Ces femmes illustres de l'histoire de l'Église

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De gauche à droite : Catherine de Sienne, Jeanne d'Arc, Marie-Noël, Madeleine Delbrêl, Louise de Marillac, Thérèse d'Avilla © AKG-Images/Pictures Alliance/RainerOettel/Bridgemanimages.com/Hervé Champollion
De gauche à droite : Catherine de Sienne, Jeanne d'Arc, Marie-Noël, Madeleine Delbrêl, Louise de Marillac, Thérèse d'Avilla
De gauche à droite : Catherine de Sienne, Jeanne d'Arc, Marie-Noël, Madeleine Delbrêl, Louise de Marillac, Thérèse d'Avilla © AKG-Images/Pictures Alliance/RainerOettel/Bridgemanimages.com/Hervé Champollion

Hildegarde de Bingen, sainte Catherine de Sienne, sainte Jeanne d'Arc, et plus près de nous, sainte Thérèse de Lisieux, Madeleine Delbrël, ... Beaucoup de femmes par leur intelligence, leur spiritualité, leur féminité ont contribué à l'histoire de l'Église. Redécouvrons-les !

À propos de l'article

  • Créé le 16/05/2018
  • Modifié le 16/05/2018 à 12:00
  • Publié par :Christophe Chaland
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7068 du 17 mai 2018

Le premier historien du féminisme, Charles Turgeon, distinguait en 1902 un féminisme chrétien et un féminisme révolutionnaire. Un siècle plus tôt, Mme de Staël, femme de lettres et philosophe, protestante, fille du ministre des Finances de Louis XVI, l'avait bien perçu : « Le christianisme a tiré les femmes d'un état qui ressemblait à l'esclavage. »

Ah ? Jésus, premier féministe ? 


Ah ? Jésus, premier féministe ? Il faut y regarder de près, car l'Église, dont la hiérarchie est exclusivement masculine, ne semble pas à première vue leur faire grand place. Tentons un parcours à (très) grandes enjambées dans l'Histoire, pour repérer ces femmes saisies par la parole de Dieu et leur rôle dans l'Église.

Jésus, libre avec les femmes

La relation du Christ avec les femmes est en effet très singulière. Il évolue dans un milieu patriarcal où les contacts entre hommes et femmes sont très codifiés. Or, cela ne l'empêche pas de converser avec elles – la Samaritaine, par exemple – et d'accepter la compagnie d'un groupe de femmes dans ses pérégrinations.

Marie-Madeleine, premier témoin de la Résurrection.

Elles l'accompagnent jusqu'à la Croix, ce qui n'est pas le cas des disciples hommes sauf l'apôtre Jean. C'est même l'une d'elles, Marie-Madeleine, premier témoin de la Résurrection, qui est envoyée vers les apôtres. « L'apôtre des apôtres », dira la tradition. Marie-Madeleine, que Jésus avait délivrée de nombreux tourments (Mc 16, 9).

Comment cette liberté s'est-elle exprimée au début du christianisme ?

Pour la bibliste Roselyne Dupont-Roc, il n'y a pas de doute, des femmes ont occupé une place éminente au sein de certaines communautés : « Dans les textes de l'évangéliste Jean, Marie-Madeleine occupe un rôle équivalent à celui du disciple bien-aimé. Marthe, la sœur de Lazare, est le ministre du repas du Seigneur ! L'apôtre Paul, lui aussi, donne beaucoup de responsabilités aux femmes. À la fin de la lettre aux Romains, il salue des personnes importantes, en tête desquelles Phoebé, “ministre de l'Église” !

Les « sans-voix », dont les femmes faisaient partie.

Il précise encore qu'elle exerce l'autorité (Rm 16, 2), si l'on veut bien lire correctement les mots du texte grec. » La parole du Christ portée par les premiers chrétiens a suscité une immense espérance parmi les « sans-voix », dont les femmes faisaient partie.

Mais… le monde romain a posé un couvercle sur cette marmite.

