Comment choisir une maison de retraite pour un proche ?

agrandir Beaucoup de petits détails permettent d'évaluer une maison de retraite.
Beaucoup de petits détails permettent d'évaluer une maison de retraite. © ME - Adobe Stock
Beaucoup de petits détails permettent d'évaluer une maison de retraite.
Beaucoup de petits détails permettent d'évaluer une maison de retraite. © ME - Adobe Stock

Les Français entrent à un âge de plus en plus avancé en Ehpad (Établissement d’hébergement pour personne âgée dépendante), lorsque la dépendance ne permet plus de rester chez soi. Christelle Vidal, infirmière depuis 20 ans en Ehpad, explique quels sont les critères qui comptent pour faire le bon choix.

À propos de l'article

  • Créé le 29/11/2017
  • Publié par :Marie-Yvonne Buss
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7044 du 30 novembre 2017

On s’inscrit longtemps à l’avance en maison de retraite, mais après, c’est souvent l’urgence qui décide. Peut-on vraiment parler d’un choix ?
Souvent, les familles s’y prennent tardivement. C’est difficile, d’autant que le choix est restreint. C’est compliqué, d’avoir une place en maison de retraite ! C’est pourquoi mieux vaut anticiper en se posant les bonnes questions au moment de visiter un établissement.

Les différences de prix d’un établissement à l’autre sont considérables. Les soins sont-ils d’autant plus performants que le tarif est élevé ?
Je peux témoigner que ce n’est pas parce qu’un résident va payer 3500 euros par mois qu’il sera mieux accompagné que s’il en payait 2000. Le « vernis » d’un bel établissement, ça ne veut rien dire. Les beaux meubles, le cadre qui présente bien… Tant que l’on ne vit pas à l’intérieur, on ne peut pas savoir.

Mais alors, comment être sûr qu’on sera bien « traité «    ?
C’est un ensemble d’indicateurs qu’il faut prendre en compte. Par exemple, le premier contact lorsqu’on entre dans une maison de retraite est un bon indicateur. Il doit être bienveillant, le sourire présent, même si la personne n’est pas immédiatement disponible. Lors de la visite de l’établissement, est-ce que le personnel s’arrête pour vous dire bonjour, ou passe-t-il  devant vous en vous ignorant?
Ensuite, les odeurs… A l’heure actuelle, un établissement qui sent l’urine ou autres odeurs désagréables, ce n’est pas tolérable. Par ailleurs, en visitant l’établissement, vous croiserez des résidents. Si à 11h, bien après le petit-déjeuner et la toilette certains ont encore des « moustaches » de chocolat ou de confiture parce que personne n’a pris soin de leur essuyer la bouche, c’est mauvais signe. Bien davantage que les tâches sur les vêtements, parfois inévitables, l’allure générale compte aussi : des résidents pas ou mal rasés, des cheveux pas très propres, des mains ou ongles sales… Un établissement où l’on ne bénéficie pas d’au moins un shampoing et une douche par semaine manque clairement de vigilance. Cela, ce sont des critères auxquels chacun peut être attentif, même si il n’est pas possible de tout garantir.

Parfois, on voit des résidents somnolents au hasard des couloirs, apparemment inactifs…
Cela n’a rien d’anormal. Ce peut être un moment calme après le repas. Une maison de retraite, ce n’est pas un lieu d’hyperactivité ! Même à domicile, certaines personnes âgées passent l’essentiel de leur journée dans leur fauteuil. Et cela leur va. Il faut savoir que la majorité des résidents refusent les propositions d’activité qui leur sont faites. On essaiera de proposer une autre activité plus adaptée, mais parfois, ils ont simplement envie d’être tranquilles. Juste là, en regardant les autres.

Donc, la personne âgée « collée » devant la télé parce que le personnel n’a pas le temps, c’est un cliché ?
Tout dépend de ce qu’elle regarde ! S’il s’agit de dessins animés, ce n’est pas normal. Sauf s’il y  a eu une demande particulière lors de l’élaboration du « projet de vie » (la prise en charge personnalisée des résidents, NDLR). Sinon, c’est infantilisant. Quitte à allumer un écran, on essaie toujours que le programme ait un intérêt pour les personnes concernées. Un film ancien en noir et blanc, le tour de France… Si dans un salon, la télé marche et qu’aucun résident ne semble intéressé, cela signifie qu’il n’y  a pas eu de réflexion préalable. Autant mettre un CD avec des chansons de leur génération !

