Atteinte d’un cancer des os, elle marche vers Compostelle avec son fils de 2 ans

agrandir Marie et son fils, Ulysse, 2 ans, vers Compostelle.
Marie et son fils, Ulysse, 2 ans, vers Compostelle. © Marie Llorente
Marie et son fils, Ulysse, 2 ans, vers Compostelle.
Marie et son fils, Ulysse, 2 ans, vers Compostelle. © Marie Llorente

A 29 ans, Marie Llorente, habitante de Vernon (Eure), apprend qu’elle est atteinte d’un cancer des os. Défiant cette maladie, elle s’élance sur le chemin de Compostelle avec son fils de 2 ans. Un pari audacieux relevé par cette « maman courage », qui force l’admiration.

À propos de l'article

  • Créé le 06/12/2017
  • Publié par :Gaële de La Brosse
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    5 décembre 2017

Pèlerin. En février 2015, vous avez appris que vous étiez atteinte d’un rare cancer des os. Quand avez-vous décidé d’effectuer le chemin de Saint-Jacques ?

Marie Llorente. Cette idée est née sur mon lit d’hôpital. Alors que j’étais entre la vie et la mort, je me suis dit : « Si je m’en sors vivante, j’irai montrer le monde à mon fils ! »

Remise sur pied, j’ai décidé de réaliser ce projet. Ma première intuition fut d’aller à pied au Mont-Saint-Michel car mon père, qui portait le nom de l’archange, est décédé cette année-là. Mais un ami m’a conseillé le chemin de Saint-Jacques, plus fréquenté, donc plus sécurisant en cas de problème de santé. Et puis, ayant des origines espagnoles, c’était un retour aux sources !


En août 2016, vous avec donc effectué les quatre premières étapes du Camino francés, de Saint-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées-Atlantiques) à Pampelune, avec votre fils de 2 ans, Ulysse…
 
Ma dernière opération a eu lieu le 13 octobre 2015. Lorsque j’ai été débarrassée du plâtre qui enserrait la moitié de mon corps, j’ai choisi d’emmener la personne que j’aime le plus au monde. Par ce pèlerinage, je voulais remercier la vie… d’être toujours en vie, aux côtés de mon fils. Le bonheur, ça se partage : j’ai voulu le partager avec Ulysse.


Comment avez-vous préparé la suite de ce chemin que vous avez parcouru l’été dernier ?

Pour ce qui est de la préparation physique, j’ai suivi des séances de kiné et pratiqué le touch rugby (1). Mais il me fallait aussi réunir les fonds nécessaires pour ce voyage. En effet, comme j’avais dû abandonner mon poste d’assistante juridique dans un cabinet d’avocats parisiens, mes moyens étaient limités.

L’aide spontanée de nombreux donateurs (2) qui ont participé à la cagnotte en ligne m’a permis de réunir plus de 3 000 euros : de quoi acheter des chaussures neuves et surtout une poussette tout-terrain avec un frein à main.


Ces soutiens vous ont accompagnés pendant votre pèlerinage…

Oui, c’est en grande partie grâce au soutien de ces personnes, qui suivaient aussi notre page Facebook que nous avons vaincu les difficultés et atteint notre but. Les médecins m’avaient dit : « Vous serez fatiguée au bout de 200 m ! »

Or, malgré le poids de notre équipage (sac à dos, poussette et enfant, soit 30 kg !), nous avons effectué 830 km (avec une moyenne de 20 km par jour) en 42 jours.


Et Ulysse, comment a-t-il vécu ce voyage ?

Comme un grand, du haut de ses 3 ans ! Il s’est investi dans les tâches quotidiennes, me rappelant même à l’ordre quand j’avais oublié de faire la lessive. Dans les côtes, il me criait : « Allez maman ! » Il s’est approprié son moyen de locomotion.

Un jour, il a voulu changer lui-même le pneu crevé de sa poussette. Un autre jour, il en est descendu pour y mettre mon sac à dos et la pousser lui-même. Il a été volontaire, sociable, respectueux de la nature, curieux de tout. L’exemple de ce « peregrinito », selon l’expression des Espagnols, fut pour moi une superbe leçon de vie.


Quelles ont été les plus grandes épreuves de ce chemin ?
 
Les refus essuyés dans certains gîtes, qui ne voulaient pas accueillir un petit enfant, m’ont profondément blessée. Et je n’ai pas aimé les dernières étapes du chemin, qui prennent l’allure d’une course à l’hébergement.

Afin de pallier cette difficulté, j’ai acheté une tente pour ces étapes finales : chaque problème a donc trouvé sa solution !


Et les plus belles joies ?
 
Les rencontres inattendues, les moments de grâce inouïs, à chanter en marchant avec Ulysse et avec chaque pèlerin croisé, dans sa propre langue. Les paysages sublimes, les moments simples. Et l’arrivée à Fisterra : la fin du chemin, l’océan qui s’ouvre sur l’avenir… Pour tout cela, merci saint Jacques !


Quelle leçon retirez-vous  ?
 
Sur ce chemin, j’ai réappris à marcher. Avant, je courais, je ne prenais pas le temps de vivre. Je me suis retrouvée moi-même ; je discerne à présent ce que je veux sans me laisser influencer par la société. Et je crois avoir compris pourquoi j’étais sur Terre.

 
Que dites-vous à ceux qui sont atteints d’une maladie grave ?
 
Comme le dit le dicton, « quand on veut, on peut ! ». Lorsqu’on traverse une période difficile, il faut trouver la force de s’accrocher. Ce chemin est une métaphore de la vie. Au début, on a mal partout, puis on se laisse porter par la route.

De même, il est difficile de gravir une montagne : mais en haut, le lever du soleil nous attend. La vie n’est pas toujours rose, on passe par du gris et du noir : mais la lumière est toujours au bout du chemin !


Aujourd’hui, comment poursuivez-vous ce cheminement ?
 
Je suis en train de constituer une association pour aider les malades à reprendre une activité sportive, et surtout une vie sociale. Toutes les bonnes volontés sont d’ailleurs les bienvenues ! Je voudrais aussi organiser une marche annuelle autour de Vernon (Eure), avec des personnes handicapées.

Et j’aimerais partager cet extraordinaire voyage en écrivant un livre. Quant à Ulysse, il est entré en première section de maternelle. Il apprend à lire et à compter, mais au lieu de tracer les lettres de son prénom, il écrit : « 2 Ailes Compostelle » : c’était le nom du projet !

Dans les rues, il veut suivre toutes les flèches. Nous sommes tous deux atteints du virus : nous cherchons déjà notre prochaine destination !



(1) Sport originaire d'Australie de la famille du rugby, mais qui exclut les contacts violents comme les placages et les mêlées.
(2) Les pompiers de l’Eure (rerésentés par les amicales, le SDIS 27 et l’Union départementale des Sapeurs-Pompiers), le Conseil départemental de l’Eure, le magasin Intersport Saint-Marcel, ainsi que de nombreux particuliers.
 
Suivre Marie Llorente sur Facebook

Contact : llorente.marie@hotmail.fr / tél. : 06 79 09 44 61

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Pèlerinage compostelle

Clara 07/12/2017 à 16:58

Bravo à cette maman courage

Paru le 7 décembre 2017

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