Béatification de Paul VI, le pape moderne

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Portrait du pape Paul VI. © Farabola / Leemage
Portrait du pape Paul VI.
Portrait du pape Paul VI. © Farabola / Leemage

Dimanche 19 octobre 2014, le pape François préside la cérémonie de béatification de son prédécesseur Paul VI. Ce pape du concile Vatican II, un peu trop oublié, est considéré comme le premier pape moderne.

À propos de l'article

  • Créé le 15/10/2014
  • Publié par :Christophe Henning
  • Édité par :Aurore Hautbois
  • Publié dans Pèlerin
    6881, du 16 octobre 2014

La messe en langue vernaculaire et les voyages pontificaux, c’est lui. La simplification de la papauté avec l’abandon de la tiare, de la chaise à porteurs, c’est encore lui. L’Église des droits de l’homme, la défense de la paix, de la vie, du développement, c’est toujours Paul VI.

Le pape des années 1960 a marqué profondément l’Église du XXe et du XXIe siècle. Éclipsé par le rayonnement exceptionnel d’un Jean-Paul II, Paul VI est trop méconnu. Le pape argentin, lui, ne l’a pas oublié. 

Giovanni Battista Montini est né le 27 septembre 1897, non loin de Brescia, en Italie du Nord. Issu d’une famille très chrétienne et engagée dans la vie de la cité, il suit les traces paternelles et s’intéresse à la politique, tout en sentant naître en lui une vocation monastique.

Mais la rigueur de la vie contemplative est incompatible avec sa santé fragile. Au point que la scolarité du jeune Montini est très épisodique, et qu’il sera même séminariste en « candidat libre ».

Une fois ordonné, il paraît encore trop chétif pour prendre en charge une paroisse et son évêque l’envoie parfaire ses études à Rome : il ignore que le jeune clerc y passera pratiquement le reste de son existence…

Un homme de curie

Montini est un pur produit de la Curie : repéré et « pistonné », il faut bien le dire , par les démocrates chrétiens amis de son père, il entre dans l’administration vaticane dès 1924 : il n’a que 27 ans !

Gravissant un à un les échelons, le voici bientôt en relation étroite avec Pie XI (1857-1939), puis Pie XII, élu le 2 mars 1939. Le monde est au bord du précipice : le prélat, bien connu pour ses oppositions radicales au fascisme, est notamment chargé du bureau d’informations qui tentera de nouer des liens entre les déportés, les déplacés et leurs familles.

Toujours est-il qu’après-guerre, fin connaisseur des rouages ecclésiaux et des subtilités diplomatiques, Montini devient un interlocuteur privilégié. Au point que Pie XII prend ombrage de ce numéro 2 un peu trop efficace.

En 1954, le pape le nomme au siège épiscopal prestigieux du diocèse de Milan, manière d’éloigner de Rome un successeur potentiel. Cette « disgrâce », Montini en fait un tremplin vers la charge pontificale. Il révèle, dans ce grand diocèse, une capacité pastorale surprenante pour un prélat ayant passé quelque trente années dans les antichambres de marbre du Vatican.

Une fois encore, Pie XII « oublie » de faire cardinal l’archevêque de Milan…


Comme je lui voulais du bien ! Et pourtant, nous ne nous sommes pas compris 

→ dira plus tard Mgr Montini qui ne prend donc pas part au conclave qui élit Jean XXIII en 1958.

On connaît la suite : un concile œcuménique convoqué à la surprise générale… et la mort du bon pape Jean en 1963, laissant son grand œuvre inachevé.

Un pape moderne

L’élection de Montini est marquée du sceau de l’évidence : les cardinaux savent qu’il poursuivra le concile, il connaît les rouages romains et possède une expérience pastorale…

Celui qui choisit le nom de Paul – l’apôtre des païens – est surtout le premier pape moderne qui ne s’arc-boute pas face au progrès, à la diversité des cultures et des religions, à la mondialisation qui ne dit pas encore son nom.

