Aux Herbiers, on recrute !

agrandir Benoît Caillaud, patron d'une entreprise d'ameublement, aux Herbiers, peine à trouver des salariés...
Benoît Caillaud, patron d'une entreprise d'ameublement, aux Herbiers, peine à trouver des salariés... © Théophile Trossat
Benoît Caillaud, patron d'une entreprise d'ameublement, aux Herbiers, peine à trouver des salariés...
Benoît Caillaud, patron d'une entreprise d'ameublement, aux Herbiers, peine à trouver des salariés... © Théophile Trossat

Le nord du département de la Vendée est le pays des usines à la campagne. On y embauche à tour de bras. Aux Herbiers, élus, patrons et Pôle emploi recrutent main dans la main et les résultats sont là.

À propos de l'article

  • Publié par :Pierre Jova
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7062 du 5 avril 2018

La pluie tombe dru sur les files d'attente, devant le Salon de l'emploi des Herbiers. En ce 15 mars, la météo peu clémente n'a pas empêché l'affluence au Parc des expositions de la petite ville (15 000 habitants) du nord de la Vendée.

1 000 postes à pourvoir : trouvez le vôtre !

« 1 000 postes à pourvoir : trouvez le vôtre ! » proclament les affiches placardées au coin des rues. Organisé par l'agence locale de Pôle emploi, la communauté de communes et l'association Les Herbiers entreprises, la première édition de ce salon fait florès.

Cartes de visite et CV passent de main en main. Selon la mairie des Herbiers, des milliers de chercheurs d'emploi ont fait le déplacement, comme Anaïs, 21 ans, venue de Saint-Aubin-des-Ormeaux : « Je cherche un poste de vendeuse ou d'hôtesse de caisse », sourit la jeune fille, qui a appris la tenue du salon dans Ouest-France, le quotidien régional. De son côté, Philippe, 57 ans, ori-ginaire de La Roche-sur-Yon, espère une reconversion.

Après une carrière dans la restauration collective, devenu agent commercial indépendant, il désire sécuriser sa retraite par un poste stable. « J'ai déposé une dizaine de CV : c'est bien de rencontrer des entreprises proactives », se félicite-t-il. Quant à Marine, 18 ans, et Flavie, 17 ans, scolarisées au lycée Sainte-Marie de Chantonnay (Vendée), elles cherchent des jobs d'été : « Nous prendrons tout ce que nous pourrons trouver ! »

Neufs salariés sur dix sont en CDI

Outre son club de football, qualifié pour la demi-finale de la coupe de France, sa situation de quasi-plein emploi procure aux Herbiers une confortable notoriété. Nichée à flanc du mont des Alouettes, la ville abrite depuis les années 1970 des fleurons industriels, comme Beneteau (bateaux), La Boulangère (viennoiseries), ou K-Line (fenêtres, baies vitrées, vérandas en aluminium), ce dernier étant le principal employeur du cru.


Avec 5 % de chômage, contre 9,2 % au niveau national, nous affichons le second taux le plus bas de France.

Au total, 2 000 entreprises sont présentes dans la communauté de communes, représentant quelque 14 000 emplois sur un bassin de 30 000 habitants, avec neuf salariés sur dix en CDI. « Avec 5 % de chômage, contre 9,2 % au niveau national, nous affichons le second taux le plus bas de France après Houdan, dans les Yvelines, à 4,7 % », confie Laurent Souillard, directeur de l'agence locale de Pôle emploi.

Une santé économique insolente

D'où vient cette santé économique ? Tous, aux Herbiers, l'affirment : « De notre état d'esprit ! » La mentalité vendéenne, besogneuse et dure à la tâche, plonge ses racines dans l'histoire tourmentée de la région. En mars 1793, le nord et le centre du département, le « bocage », s'insurgent contre la jeune République française, au nom de la liberté religieuse et de la défense de la monarchie. Le littoral et le sud, eux, demeurent dans l'orbite révolutionnaire.


Ici, la solidarité communautaire n'est pas un vain mot.

Violemment réprimés, les Vendéens du bocage ont vu leurs champs et leurs bourgs livrés aux flammes. « De cette époque, nous avons appris qu'il fallait nous battre et qu'il n'y avait rien à attendre de Paris », explique Véronique Besse, maire (Mouvement pour la France) des Herbiers depuis 2014.

Ici, la solidarité communautaire n'est pas un vain mot. « Élus et entreprises, nous sommes tous dans le même bateau. Si l'un d'eux a besoin de moi, il m'appelle et on se voit dans les deux jours », poursuit l'édile. « La  maire est très à l'écoute, et l'équipe municipale très impliquée auprès des entreprises », confirme Benoît Caillaud, directeur d'une société d'ameublement.

Le succès des Herbiers repose également sur l'entrepreneuriat familial. À l'image des Briand, forgerons de père en fils depuis 1745, qui se sont lancés dans des activités industrielles en 1951. Trente ans plus tard, ils fondent un groupe spécialisé dans la construction métallique. Aujourd'hui, Gil Briand, petit-fils du fondateur, affiche 235 millions de chiffre d'affaires et se trouve à la tête de 1 100 salariés, dont 300 aux Herbiers.


Dès qu'il y a un profil intéressant pour nos collègues, nous le renvoyons vers eux.

