Ces femmes qui réveillent l'Église

agrandir Nolwenn Bottou, chargée de communicaiton au diocèse de Mende (Lozère)
Nolwenn Bottou, chargée de communicaiton au diocèse de Mende (Lozère) © Hélène Jayet.Signatures
Nolwenn Bottou, chargée de communicaiton au diocèse de Mende (Lozère)
Nolwenn Bottou, chargée de communicaiton au diocèse de Mende (Lozère) © Hélène Jayet.Signatures

Brimées, les femmes dans l'Église ? Ce n'est pas ce que disent les laïques engagées que nous avons rencontrées. Pèlerin fait le point sur ce débat sensible, à l'occasion de la Journée des droits des femmes, le 8 mars.

À propos de l'article

  • Créé le 07/03/2018
  • Publié par :Agnès Chareton
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7058 du 8 mars 2018

L'institution ecclésiale serait-elle misogyne ? « Je ne pense pas que l'Église soit aujourd'hui spécialement machiste ou qu'elle ait un problème général avec les femmes, tranche tout net la dominicaine Véronique Margron, première femme à avoir été élue à la tête de la Conférence des religieuses et religieux en France (Corref).


Que l'Église ait eu un problème avec les femmes dans l'Histoire, cela ne fait pas de doute.

Que l'Église ait eu un problème avec les femmes dans l'Histoire, cela ne fait pas de doute, poursuit-elle. Mais aujourd'hui en France, ce serait une ana-lyse superficielle d'affirmer cela. »

Économe diocésain, responsable du catéchuménat, directrice de la communication d'un diocèse, enseignantes dans les facultés catholiques, théologiennes… Les femmes sont en effet de plus en plus nombreuses à occuper ces postes clés. « Nos pratiques doivent s'ouvrir, affirme Mgr Ulrich, archevêque de Lille. Dans le diocèse aujourd'hui, quand nous recrutons des personnes à ces postes, il m'importe peu que ce soit un homme ou une femme, cela dépend des carrières et des compétences. »


« Il y a eu des changements homéopathiques… »

En 2014, à Lourdes, Mgr Ulrich avait remis des propositions à ses confrères évêques en ce sens, pour mieux associer les femmes au gouvernement de l'Église. « Je crois, dit-il, que tous les baptisés, hommes et femmes, doivent avoir une part dans la vie de l'Église. » Sur ce sujet, les diocèses du nord de la France ne sont pas en reste. De manière inédite, lors du synode Lille-Arras-Cambrai, qui a mobilisé près de 200 personnes entre 2013 et 2015, la parité hommes-femmes a été quasiment respectée.


Nous voulions qu'il y ait 50 % de femmes dans l'assemblée synodale.

« Nous voulions qu'il y ait 50 % de femmes dans l'assemblée synodale et finalement, il y en a eu 45 %, précise Mgr Ulrich. Un synode est un acte fort de la vie de l'Église. mSymboliquement, le souci de la parité exprimait un désir profond que les femmes aient toute leur place dans la délibération. »

Malgré ces efforts, certaines catholiques regrettent la lenteur de l'évolution des mentalités. En 2008, la bibliste Anne Soupa et la journaliste Christine Pedotti avaient créé le « Comité de la jupe » suite à des propos maladroits du cardinal André Vingt-Trois sur les femmes. Objectif : promouvoir la place de ces dernières dans l'Église. Dix ans plus tard, les choses ont-elles bougé ? « Il y a eu des changements homéopathiques, mais pas de grandes avancées », constate Anne Soupa.


Yn certain nombre de postes ne peuvent être tenus que par des clercs.

Dans les diocèses français, elle salue « des efforts sincères de la part des évêques » mais regrette que, du fait du droit canon, « un certain nombre de postes ne peuvent être tenus que par des clercs ». Elle dénonce, dans certaines paroisses, « un vrai recul de la présence des femmes à l'autel » qu'il s'agisse de servir la messe, de faire les lectures ou de donner la communion. Un raidissement qu'elle impute à l'arrivée de « jeunes prêtres traditionalistes ».

À une autre échelle, à Rome, où l'absence des femmes dans la hiérarchie est criante, elle se félicite de « plusieurs nominations de femmes à des postes à responsabilité ».

Une hiérarchie masculine

Pour Véronique Margron, la question est « en partie faussée » : il ne s'agit pas tant de la place des femmes dans l'Église que de celle des laïcs par rapport aux ministres ordonnés. « L'Église catholique, dans sa structure, est d'abord organisée à partir des clercs, rappelle la religieuse. L'ensemble de la hiérarchie est alors forcément masculine. » Pour certaines féministes catholiques, la solution, pour rétablir l'égalité, serait d'ordonner des femmes prêtres. En France, c'est, par exemple, ce que réclame le « Comité de la jupe ».


Il est urgent que la voix des femmes soit entendue dans l'Église, mais cela ne doit pas passer par le sacerdoce féminin.

Pour d'autres intellectuelles catholiques, comme la bibliste Anne-Marie Pelletier, ou l'historienne italienne Lucetta Scaraffia, il est urgent que la voix des femmes soit entendue dans l'Église, mais cela ne doit pas passer par le sacerdoce féminin, au risque de tomber dans le piège du cléricalisme. C'est l'ensemble des laïcs, hommes et femmes, qui doivent être davantage associés à la marche de l'Église. Le mouvement est lancé, comme le montre l'engagement généreux des femmes dont nous avons fait le portrait, à tous les niveaux de l'Église et de la société.


Retrouvez le portrait de Nolwenn Bottou et celui d'autres femmes engagées dans l'Église, dans Pèlerin du 8 mars 2018.

Vos commentaires

3 Commentaires Réagir

Les femmes dans l'église

Perlimpinpin 07/03/2018 à 20:46

Les mentalités d'ouverture aux femmes non seulement évoluent lentement mais même régressent. Dans certaines paroisses, l'accès à l'autel est refusé aux filles et les femmes ne peuvent plus donner la communion... Ne serait-il pas souhaitable d'ouvrir ... lire la suite

Femmes dans l’eglise

penelope 07/03/2018 à 20:03

Des femmes occupant des postes, il y en a beaucoup : sacristines, lectrice de la parole, cela est courant. Pour la prêtrise, cela poserait des problèmes, il faudrait réserver ce poste à des femmes veuves. Je suis déjà âgée ,j’ai servi l’Église ... lire la suite

Les femmes dans l'Eglise

Bret 07/03/2018 à 18:50

Autour de moi, je note plutôt un recul de la présence féminine : les filles ne peuvent plus être servantes d'autel, seulement servantes d'assemblée, au pied des marches... Certaines jeunes femmes ne veulent pas donner la communion : "c'est le ... lire la suite

Paru le 14 juin 2018

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