Ce pape s’adresse non seulement aux catholiques, mais plus largement encore aux chrétiens, aux croyants, aux hommes de bonne volonté. Il faudra encore trois sessions pour que le concile inscrive dans les textes cet aggiornamento voulu par Jean XXIII mais réfléchi et mené à bien par Paul VI.

Et le pape trouve les gestes forts, symboliques et prophétiques qui « incarnent » Vatican II. Ainsi décide-t-il de se rendre en pèlerinage en Terre sainte (1964), devenant ainsi le premier pape depuis saint Pierre à fouler le sol de Palestine, premier pape à voyager hors de Rome depuis plus d’un siècle, premier pontife à prendre l’avion.

Vidéo. Pape VI réunit à nouveau le concile. Source : Ina.



Il choisit aussi d’aller « parler au monde », du haut de la tribune de l’ONU, à New York, alors que le climat est à l’affrontement binaire nord-sud, est-ouest. C’est aussi le pape des pauvres et du développement, son encyclique Populorum progressio (1967) engageant l’Église dans le service « de tout homme et de tout l’homme ».

Il faudrait encore évoquer l’œcuménisme, la liturgie, la paix… Sans oublier que Paul VI reste un homme de foi, profondément spirituel, attaché à l’Évangile, au Credo, à la beauté de l’Église. Cherchant toujours à concilier les contraires, l’homme de devoir n’en souffre pas moins des déchirements de cette Église.

Après quelques années d’un pontificat mené tambour battant, il devra faire face à l’une des plus graves crises du catholicisme : désaffection des prêtres, crise de la pratique religieuse, profonde incompréhension de son encyclique Humanae vitae (1968), dissidence du courant traditionaliste de Mgr Lefebvre…

Vidéo. Un événement historique : Paul VI à l'ONU. Source : Ina. 



Un héritage vivant

« L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, expliquait Paul VI. Ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins. » Ouvrier infatigable de l’Église d’aujourd’hui, Paul VI fut aimé des fidèles pour cette audace pastorale et cette force évangélique.

Son air sévère, sa posture hiératique ont, en revanche, pénalisé ce pape parfois incompris. Encyclique sur le mariage, reçue comme un rappel à l’ordre de la morale sexuelle, Humanae vitae crée une rupture entre ce pasteur et le peuple de Dieu : ses successeurs, Jean-Paul II en particulier, ne diront rien d’autre mais ont peut-être su rendre leur message plus audible.

Fatigué, usé par quinze années d’un pontificat d’une richesse étonnante, Paul VI s’éteint le 6 août 1978 à Castel Gandolfo, à l’âge de 81 ans. 1978, l’année de trois papes : Jean-Paul Ier succède pour quelques semaines seulement à Paul VI, avant l’élection de Jean-Paul II.

Le pape polonais, sportif de Dieu, mettra ses pas, plus qu’on ne pense, dans ceux de Paul VI. La béatification de ce dernier est sans doute aussi, pour le pape François, l’occasion de célébrer l’incroyable fécondité du pape Montini, auquel il se réfère souvent.

Ainsi le pape argentin effectue son premier voyage en Terre sainte, comme Paul VI, si on excepte le « rendez-vous imposé » des JMJ de Rio. François se rendra le 25 novembre 2014 à la tribune de l’Europe malade quand Paul VI volait au secours de l’ONU.

Le pape d’aujourd’hui se rend en Asie, comme Paul VI, engage la réforme de la Curie, insiste sur la collégialité, simplifie le protocole…

« Paul VI a vécu pleinement l’enfantement de l’Église après Vatican II, les lumières, les espérances, les tensions, souligne le pape François. Son témoignage nourrit en nous la flamme de l’amour du Christ, de l’amour de l’Église, de l’élan pour annoncer l’Évangile à l’homme d’aujourd’hui avec miséricorde, patience, courage, joie. » Nul ne pouvait, aussi bien que le pape François, dire tout ce que l’Église doit au bienheureux Paul VI !

A lire

Paul VI

La biographie de Paul VI :  Petite vie de Paul VI, de Christophe Henning,
éditions Desclee de Brouwer ; 112 pages, 12,90 €.

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Paru le 21 septembre 2017

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