, le Saint-Siège reste libre de faire ce qu’il veut », précise Cédric Burgun.

Une fois qu’il a identifié des épiscopables, le nonce consulte, dans le secret, des proches de ces personnes, pour vérifier leur bonne réputation. Des prêtres, des évêques et des laïcs reçoivent par courrier un questionnaire à renvoyer au nonce, sub secreto pontificio, c’est-à-dire, sous le secret pontifical. Les personnes ainsi consultées s’engagent au secret absolu. « Rompre le secret pontifical est même passible d’une peine, dans le droit canonique », précise le P. Burgun.

3 La terna est envoyée à la Congrégation pour les évêques, à Rome

A partir de cette remontée d’informations, le nonce établit une liste de trois noms, classés par ordre de préférence : la terna. Toujours sous le secret, la terna est envoyée à la Congrégation pour les évêques, à Rome, dont le préfet est le cardinal Marc Ouellet, ainsi que le rapport du nonce sur la situation du diocèse. « La congrégation étudie ce dossier et mène parfois quelques consultations supplémentaires, explique le P. Cédric Burgun.

Son but est de vérifier l’honnêteté des personnes proposées. Ensuite, les membres de la congrégation procèdent à un vote, pour accepter la terna. »

4 Le pape arrête son choix

Une fois approuvée par la Congrégation pour les évêques, la terna est transmise au pape. C’est lui qui a le dernier mot : « Le pape n’est pas tenu de choisir un nom dans la terna, rappelle le P. Burgun. Mais, dans un certain nombre de pays, il ne connait pas les personnes ni la situation des diocèses et il fait donc confiance à ses services. »

5 Le futur évêque est informé

Le pape ayant choisi le nom du futur évêque, l’information redescend -via la Congrégation pour les évêques- au nonce apostolique, qui informe le principal intéressé de sa nomination. Celui-ci est libre d’accepter la charge ou bien de la refuser. Dans ce cas, la procédure recommence depuis le début.

6 Le gouvernement français est consulté

Une fois que le futur évêque a dit oui, le nonce transmet son nom au Ministère des affaires étrangères. Le gouvernement français est en effet consulté dans la nomination des évêques, une tradition qui remonte à 1922. « Le gouvernement français dispose d’un droit de veto, mais aujourd’hui, il ne l’exerce plus, explique le P. Burgun. Il signifie au Saint-Siège qu’il ne voit pas d’inconvénient à la nomination de tel évêque. »

Le gouvernement mène en revanche sa propre enquête sur le profil du futur évêque, avant de donner sa réponse au nonce. Il est particulièrement attentif à ce dossier : un évêque est un interlocuteur de premier plan pour les pouvoirs publics.

« Le Saint-Siège insiste pour que cette procédure soit conduite dans le plus grand secret, souligne le P. Burgun. Pour minimiser le risque de fuites, il demande que le délai soit le plus court possible : l’habitude diplomatique veut qu’une réponse soit donnée dans les quinze jours. » Une fuite eu lieu pour la nomination de Mgr Lustiger, dont le nom a été dévoilé quelques jours avant l’annonce officielle.

7 La nomination est officialisée

Dernière étape : le pape signe une « bulle pontificale de nomination », et la nomination est officialisée par le diocèse concerné. On procède alors à l’ordination du nouvel évêque (s’il ne l’est pas déjà) et à son installation. Que deviendra Mgr Vingt-Trois entre l’annonce de la nomination de son

successeur et l’installation de ce dernier ? Plusieurs options sont possibles. Le pape François pourrait accepter sa démission tout de suite et nommer un administrateur apostolique pour le remplacer. Mais pour le Père Burgun, « il est plus probable qu’il reste archevêque de Paris de plein droit ou bien qu’il soit nommé administrateur apostolique du diocèse. »

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Paru le 23 novembre 2017

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