Mais… le monde romain a posé un couvercle sur cette marmite qui risquait de déborder, assure la bibliste : « Dans les épîtres à Timothée et Tite, qui ne sont probablement pas de Paul, les esclaves sont remis au pas, et les femmes renvoyées à la maison ! »

Les femmes sont renvoyées à la maison !

Le coup est rude. Comment des femmes ont-elles vécu leur foi en Dieu-qui-libère dans les siècles suivants ? Un coup d'œil sur l'Antiquité : voici la Lyonnaise Blandine, martyrisée en 177, dont la chronique rapporte : « On n'a jamais vu une femme souffrir aussi courageusement que cette esclave… » Et puis Geneviève de Paris, qui reste dans les mémoires comme celle qui, à 28 ans, a convaincu les Parisiens de ne pas quitter leur cité assiégée par les Huns, en 451. Quelle autorité !

Au Moyen Âge, « il se fit une grande révolution religieuse.

Au Moyen Âge, « il se fit une grande révolution religieuse. Dieu changea de sexe pour ainsi dire », écrivait l'historien Jules Michelet, provocateur. Une série de grandes figures féminines manifestent leur autorité spirituelle en Europe. Un premier nom est bien connu : l'Allemande Hildegarde de Bingen (1098-1179),

Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

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"La vision envahit tout mon être. Je connais la signification profonde de ce qui est exposé dans le psautier, dans l’Évangile, et d’autres livres, qui m’apparaissent."

© akg-images / picture alliance / Rainer Oettel


Hildegarde voit en Ève, la première femme, une créature plus accomplie que ne l'est Adam.

Cette abbesse bénédictine, est une intellectuelle polyglotte, naturaliste, médecin, musicienne. Et libre : comme théologienne, elle voit en Ève, la première femme, une créature plus accomplie que ne l'est Adam. « Ève a été créée, non à partir de semence, mais à partir de la chair de l'homme, car Dieu l'a créée avec la même énergie que celle par laquelle il mit son Fils dans la Vierge », juge-t-elle. Hildegarde est aussi femme de gouvernement : elle a la responsabilité de plusieurs paroisses sur le territoire de son abbaye et choisit les hommes qui seront ordonnés prêtres pour les desservir.

Catherine de Sienne (1347-1380)

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"Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier !"


© Whiteimages/Leemage

Pendant deux siècles au moins, quantité d'autres grandes femmes prodiguent un enseignement spirituel. Claire d'Assise (1193-1253), disciple de saint François, et Angèle de Foligno (1248-1309), du côté des Franciscains. Catherine de Sienne (1347-1380), laïque dominicaine, est l'une des quatre femmes auxquelles l'Église catholique donne le titre de docteur (comme à Hildegarde, Thérèse d'Avila et Thérèse de Lisieux).

Il faut encore nommer les béguines célèbres, ces femmes qui, en Flandre, au XIIIe siècle, vivent sous une règle mais sans prononcer de vœux perpétuels : Hadewijch d'Anvers, et Marguerite Porète – que les clercs condamneront au bûcher.

Pourquoi cette floraison de femmes à la pointe de l'expérience spirituelle ?

Elles occupent la place qui leur est laissée, observe le P. François Marxer, professeur d'histoire de la spiritualité au Centre Sèvres, à Paris : « Les femmes développent une théologie, non pas à partir de la raison spéculative, comme le font les théologiens dans leurs traités, mais à partir de leur expérience. Car les universités, où les clercs ont le monopole du discours, leur sont fermées. Cela n'empêche pas Angèle de Foligno, par exemple, d'élaborer une théologie spirituelle. C'est surtout en temps de crise qu'elles prennent la parole. »

Sainte Jeanne d’Arc  (1412-1431)

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"Très doux Dieu, je vous requiers, si vous m’aimez, de me révéler ce que je dois répondre à ces gens d’Église."

© nevsepic.com.ua


Les premières amies du Christ

Les siècles suivants fournissent encore une moisson abondante de femmes saisies par Dieu, contemplatives ou engagées dans le soin des pauvres, quitte à contourner les règles de l'Église, qui voudraient qu'elles soient encloses dans des couvents. Impossible de les nommer toutes ! La plupart du temps, elles inspirent et soutiennent des hommes d'Église.

