Ces étrangers "fous" du français

Ils viennent de faire leur rentrée. Leur mission : enseigner le français comme langue étrangère. En juillet dernier, lors du Congrès mondial des professeurs de français organisé à Liège (Belgique), nous avons demandé à huit d’entre eux leur mot « fétiche » dans l’idiome de Molière. L’occasion de partager avec eux un moment inspirant &… amusant !

À propos de l'article

  • Créé le 04/10/2016
  • Publié par :Estelle Couvercelle
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    6983 du 29 septembre 2016

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Belgique (Flandres)

Valeria Catalano, professeure à l’université de Hasselt.

« Chaque fois que je le prononce « rikiki », j’éclate de rire. Ce mot m’apporte ma dose de bonne humeur. Pourquoi ? A cause de sa sonorité, n’est-ce pas original cette succession des trois « i » ? Je l’ai entendu dès mon plus jeune âge, car ma mère, étant wallonne, parlait français. Et mon père, d’origine italienne, a finalement adopté « rikiki » dans son vocabulaire.

Bien qu’étant néerlandophone, je n’hésite pas à le glisser le mot dans mes conversations, même si personne ne le comprend d’ailleurs, à l’exception de mon mari qui s’amuse à l’employer aussi ! »

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Japon

Mitsuru Ohki a enseigné à l’université de Kyoto.

« J’aime le mot « frivole » – un mot est associé au charme français… enfin surtout à celui des femmes – en réaction à ce qui manque un peu dans notre pays. Les Japonais sont un peu trop sérieux. Chez nous, pour se marier, les hommes recherchent plutôt des épouses obéissantes et introverties. Bref, tout le contraire de la femme « à la française ».

Et pourtant, plus les années passent, plus j’aimerais mettre aussi un peu frivolité dans ma vie. Je vous envie, vous, les Français, avec cette manière unique de vivre avec une certaine légèreté. »

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Allemagne

Bernd Schmidt, enseigne dans un établissement professionnel et à l’université de Leipzig.

« Villégiature » : un mot dont la prononciation n’est pas évidente pour les germanophones ! Je dois m’appliquer quand je l’emploie. Alors que j’enseigne le français depuis une trentaine d’années, je l’ai découvert, il y a seulement quelques semaines de la bouche de notre attachée culturelle de l’Institut français de Leipzig.

Pour moi, il correspond à une forme d’évasion. Celle-ci fait partir du mode de vie à la française, mais finalement du mien aussi ! Car, chaque été, j’ai pour habitude de partir en villégiature avec mon épouse dans notre maison de campagne. »

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Pérou

Suelí Johanson Valdivia, enseignante à l’Alliance française, à l’université privée de César Vallejo et au collège Fleming, à Trujillo.

« J’opte pour le mot « famille » ! Je viens d’une famille nombreuse : j’ai deux frères et deux sœurs. Du côté de ma mère, la fratrie se monte à huit ! Toute petite, nous avions l’habitude, tous les dimanches, de nous réunir pour le repas. Une fois adulte, je continue à les voir régulièrement, à consacrer du temps à mes nièces et mes neveux. La famille, c’est certes compliqué, mais on peut toujours compter sur elle.

Je ressens la même chose pour tous ceux qui parlent le français. Cette langue donne l’occasion d’échanger, de nouer des amitiés. Lors de ce congrès, à Liège, j’ai ainsi pu faire la connaissance de collègues boliviennes, colombiennes et même d’une Arménienne ! »

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Vietnam

Hoang Khank Phuong, professeure dans un lycée à Da Nang.

« Découverte » est le mot que me vient à l’esprit. Apprendre une nouvelle langue a été personnellement une découverte non seulement linguistique, mais aussi culturelle. Aujourd’hui, j’ai le sentiment de faire partie d’une communauté à part, celle de la francophonie, où il est possible de tisser des liens d’amitié et de partage.

A l’âge de 5 ans, le français m’a permis d’aller à la rencontre de l’autre. En accompagnant mon père qui était guide, j’ai côtoyé des touristes venus de France. Cette découverte m’a permis de tomber amoureuse de cette langue. »

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Nigeria

Mufutau Tijani, professeur à l’université d’Ahmandu Bello à Zaria.

« Romantisme ». Ce mot correspond aux mouvements littéraires qui m’ont influencé dans mes études. De par le monde, et mon pays ne fait pas exception, beaucoup de gens pensent que les Français sont très romantiques. Au Nigeria, on dit : « See Paris and die » (Va voir Paris et ensuite tu peux mourir), car toutes « les beautés » sont réunies dans cette ville : l’architecture, les femmes, la gastronomie...

Enfin, « romantisme » est un mot très mélodieux dans cette langue avec laquelle j’ai noué une histoire d’amour depuis des décennies. »

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Inde

Sudha Renganathan, directrice du département de français de l’université, à Madurai.

« Fluidité » est un mot lié à la musique, à laquelle nous sommes très sensibles dans mon pays. Par ailleurs, ce mot résume à lui seul ce qui singularise le français avec ses sonorités si particulières. La mélodie de cette langue permet d’être en harmonie avec les étrangers, de s’ouvrir aux autres. C’est pour reprendre l’expression de l’un de vos célèbres poètes, Paul Verlaine « De la musique avant tout chose*».

Au-delà de la langue, j’ai le sentiment de retrouver cette fluidité: le rythme de vie, si calme, qui berce votre pays. »

*Premier vers de Art poétique, 1882.

Maroc

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Khadija El Otmania, non-voyante, professeure dans une école pour aveugles, à Casablanca (à droite)*

« Le mot « passion » m’est cher. C’est elle qui m’anime pour exercer mon métier d’enseignante. Elle me donne la force de combattre tous les sentiments négatifs comme la haine et la détestation. Cette même passion me nourrit pour transmettre à mes élèves toutes les valeurs humaines qui me sont chères : la tolérance et l’amour.

Je suis habitée d’une telle passion pour le français que j’ai vraiment l’impression d’être reliée à tous ceux qui le parlent, quels que soient leur couleur, leur religion, leurs convictions… et leur handicap. »

*A sa gauche, sa collègue Khaddouj Attoul, non-voyante également.


photographe

La photographe

Johanna de Tessières, basée à Bruxelles (Belgique) est membre du collectif Huma. Elle travaille régulièrement pour le quotidien La Libre Belgique mais aussi des ONG, telle Amnesty International.

Retrouvez son travail sur http://johannadetessieres.blogspot.be

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Paru le 5 avril 2018

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