Outre le groupe Briand, Gaillard, société d'équipements électriques et thermiques, ou encore Ouvrard, spécialisée dans les énergies renouvelables, sont aussi des aventures familiales. Loin de se livrer à la concurrence, ces entreprises n'hésitent pas à s'entraider. « Dès qu'il y a un profil intéressant pour nos collègues, nous le renvoyons vers eux. Nous sommes tous soudés les uns les autres, cela constitue notre force », relate Gaétan Audureau, associé chez Gaillard. Le lien affectif et le respect de la parole donnée l'emportent sur la contractualisation. « Avec beaucoup de clients, nous marchons encore à la confiance : sans devis ! » note Benoît Caillaud.

Un consensus social exemplaire

Ce climat de confiance est partagé au sein des entreprises. Le 22 février dernier, les salariés d'Ouvrard et de Concept Alu, entreprise de vérandas issue de la première, ont spontanément organisé une fête d'anniversaire surprise pour leur patron, Camille Ouvrard, âgé de 60 ans ! « Il n'y a pas de fossé social entre eux et nous », précise Marie-Pierre Ouvrard, son épouse, qui exerce des responsabilités dans l'entreprise. « Le bien-être des employés n'est pas qu'une question de salaire. Dans notre atelier de 40 personnes, nous connaissons chacun par son prénom et nous le tutoyons. »


Nous sommes solidaires, simples, égaux.

Car salariés et patrons fréquentent les mêmes associations ou clubs sportifs, et sont souvent tous passés par l'enseignement catholique, dans une région où le christianisme social a façonné les esprits. « Ces valeurs fortes ont été transmises de génération en génération. Nous sommes solidaires, simples, égaux. Nous voyons l'homme derrière le travail. Si le salarié se sent reconnu, cela décuple son travail ! » abonde Marie-Pierre Ouvrard. Le riche mtissu associatif des Herbiers (près de 300 groupes sportifs et culturels !), est un autre reflet de cet héritage.

Le tableau des Herbiers ne serait pas complet sans évoquer un de ses habitants qui ne laisse personne indifférent, qu'on l'aime ou qu'on le déteste : Philippe de Villiers, à la fois symptôme et catalyseur de cette réussite locale. En 1978, il crée le parc du Puy du Fou, à 10 km des Herbiers. Président du conseil général de la Vendée pendant plus de vingt ans, il s'emploie à désenclaver le département en attirant le TGV et l'autoroute, et en le dotant d'un drapeau, frappé du Sacré-Cœur vendéen, en clin d'œil au soulèvement de 1793. « Avec ce drapeau, il a renforcé notre identité, qui était jusque-là plus discrète. Elle est devenue une force, et un produit marketing appréciable », se réjouit un habitant des Herbiers. Surtout, le Puy du Fou, attirant désormais 2,5 millions de visiteurs chaque année, constitue une formidable locomotive.

Le revers de la médaille

Le paradoxe de la bonne santé économique des Herbiers ? Le bassin d'emplois manque de main-d'œuvre qualifiée. « Cela pénalise certaines entreprises qui ne peuvent satisfaire toutes les demandes des clients et se développer », déplore Éric Grinon, président des Herbiers entreprises. Plus précisément, certaines entités manquent de personnel apte à accomplir des tâches dans l'électricité, la mécanique et l'agencement. « Dans l'industrie, le rythme est répétitif, ils peuvent former des demandeurs d'emploi plus facilement que nous, entreprises d'ameublement, qui changeons tout le temps de support », complète Benoît Caillaud.


38 % des Herbretais sont âgés de moins de 30 ans.

Cette conjoncture est prise très au sérieux par Véronique Besse. « Nous ne pouvons pas courir le risque de voir les employeurs aller s'installer hors de la Vendée », redoute l'édile, qui mise sur le dynamisme de sa ville pour attirer les candidats. Ainsi, aux Herbiers, le taux de propriété atteint 71 %, et 38 % des Herbretais sont âgés de moins de 30 ans. Bien que dépourvue de gare, la ville offre toutes les structures scolaires, ainsi qu'une saison culturelle de grande qualité, qui a convoqué cette année, entre autres, le comédien Pierre Palmade et le groupe de rock Epsylon.


Les banderoles « On recrute » qui parsèment les rues de la ville.

Pour le moment, ces efforts n'ont pas fait disparaître les banderoles « On recrute » qui parsèment les rues de la ville, ni les dix-sept agences d'intérim qui pallient provisoirement l'absence de bras. « J'ai toujours connu ça en trente-cinq ans d'entreprise ! » relativise Marie-Pierre Ouvrard. « C'est par notre inventivité et notre solidarité que nous trouverons des solutions. » Le succès économique des Herbiers n'est pas technique. Il est celui de valeurs immatérielles. Pierre Jova Photos Théophile Trossat





LES RECETTES DU SUCCÈS
Un climat social apaisé. Les Herbiers témoignent d'une véritable solidarité de proximité entre salariés et patrons, qui font partie du même tissu local.

Une identité locale. Les Herbiers sont conscients de leur particularisme, et cultivent les solidarités familiales, associatives mais aussi de voisinage.

Un fort entrepreneuriat familial. Les entreprises sont, dans leur majorité, issues d'initiatives familiales, et se transmettent de génération en génération.


Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

Les Herbiers et Philippe de Villiers

MichelW 12/04/2018 à 17:48

Si les Herbiers et plus généralement la Vendée se portent aussi bien aujourd'hui, c'est également grâce au gros travail passé de Philippe de Villiers, évoqué dans l'article. Cette vraie réussite locale peut amener à regretter que les électeurs ... lire la suite

Lés herbiers

penelope 11/04/2018 à 20:35

Ils doivent vivre en vase clos, moins envahis que d’autres villes en France où les arrivants tentent toujours de s’agglutiner.

Paru le 19 juillet 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières