Béatrice Robrolle : "L'abeille est l'avenir de l'homme"

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© Cyril Chigot
Béatrice Robrolle : "L'abeille est l'avenir de l'homme"
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S'il devait y avoir une lanceuse d'alerte des abeilles, ce serait elle. À Ingrandes (Indre), l’apicultrice Béatrice Robrolle défend les pollinisateurs. Elle explique son combat à Pèlerin.

À propos de l'article

  • Publié par :Propos recueillis par Lauriane Clément
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7026 du jeudi 27 juillet 2017

Comment votre passion pour les abeilles a-t-elle débuté ?

Je suis née là-dedans ! Je viens d’une famille d’apiculteurs depuis quatre générations. Mon arrière-grand-père, paysan, avait installé ses premières ruches au centre de la France. Au début du XXe siècle, il n’y avait pratiquement pas de fermes sans essaims. Mon grand-père a ensuite développé l’exploitation apicole. Juste après la guerre, il se rendait de ferme en ferme avec son extracteur, car le miel servait de sucre face aux pénuries. Naturellement, mes parents ont pris la suite. Tout cela fait partie de mes racines, de mon patrimoine. À 22 ans, j’ai décidé à mon tour de travailler avec mon père.


Je viens d’une famille d’apiculteurs depuis quatre générations.

En quoi consiste votre travail ?

Dans notre exploitation, nous avons la chance de maîtriser toutes les étapes de production. C’est à nous qu’il appartient de choisir les meilleurs emplacements pour installer les ruches, de surveiller le développement de nos colonies, de vérifier qu’elles ont assez de place pour déposer leur miel, que la reine peut toujours pondre... Pendant la saison, d’avril à août, il faut aller voir nos 700 ruches au moins une fois par semaine, si ce n’est deux. Cela nécessite une surveillance constante. Arrive ensuite le temps de la récolte et de l’extraction du miel, puis nous conditionnons nos produits avant d’aller nous-mêmes les livrer à nos clients. À ce moment-là, c’est un vrai bonheur de voir le travail fini, le résultat du labeur d’une colonie et de nos soins. Une belle récompense.

On vous sent passionnée...

Oui, travailler avec le vivant m’émerveille. Aller dans un rucher procure un sentiment incroyable. Sans parler, on ressent à la fois un échange d’énergie et une extrême proximité avec les abeilles. Même après toutes ces années, cela m’émeut encore. Et puis c’est toujours impressionnant de voir leur phénoménale capacité de travail et leur organisation sociale. J’en sors à chaque fois galvanisée!


Travailler avec le vivant m’émerveille.

Pourquoi les abeilles sont-elles si importantes ?

Elles représentent la vie, l’avenir de l’homme. Elles sont indispensables pour assurer la pollinisation nécessaire aux cultures et à la multiplication des plantes à fleurs. C’est grâce à elles que nous pouvons remplir nos assiettes. Aujourd’hui, nos gouvernements s’inquiètent de parvenir à nourrir l’ensemble de la population, en constante progression. Les abeilles sont en partie la solution ! Il faut les réintégrer dans les pratiques agricoles et repeupler nos cheptels. En France, la production de miel représente un énorme défi. Notre pays consomme 40 000 tonnes de miel par an mais n’en produit qu’un quart, alors que nous étions autosuffisants dans les années 1990. À cause des insecticides, le cheptel des ruches s’est effondré et les exploitations ont mis la clé sous la porte, les unes après les autres. Ce problème environnemental déborde sur tous les sujets cruciaux dans notre société, tels que la santé et l’alimentation. C’est tout un système à remettre en cause, c’est ce qui est à la fois passionnant et désespérant.


À cause des insecticides, le cheptel des ruches s’est effondré et les exploitations ont mis la clé sous la porte.

Peu à peu, votre passion s’est muée en combat. Quel a été le déclic ?

Quand j’ai vu mes abeilles décimées. Les pesticides causaient déjà des problèmes dans les années 1975, mon grand-père rentrait parfois en pleurant de ses ruchers. Mais vingt ans plus tard, ce fut une hécatombe. La France a autorisé les insecticides néonicotinoïdes en 1994. Dès l’année suivante, nous piétinions dans nos exploitations des tapis d’abeilles mortes. C’était un spectacle affreux. Inhumain. Une abeille ne pèse qu’un dixième de gramme, donc sa disparition passe complètement inaperçue. Sauf pour nous, apiculteurs. Nous avons tous fait le même constat, au même moment.

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C'est dans les cadres mobiles et alvéolés que l'apiculteur recueille le miel.

Et vous avez décidé d’agir.

Avec mes confrères, nous avons tapé aux portes des pouvoirs publics, mais personne ne nous a écoutés. Nous soupçonnions les néonicotinoïdes d’être la principale cause de ce désastre, mais nous ne pouvions pas le prouver. Les firmes ont tout fait pour nous dissuader d’agir. Avec nos budgets, qui auraient dû servir au développement de l’apiculture, nous avons donc décidé de financer des études scientifiques pour étayer nos propos. Nous n’avons d’ailleurs jamais été indemnisés. De mon côté, j’ai décidé de créer l’ONG Terre d’abeilles pour apporter un relais d’information entre les apiculteurs et le grand public. Notre rôle est aussi de dénoncer les conflits d’intérêts dans le processus d’autorisation de mise en vente des pesticides. Malheureusement, les lobbies agricoles sont colossaux. Et la volonté politique n’est pas toujours suffisante pour lutter contre eux. Parfois, je me demande ce que nous allons transmettre aux générations futures.

D’où votre idée de lancer un lieu pédagogique, la Maison des abeilles ...

Oui, je veux sensibiliser le grand public. Depuis 2008, nous accueillons plusieurs dizaines de classes par an, ainsi qu’un ou deux étudiants chaque été.

(...)


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Retrouvez notre interview complète dans le numéro 7026 de Pèlerin, du jeudi 27 juillet 2017.

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Paru le 7 décembre 2017

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