D’autres indices ?
L’entretien des locaux. Y compris à l’extérieur. Si en arrivant, vous doutez que l’établissement soit encore en activité –cela m’est arrivé-, tournez les talons. La  façon de s’adresser aux résidents a aussi son importance : « oh, il est gentil, le papy », « elle est jolie, la mamie ! » Non. Le résident, ce n’est ni notre papy ni notre mamie ! C’est « Madame » ou Monsieur.  » Si le résident l’a demandé, il peut être appelé par son prénom, mais  le vouvoiement sera toujours de rigueur.  Ce sont des adultes, avec leur propre vie, leur propre histoire.

Et pour le résident lui-même, qu’est-ce qui compte vraiment ?
C’est tout un ensemble. On vient d’abord en Ehpad pour s’y sentir en sécurité et bénéficier de soins adaptés. Mais ce n’est pas tout. L’alimentation, ça compte beaucoup. Hier, Laurent, notre chef cuisinier, nous a servi du « poumpet » en dessert, une spécialité du Tarn (feuilleté au citronNDLR). Ici, nous sommes en milieu rural, et nous avons par exemple de la daube au menu, parce que cela rappelle des souvenirs aux résidents. Quand on n’a plus beaucoup de plaisirs dans la vie, ces rituels sont importants. C’est pourquoi nous faisons aussi un travail sur les textures modifiées.

C’est-à-dire ?
Eh bien, pour les personnes qui ne peuvent manger que des produits mixés, le cuisinier fait en sorte que la présentation soit harmonieuse. Que cela donne envie de manger  

Les résidents peuvent-ils formuler des critiques, si nécessaire ?
Au sein des établissements, la parole est donnée aux résidents par le biais du CVS, le Conseil de vie sociale. Il est constitué de l’équipe de direction, de membres du personnel, de résidents et de familles de résidents. C’est un moment d’échange pour essayer de recaler ce qui ne va pas, mais aussi pour évoquer ce qui fonctionne, et présenter les projets. C’est suivi, utilisé, entendu. Mais certains, à tort, n’osent pas parler ou se plaindre , parce qu’ils ont peur des « représailles. » Mais, en général, au quotidien, les résidents et les familles n’attendent pas le CVS pour s’exprimer !

Entrer dans un Ehpad, cela reste de toutes façons un moment difficile ?
Quitter sa maison, avec tous les souvenirs qui y sont attachés, c’est forcément douloureux.  Pour le résident, pour les familles. C’est dire au-revoir à son chez-soi, son salon, sa cheminée… Car dans une maison de retraite, ce ne sera jamais « comme à la maison ». Parce qu‘on est dans une institution avec des règles. On mange à midi, ou midi et demi. C’est comme ça. Mais certains établissements tendent vers la personnalisation. Et de nombreux directeurs sont à l’écoute des résidents et du personnel  

Il y a tout de même un deuil à faire. On sait que cette porte qu’on pousse…
… c’est la dernière demeure. Il n’y aura pas de retour en arrière . On est obligé d’avancer. Et on avance vers la mort, qu’on le veuille ou non. On y avance tous ! Mais là, cela devient très concret.  C’est pourquoi il  ne faut pas avoir peur d’échanger sur ce sujet.

Mais il y a encore de la vie, dans cette avancée-là ?
Bien sûr ! On est un lieu de vie, pas un lieu de mort. Une famille, une fois, m’a dit : « mais on vous entend rigoler. » Je lui ai dit : « Mais heureusement, qu’on rigole ! La vie, elle est là ! »

Elle était choquée ?
Oui ! Parce qu’évidemment, on  a des résidents qui décèdent. Mais la vie continue ! Elle est différente, mais elle continue. C’est ça, qui est important.

Où aimeriez-vous vieillir un jour ?
Il y a des établissements où je me dis : « franchement, j’aimerais bien vieillir ici. » Cela ne me fait pas peur de vieillir en maison de retraite, à l’heure actuelle. Mais à condition d’avoir participé au  choix.

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Paru le 5 avril 2018

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