De François de Sales et de Jeanne-Françoise de Chantal, le grand homme n'est pas celui qu'on croit.

Le P. Marxer rapporte, amusé, un propos entendu dans la bouche d'un éminent historien : « De François de Sales et de Jeanne-Françoise de Chantal, le grand homme n'est pas celui qu'on croit. » Un mot encore, pour Anne-Marie Javouhey (1779-1851), qui envoie des sœurs sur les cinq continents pour prendre soin des Noirs et des Blancs, tous « fils du Père commun ».

Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

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"Notre désir est sans remède. "

© Kunsthistorisches Museum Wien, Bilddatenbank.

Décidément, ces femmes d'influence montrent l'Église sous son meilleur jour. « Nous [femmes] sommes, avec les apôtres les premières amies du Christ », affirmait Florence Delay, dans son discours de réception de Mgr Claude Dagens à l'Académie française.

Oui, le féminisme pourrait bien avoir une forte racine chrétienne, quoi qu'il paraisse. Aujourd'hui, des théologiennes enseignent à l'université, des femmes dirigent des services diocésains. Dans le protestantisme, les femmes commentent l'Écriture dans les célébrations. Dans l'Église catholique, le diaconat féminin est encore à l'étude.



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4 questions à Véronique Margron, religieuse dominicaine, théologienne

Il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus », explique l'apôtre Paul (Ga 3, 28). Comment l'entendre ?
Saint Paul dit que la condition de baptisés fait de nous des égaux. Le baptême nous met en communion, avec le Christ et entre nous, au-delà de nos différences culturelles, y compris de genre (masculin ou féminin). Mais c'est une communion qui respecte la différence homme-femme.

Dans la Bible, la relation entre Dieu et son peuple est représentée, entre autres, par l'amour nuptial : comme l'époux aime son épouse, Dieu aime son peuple. Cela oriente une spiritualité féminine ?
C'est juste une image, il ne faut pas la surinterpréter. C'est l'Église qui est épouse de Dieu, pas les femmes en particulier. Une meilleure connaissance des textes bibliques a conduit à ne pas majorer cette représentation. La Bible est nourrie de bien d'autres métaphores : ainsi Dieu est « ami » des hommes, le Christ est « maître » et « serviteur »…

Les « études de genre » étudient les représentations du masculin et du féminin dans les cultures. Qu'apportent-elles à une meilleure compréhension de la Bible ?
L'humain naît mâle ou femelle, mais il doit devenir homme ou femme. C'est un processus de culture, de relation. La biologie n'est pas un destin. Il en est de même dans la Bible : dans les récits de la Création, il y a un mâle et une femelle qui, par le jeu de la parole et du dialogue avec Dieu, sont appelés à devenir l'homme et la femme.

Comment retentit ce travail d'humanisation dans une vie spirituelle ?
Il est très difficile d'attribuer telle réaction à notre condition biologique sexuée plutôt qu'aux représentations culturelles qui y sont liées. On dira par exemple que les femmes sont enclines à « prendre soin ». Mais si, dans le passé, elles ont occupé l'espace du soin, n'est-ce pas aussi parce qu'elles n'avaient pas accès à d'autres fonctions ? Aujourd'hui, d'ailleurs, beaucoup d'hommes ont développé une sensibilité au soin. Parler de la femme en général conduit à enfermer les femmes. Non, il y a des femmes, diverses dans leurs personnalités et selon leurs cultures, et l'Église se doit d'être la promotrice d'un autre rapport aux femmes, au nom de l'égalité homme-femme dans le Christ. Dans ce sens, elle est féministe.

* Lc 20, 34-36.


Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Dieu et les femmes

penelope 16/05/2018 à 18:08

Oui, les temps ont vraiment changé, il y a un siècle on ne se serait pas posé cette question "Dieu a t il rejeté les femmes ? »Il a choisi de créer ou choisir les femmes nécessaires pour que tout fonctionne pour le mieux. Je ne le crois pas ... lire la suite

Paru le 10 mai 2018

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